Essai sur le principe de population Thomas Malthus

Le principe de population met en garde contre la surpopulation. Dans son Essai sur le principe de population, Malthus pose l’existence d’un lien entre la démographie et la prospérité. Refusant de rendre, comme les réformateurs de son temps, le gouvernement coupable des inégalités sociales, il ambitionne au contraire de démontrer que celles-ci sont le résultat de lois naturelles quantifiables.

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Le principe de population part du principe qu’elle croît trop rapidement. Malthus affirme en effet que tous les êtres vivants possèdent une tendance à développer leur espèce au-delà de ce que permettent les ressources disponibles. Il précise que, d’un point de vue statistique, la population humaine est vouée à doubler tous les vingt-cinq ans si rien ne s’y oppose. En mathématique, cette croissance est dite « géométrique » parce qu’elle repose sur une multiplication de la quantité initiale. Or, pour l’économiste, la nature de cette évolution est en elle-même problématique dans la mesure où la production des subsistances, c’est-à-dire la production agricole, ne peut pas suivre ce rythme – elle ne peut croître qu’en ajoutant des quantités supplémentaires. « Si elle n’est pas freinée, écrit Malthus, la population s’accroît en progression géométrique. Les subsistances ne s’accroissent qu’en progression arithmétique » (Essai sur le principe de population). En d’autres termes, les surfaces cultivées augmentent de manière incrémentale (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9) tandis que les individus se reproduisent de manière proportionnée (1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, 256). Malthus en déduit qu’il existe naturellement un écart grandissant de façon exponentielle entre le niveau de la population et celui des ressources alimentaires.

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Le principe de population de Malthus justifie la maîtrise de la démographie

Le principe de population explique le cercle vicieux de la pauvreté. Malthus décrit comment la surpopulation contribue paradoxalement à accroître la misère. L’Angleterre de son époque apportait un secours aux citoyens les plus pauvres par le système des « lois sur les pauvres » (Poor Laws), des allocations instaurées à partir du XVIe siècle et versées par les paroisses civiles. Or, l’économiste pointe du doigt l’effet pervers de cette aide pourtant motivée par la bienveillance. « En Angleterre, accuse Malthus, les lois sur les pauvres tendent manifestement à accroître la population sans rien ajouter aux moyens de subsistance. Un homme peut se marier avec peu ou point de moyens de soutenir une famille, parce qu’il compte sur les secours de sa paroisse. Ainsi les lois y créent les pauvres qu’elles assistent » (Essai sur le principe de population). Dans le détail, ces lois encouragent tout d’abord le développement des familles pauvres et, plus généralement, de la population ; par voie de conséquence, le nombre de travailleurs augmente, faisant nécessairement croître le chômage et baisser le salaire moyen, ce qui creuse encore plus la pauvreté. Malthus se dit donc convaincu que la population anglaise aurait été plus heureuse sans ces lois sur les pauvres – c’est pourquoi il propose leur extinction graduelle.

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Le principe de population rend nécessaire de freiner la croissance démographique. Malthus préconise de rétablir la proportion entre le niveau de la population et la quantité des subsistances disponibles. Pour ce faire, il est nécessaire d’identifier les obstacles aux progrès quantitatifs des sociétés humaines et de les activer plus ou moins fortement en fonction du besoin. « Les obstacles à la population, décrit Malthus, qui maintiennent le nombre des individus au niveau de leurs moyens de subsistance, peuvent être rangés sous deux chefs. Les uns agissent en prévenant l’accroissement de la population, et les autres en la détruisant. La somme des premiers compose ce qu’on peut appeler l’obstacle privatif ; celle des seconds, l’obstacle destructif » (Essai sur le principe de population). D’une part, les obstacles privatifs, comme le mariage tardif ou une sexualité non féconde, sont volontaires et propres à l’espèce humaine : ils résultent de la capacité de l’individu à anticiper les effets indirects de ses actions. Malthus considère ainsi qu’une société bien conduite ne doit pas empêcher l’émergence, chez l’homme, de la crainte de ne pouvoir subvenir aux besoins d’une éventuelle progéniture. D’autre part, les obstacles destructifs, comme la maladie, la misère ou la guerre, ne résultent pas de l’intention humaine. L’économiste précise que les deux types d’obstacles doivent être combinés en proportion inverse. Par exemple, les pays très salubres ont intérêt à développer le sentiment de responsabilité individuelle de leurs citoyens.

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