Le Premier Sexe Éric Zemmour féminisation

Le deuxième sexe est devenu le premier sexe. Faisant référence à l’essai de Simone de Beauvoir, Éric Zemmour s’insurge dans Le Premier Sexe contre la féminisation de la société française. En bousculant la hiérarchie traditionnelle des sexes, les mutations sociologiques, les intérêts économiques, et le naïf romantisme du couple accoucheraient de la confusion des genres, au détriment de l’homme comme de la femme.

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La domination du premier sexe se constate dans divers domaines. Éric Zemmour met en parallèle la féminisation de l’esthétique masculine et l’émergence d’une beauté féminine androgyne. D’un côté, alors que la parure était autrefois réservée aux femmes – comme une compensation implicite de leur infériorité – les hommes modernes s’épilent, car leurs poils ne sont plus l’étendard de la virilité ancestrale ; de l’autre, les mannequins modernes ont moins de formes et sont de plus en plus jeunes. « L’homme idéal est une vraie femme, pose Éric Zemmour. Il a rendu les armes » (Le Premier Sexe). La féminisation a également modifié le rapport homme-femme. La société célèbre désormais le couple, dont elle n’accepte pas qu’il repose sur autre chose que l’amour – quand les mariages d’amour attiraient les moqueries à la cour de Versailles. Le père n’interdit plus à l’enfant de faire l’amour au domicile familial – c’était autrefois son privilège – et la mère en éprouve même une certaine fierté. De manière concomitante, la lutte contre la prostitution s’intensifie avec la stigmatisation des clients. Éric Zemmour souligne enfin la féminisation de la vie politique. Alors que l’homme politique était traditionnellement un mâle dominant, tout autant capable de séduire ses électeurs (l’Éros) que de tuer ses adversaires (Thanatos), il acquiert désormais des traits féminins et il met en avant son couple pour susciter l’émotion télévisuelle.

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Éric Zemmour pointe les dégâts causés par le nouveau premier sexe

L’émergence du premier sexe résulte de plusieurs facteurs. Éric Zemmour constate tout d’abord que la bataille a été gagné sur le plan linguistique. L’homme réticent à l’égard des valeurs féminines prend le risque d’être traité de « macho », alors que le mot d’ordre antérieur était de ne pas être une « gonzesse ». Il voit la même mutation dans le passage de « l’instruction publique » (du latin instruere, « armer pour la bataille, équiper, outiller ») à « l’éducation nationale » (du latin educare, « nourrir »), un concept imprégné d’une dimension affective tournée vers l’épanouissement de l’enfant. Sur le plan historique, les hommes ont été féminisés, d’après Zemmour, par leurs mères soixante-huitardes féministes, souvent abandonnées par leur mari ; puis le phénomène s’est intensifié avec la libéralisation du divorce. C’est plus généralement la culture de la subversion qui a durablement remis en cause la frontière des sexes. La féminisation a également été favorisée, sur le plan économique, par l’accès des femmes au salariat. « Il faut saluer, explique Zemmour, le génie tactique du capitalisme, qui […] a trouvé une fois encore la sortie prétendument progressiste, a exploité sans vergogne, pour un prix ridicule, des armées de jeunes femmes bien formées, courageuses, organisées et consciencieuses […] » (Le Premier Sexe). Dans le détail, ce sont les fantasmes androgynes des créateurs de mode homosexuels, la propagande des publicitaires et la presse féminine qui ont transformé la société.

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L’hégémonie du premier sexe est problématique. Éric Zemmour dénonce principalement le fait que la féminisation perturbe profondément le désir masculin. De fait, elle favorise l’indifférenciation des genres, alors même que l’attraction des sexes est nourrie par les différences – comme en témoigne leur importance dans les trois religions monothéistes. Ainsi, en plus de provoquer des névroses chez les femmes, les mannequins modernes sans formes n’attirent pas les hommes. « Karl Lagerfeld, écrit Zemmour, passe en revue les beautés de l’époque. De Jennifer Lopez, il dit : « Elle a un gros derrière, une jolie peau ; elle correspond au goût de l’homme de la rue. » » (Le Premier Sexe). Le désir masculin est simultanément perturbé sur le plan moral : les valeurs de la féminisation que sont le respect et la nécessité des sentiments seraient la source de troubles de l’érection croissants. Les hommes pallieraient cette perturbation par la prostitution, l’échangisme (où le mimétisme excite le désir), et le porno, dont la tendance croissante à l’humiliation de la femme peut être interprétée comme une vengeance inconsciente des hommes contre le premier sexe. Enfin, la féminisation détériore également la structure et la vie familiales. Les couples sont condamnés à l’insatisfaction parce qu’ils veulent tout, le sentiment, le désir, et le statut ; les enfants sont déstabilisés par la perte de l’autorité du père. Zemmour lie finalement le divorce et l’avortement à l’immigration, vouée à compenser la dépression démographique, mais aussi virile.

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