La pensée 68 Luc Ferry Alain Renaut

La pensée 68 est un courant philosophique. Luc Ferry et Alain Renaut montrent dans La pensée 68 que les événements de mai 1968 ont constitué l’épicentre d’un mouvement intellectuel français au rayonnement mondial. Ils mettent en évidence la radicalisation, par ce courant, des critiques de l’humanisme présentes dans le marxisme, le nietzschéisme et la psychanalyse.

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La pensée 68 regroupe des penseurs divers. Si Luc Ferry et Alain Renaut conviennent que ce qu’ils appellent la « pensée 68 » n’épuise pas la philosophie française des années 1960 et 1970, ils mettent tout de même en lumière une constellation d’œuvres chronologiquement proches des événements. Sur le plan chronologique, en effet, la concentration paraît frappante : Michel Foucault, Louis Althusser, Jacques Derrida, Jacques Lacan, Pierre Bourdieu, Gilles Deleuze, ou encore Jean-François Lyotard constituent une « génération philosophique », car ils ont publié leurs œuvres majeures dans les années précédant la crise et se sont ensuite reconnu une parenté d’inspiration avec le mouvement. « Dans les années, écrivent Luc Ferry et Alain Renaut, voire les mois qui précèdent directement la crise de Mai, se mettent en place des pensées […] qui peuvent avoir entretenu avec le mouvement de 1968 un rapport moins immédiat, mais non moins révélateur : ces publications et la révolte de Mai pourraient en effet avoir appartenu à un même phénomène culturel et en avoir constitué, en modes divers, comme des symptômes » (La pensée 68). L’hypothèse de Luc Ferry et Alain Renaut serait également confirmée par le fait que les penseurs dans leur viseur ont esquissé des interprétations philosophiques de mai 1968 à partir de leurs propres préoccupations théoriques.

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Luc Ferry et Alain Renaut soulignent l’anti-humanisme de la pensée 68

La pensée 68 possède plusieurs caractéristiques. Luc Ferry et Alain Renaut la divisent de prime abord en deux pans : celui, d’une part, du marxisme ; celui, d’autre part, des philosophies dites « de la différence » fondées sur les critiques de la raison de Nietzsche et Heidegger. Ce sont pourtant là, constatent-ils, deux tendances profondément hétérogènes dont la réunion pose un problème de fond, même si cette incompatibilité théorique n’a pas empêché la popularité du courant. Luc Ferry et Alain Renaut parviennent cependant à échafauder un « type idéal des sixties philosophantes » à partir de quatre thèmes : les œuvres regroupées dans la pensée 68 semblent d’abord s’apparenter à la thèse de la fin de la philosophie, c’est-à-dire à l’idée que tous les thèmes et toutes les perspectives auraient été épuisés par la pensée ; elles donneraient dans la généalogie et auraient ainsi pollué le débat intellectuel par la dissolution de l’idée de vérité et la pratique du soupçon ; elles auraient également relativisé les catégories de pensée sous le prisme de l’histoire ; enfin, elles auraient abandonné toute référence à l’universel. Ces quatre caractéristiques expliquent comment le structuralisme de la pensée 68 aurait dégénéré en individualisme. « Les sixties philosophantes, affirment Luc Ferry et Alain Renaut, ont amorcé et accompagné le procès de désagrégation du Moi qui conduit vers la conscience cool et désinvolte des années quatre-vingt… » (La pensée 68).

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La pensée 68 est un anti-humanisme. Luc Ferry et Alain Renaut notent pourtant que les événements apparaissent plutôt comme une résurgence de l’humanisme : en défendant l’individualité de l’homme contre le système et en dénonçant sa transformation en rouage de la bureaucratie, Mai 68 semble revaloriser la personne. Or, ces idées ne relèvent pas de la tradition de l’humanisme – dénoncé comme une « idéologie petite-bourgeoise » ou une illusion de la métaphysique occidentale – mais de l’individualisme contemporain qui a rendu possible l’épanouissement du capitalisme dans la société de consommation. Ainsi, la pensée 68 s’est rendue coupable, aux yeux des deux philosophes, de précipiter la mort du sujet. « De la proclamation foucaldienne de « la mort de l’homme », décrivent Luc Ferry et Alain Renaut, telle qu’elle intervient pour clore Les Mots et les choses, à l’affirmation lacanienne du caractère radicalement anti-humaniste de la psychanalyse après « la découverte de Freud » […] c’est la même illusion qui s’affirme : l’autonomie du sujet est une illusion […] » (La pensée 68). Marx, Nietzsche, Freud, et Heidegger sont les maîtres à penser de ce procès du sujet qui, en refusant de valoriser l’homme comme tel, condamne l’humanisme. Plus précisément, la pensée 68 a critiqué celui-ci au nom des effets prétendus catastrophiques de l’humanisme moderne. Luc Ferry et Alain Renaut l’accusent notamment d’avoir ce faisant mis à mal la fonction fondamentale du dialogue dans la démocratie, et plus généralement dans la société.

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