D'un prétendu droit de mentir par humanité Kant mensonge

Le prétendu droit de mentir par humanité est une illusion. Dans D’un prétendu droit de mentir par humanité, Kant conçoit la vérité comme un devoir absolu : s’il souffre des exceptions, alors toutes les occasions seront bonnes pour ne pas l’appliquer. L’intransigeance du philosophe va jusqu’à prohiber tout calcul des effets probables d’une réponse, ce qui constitue à ses yeux la réflexion d’un menteur prêt à faire une entorse à la règle.

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Le prétendu droit de mentir par humanité est une erreur théorique. Kant s’attaque à la thèse de Benjamin Constant selon laquelle l’obligation morale inflexible de dire la vérité rendrait toute vie en société impossible. L’intellectuel français lui a en particulier reproché l’extrémisme de l’exemple dans lequel il faudrait même dire la vérité à un assassin à la recherche d’un ami, puisque mentir serait un crime. Faisant correspondre tout devoir à un droit, il en déduit que le devoir de vérité ne peut être invoqué qu’envers ceux qui ont un droit à la vérité, celui-ci ne pouvant exister si la vérité nuit à autrui. Or, voici là, d’après Kant, l’erreur originelle (le proton pseudos) du raisonnement. Pour le philosophe allemand, un droit à la vérité est tout d’abord dépourvu de sens dans la mesure où il ne dépend pas de la volonté humaine de connaître la vérité authentique – il s’agit donc plutôt de la vérité subjective de l’individu. Ensuite, cette vérité n’est pas une propriété sur laquelle peuvent être donnés des droits – comment les attribuer ? Il découle de cette impossibilité que la vérité est un devoir formel, faute de quoi chacun pourrait être justifié à mentir. « La véracité dans les déclarations que l’on ne peut éviter est, pose Kant, le devoir formel de l’homme envers chacun » (D’un prétendu droit de mentir par humanité).

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Kant présente le droit de mentir par humanité comme un danger

Le prétendu droit de mentir par humanité ne peut être justifié par les circonstances. Revenant sur l’exemple de la réponse au meurtrier, Kant précise que mentir par générosité est punissable aux yeux de la loi. En effet, même s’il voulait empêcher un meurtre, l’auteur du mensonge généreux est responsable de toutes les conséquences potentielles de son écart, alors qu’il serait juridiquement intouchable s’il s’était contenté de dire la stricte vérité. Le fondement de l’argumentation du philosophe est qu’il est impossible de prévoir les effets de la parole. « Il est possible, imagine Kant, qu’après que vous avez loyalement répondu oui au meurtrier qui vous demandait si son ennemi était dans la maison, celui-ci en sorte inaperçu et échappe ainsi aux mains de l’assassin, de telle sorte que le crime n’ait pas lieu ; mais, si vous avez menti en disant qu’il n’était pas à la maison et qu’étant réellement sorti (à votre insu) il soit rencontré par le meurtrier, qui commette son crime sur lui, alors vous pouvez être justement accusé d’avoir causé sa mort » (D’un prétendu droit de mentir par humanité). En fait, Benjamin Constant confondrait l’acte qui nuit par hasard et celui qui nuit directement ; or, l’effet consécutif à la véracité n’est pas, au sens juridique, un acte volontaire. Kant considère donc que tout homme doit dire la stricte vérité, même s’il calcule qu’elle peut nuire.

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Le prétendu droit de mentir par humanité s’efface devant la nécessaire universalité de la vérité. Kant avance que la véracité est un devoir devant être regardé comme le fondement de tous les devoirs fondés sur un contrat, car la moindre exception rendrait la loi chancelante. Même si les effets du mensonge sont limités, il constitue une injustice générale parce qu’il contribue à dégrader la préférence morale pour la vérité nécessaire au fonctionnement de la société. L’universalité de la vérité est un impératif catégorique : si chacun s’autorisait à mentir en arguant des circonstances, alors le droit perdrait sa valeur et l’ordre social en serait bouleversé. « Je fais en sorte, explique Kant à la place du menteur, autant qu’il est en moi, que les déclarations ne trouvent en général aucune créance, et que par conséquent aussi tous les droits, qui sont fondés sur des contrats, s’évanouissent et perdent leur force, ce qui est une injustice faite à l’humanité en général » (D’un prétendu droit de mentir par humanité). Reconnaissant la nécessité de préserver les principes vrais, quitte à recourir à un principe intermédiaire pour les appliquer, Benjamin Constant a pourtant abandonné le principe de véracité parce qu’il n’a trouvé aucun principe intermédiaire à intercaler. Or, un principe intermédiaire ne peut jamais apporter d’exception au principe général, sinon il en détruit l’universalité. Pour Kant, il ne faut donc pas régler le droit sur la politique, mais la politique sur le droit.

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