Physique Aristote mouvement moteur immobile

La physique est la science de la nature. Dans sa Physique, Aristote cherche à identifier les principes à l’œuvre derrière le monde réel. Il défend la nécessité de commencer par étudier les apparences de la nature de manière globale, avant de pouvoir enfin les dépasser pour mettre en lumière leurs fondements.

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La physique révèle la multiplicité des principes de l’être. Aristote s’oppose aux penseurs qui affirment, comme Parménide et Mélissos, que la nature est l’expression d’un seul et unique principe. En effet, l’être peut par exemple exister en acte, en puissance, en essence, ou encore par accident. De surcroît, la distinction entre le principe et l’élément dont il est l’attribut implique forcément une dualité. Les partisans de l’unité de l’être se condamnent dès lors à de coupables confusions, voire à annihiler l’être purement et simplement. « Ils emploient le langage d’Héraclite, écrit Aristote, ce sera même chose que l’être du bien et du mal » (Physique). Le philosophe pose donc que les choses relèvent de multiples principes, soit par les différences qui les caractérisent (elles possèdent différents attributs), soit par leur composition (elles peuvent être un assemblage de plusieurs parties). Il montre alors que les théories sur la naissance de l’être ne sont pas non plus exemptes d’erreurs. En particulier, il met en doute celle selon laquelle la pluralité du réel résulterait de la contradiction de deux principes fondateurs. Aristote réfute cette théorie en arguant qu’un principe ne peut engendrer à lui tout seul son contraire – un troisième terme est forcément nécessaire. Il en conclut que l’être s’explique par trois principes : la forme, l’absence de forme, et la substance.

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La physique d’Aristote met en évidence l’importance du mouvement

La physique révèle l’hylémorphisme[1] de la nature. Elle ne consiste pas simplement, pour Aristote, à démontrer l’existence de la nature, car il s’agit d’une évidence atteignable sans raisonnement. Le point de départ de la physique doit être la distinction, au sein de la nature, entre les éléments naturels et les éléments issus de l’activité humaine. Le philosophe remarque que les premiers évoluent d’eux-mêmes, tandis que les seconds sont invariables. Dans un élément naturel, tant la forme que la substance sont naturelles ; c’est pourquoi les platoniciens sont dans l’erreur quand ils séparent la forme et la substance de la réalité. Confondant le monde réel et le monde mathématique, ils pratiquent l’abstraction là où elle n’est pas possible. « Ils séparent les étants naturels, leur reproche Aristote, qui sont moins séparables que les étants mathématiques […] l’impair, le pair, […] existeront sans mouvement, mais pas la chair, l’os et l’homme » (Physique). Ainsi, la même science, la physique, doit étudier à la fois les formes naturelles et les substances naturelles, car c’est à partir de leur imbrication intime qu’elle peut élucider la nature. Pour cela, elle interroge les causes de la réalité, lesquelles peuvent relever de la matière, de la forme, du mouvement ou de la fin. Aristote admet également l’existence du hasard comme une cause perturbatrice des effets des quatre précédentes.

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La physique identifie le mouvement comme principe de la nature. Aristote distingue le mobile, l’élément en mouvement, et le moteur, la cause de son mouvement. Les types de mouvement sont aussi divers et variés que les mobiles : un élément peut se modifier, se dégrader, grandir, rétrécir, en générer un autre, mourir, etc. Le philosophe définit plus précisément le mouvement comme une entéléchie, c’est-à-dire une énergie agissante et efficace, par opposition à la matière inerte, qui est responsable du passage de la puissance à l’acte. Par exemple, « lorsque le constructible, explique Aristote, en tant que nous le disons tel, est en entéléchie, il est en train d’être construit, et c’est là la construction » (Physique). Ensuite, le principal facteur qui caractérise le mouvement est le lieu. Tous les éléments se trouvent dans le lieu commun, quand chacun pris isolément se situe dans un lieu particulier et tend spontanément à rejoindre son naturel. Le mouvement se caractérise aussi par la qualité (l’altération qu’il produit) et la quantité (croissance ou décroissance). En revanche, le temps n’est pas un mouvement parce qu’il s’écoule uniformément ; il constitue en réalité la mesure du mouvement. Ce lien intime entre le mouvement et le temps implique l’éternité du mouvement, ce dont Aristote déduit l’existence d’une cause première, un premier moteur, le moteur immobile qui déclenche le mouvement de tout l’univers.

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[1] La complémentarité de la matière et de la forme dans la constitution de l’être.