prédestination Saint Augustin

La prédestination est un concept théologique chrétien. C’est le Père de l’Église saint Augustin qui l’a développé en interprétant la Bible à partir de la fin du IVe siècle après J.-C., tout particulièrement dans ses derniers ouvrages. L’idée de la prédestination a donné naissance à une controverse qui a couru tout le long de l’histoire du christianisme, opposant notamment les catholiques et les protestants et suscitant des divisions au sein même du protestantisme.

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La prédestination est une forme d’élection divine. Surnommé le « docteur de la grâce », saint Augustin affirme en effet que Dieu choisit les uns qu’il les comble de grâces et abandonne les autres aux défaillances de leur volonté. Son raisonnement prend pour point de départ l’hypothèse selon laquelle le créateur du monde aurait séparé les créatures spirituelles en deux cités, les anges et les hommes, et qu’à l’intérieur de chaque cité les bons et les mauvais sont eux-mêmes séparés avant toute considération de comportement. Un scénario identique de prédestination se produit donc sur Terre : saint Augustin explique que Dieu a laissé Adam pêcher en mangeant le fruit défendu de la connaissance du bien et du mal parce que les deux cités – l’une prédestinée à la gloire, l’autre au supplice – préexistaient déjà en lui. « […] il n’était pas moins nécessaire, écrit le théologien, qu’il [Dieu] nous démontrât toute la gratuité de son amour […]. C’est pourquoi Dieu a agi envers nous avec tant de ménagement, que nous ne pouvons attribuer nos succès qu’à son appui et à son concours » (La Cité de Dieu). Ainsi, pour saint Augustin, certains individus sont prédestinés par la grâce divine, c’est-à-dire élus et voués à être sauvés par l’appui et le concours divins, tandis que d’autres sont damnés, c’est-à-dire non élus et condamnés au péché.

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Saint Augustin oppose la prédestination à la vertu humaine

La prédestination ne supprime pas la liberté. Plus précisément, l’idée de grâce, conçue par saint Augustin comme une relation particulière entre l’homme et Dieu, présuppose une conception particulière de la liberté. Ainsi, le Père de l’Église définit tout d’abord le libre arbitre comme la capacité (asservie au péché originel) qu’a l’homme, dès sa naissance, d’opérer des choix. « Tu peux en effet avoir conscience, dit-il à son ami Evodius, que rien n’est en notre pouvoir que ce que nous faisons quand nous le voulons ; et, par conséquent, rien n’est autant en notre pouvoir que la volonté même. Elle est en effet à nos ordres, sans aucun délai, dès que nous voulons » (Traité du libre arbitre). Saint Augustin distingue cette faculté de la liberté, équivalente à l’amour du bien, lequel n’existe que par la grâce de Dieu, le premier à aimer et à donner. Dans cette perspective, Dieu donne le posse, le pouvoir, mais pour le facere, le faire, l’homme a besoin de la grâce : c’est donc Dieu qui marrie en lui le vouloir et le faire. À ceux qui l’interrogent sur la dépréciation du mérite qui découlerait de la prédestination, saint Augustin répond par conséquent qu’en couronnant les mérites des hommes, Dieu couronne en fait ses propres dons. L’homme est dès lors bien libre, mais sa liberté demande d’être stimulée par la grâce, en dernière instance souveraine.

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La prédestination s’oppose à la doctrine de Pélage. Ce moine breton des IVe et Ve siècles après J.-C. a refusé la théorie de saint Augustin en avançant, lui, que tout chrétien pourrait atteindre la sainteté par ses propres forces et par son libre arbitre. Or, cette insistance sur les mérites moraux menaçait la notion de grâce de Dieu au profit de celle de vertu humaine, au risque de supprimer la substance même de l’Évangile. Alors que, dans cette théologie, l’homme peut réussir à ne pas pêcher, saint Augustin considère lui, en s’appuyant notamment sur l’Épître de l’Apôtre saint Paul aux Romains[1], que tous les hommes sont des pêcheurs sans exception aucune – il est dès lors inimaginable de ne pas avoir besoin du salut du Christ. De fait, la nature humaine est blessée (natura viciata), elle est malade, et elle a besoin d’un médecin, de la grâce médicale (gratia samans). C’est ainsi que l’idée de la prédestination a eu raison du pélagianisme, jugé hérétique par l’Église. À ceux qui l’interrogeaient sur la raison de cette discrimination (la grâce de Dieu est complètement gratuite), saint Augustin répondait simplement ne pas savoir. Pour certains exégètes, toutefois, la non-prédestination ne serait en réalité pas arbitraire ; elle aurait en Dieu des raisons ignorées en ce monde, mais accessibles dans la vie future.

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[1] « Les juifs et les païens sont tous sous la domination du péché ».