Profession de foi du vicaire savoyard Rousseau Émile ou de l'éducation

La profession de foi du vicaire savoyard renvoie dos à dos les dogmes religieux et la raison philosophique. Rousseau affirme dans la Profession de foi du vicaire savoyard que tout ce que l’homme cherche à savoir pour bien se conduire lui est déjà indiqué par sa nature. En effet, il lui suffit de rentrer en lui-même pour découvrir que les sentiments de son cœur ne sont autres que les instructions de sa conscience.

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La profession de foi du vicaire savoyard affirme que le sentiment est le meilleur guide. Avec ce personnage, Rousseau dresse le portrait d’un homme sans prétention ; dépourvu de science, de sainteté, de puissance, c’est-à-dire simplement homme. Cet individu incarnant la simplicité n’a dès lors que son bon sens pour juger du bien et du mal, du juste et de l’injuste. C’est plus précisément en cherchant à se connaître lui-même, en pratiquant l’introspection que le vicaire savoyard prétend parvenir à une connaissance sûre. Pour Rousseau, cette méthode permet de prendre conscience des limites de la raison, lesquelles empêchent par exemple de réfléchir sérieusement à des questions comme celles des causes premières ou de l’immortalité. « Je sais seulement, fait dire le philosophe au vicaire, que la vérité est dans les choses et non pas dans mon esprit qui les juge, et que moins je mets du mien dans les jugements que j’en porte, plus je suis sûr d’approcher de la vérité : ainsi ma règle de me livrer au sentiment plus qu’à la raison est confirmée par la raison même » (Profession de foi du vicaire savoyard). Préférant ainsi fonder sa conduite sur les instructions de son cœur, le vicaire savoyard de Rousseau n’écarte pas pour autant totalement la raison – il souhaite plutôt que ses sentiments s’appuient en partie dessus pour le guider au mieux.

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La profession de foi du vicaire savoyard de Rousseau dévoile la vraie morale et la vraie religion

La profession de foi du vicaire savoyard fonde la morale sur le sentiment. Se demandant comment peuvent coexister, d’une part, le bien et l’harmonie comme œuvres de Dieu, et d’autre part, le mal commis par les hommes, le personnage de Rousseau avance que le décalage s’explique par la liberté humaine. Créé naturellement bon, mais aussi libre de ses actions, l’individu peut donc choisir de faire le mal. Ce faisant, il s’écarterait de l’instinct moral qui l’habite et le guide vers le bien : « Plus je rentre en moi, décrit le vicaire savoyard de Rousseau, plus je me consulte, et plus je lis ces mots écrits dans mon âme : sois juste, et tu seras heureux » (Profession de foi du vicaire savoyard). Ce n’est donc pas la raison philosophique, mais les lumières naturelles du sentiment et de la sensation, plus généralement de la conscience, « qui est à l’âme ce que l’instinct est au corps », qui font découvrir au vicaire savoyard la morale authentique. Elles lui font ainsi comprendre qu’une conduite morale, c’est-à-dire conforme à la nature, sera récompensée dans l’au-delà par le bonheur, obtenu par la libération de l’âme de tous les vices inhérents à la vie terrestre. Rousseau voit également une forme de récompense terrestre immédiate à l’action bonne dans le plaisir de l’âme, le bien-être psychologique que l’acte moral procure à son auteur.

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La profession de foi du vicaire savoyard fonde la religion sur le sentiment. Ayant identifié la conscience comme source de la vraie morale, le personnage de Rousseau en déduit que celle-ci ne peut être que le commandement vers le bien d’un être divin recherchant la libération des âmes après la mort. C’est cette relation entre la morale et la religion qui donne naissance au concept rousseauiste de « religion naturelle », c’est-à-dire l’idée de la présence de Dieu dans le cœur de chaque homme. « Un cœur juste est le vrai temple de la Divinité, affirme le vicaire savoyard de Rousseau ; il n’y a point de religion qui dispense des devoirs de la morale ; il n’y a de vraiment essentiels que ceux-là ; le culte intérieur est le premier de ces devoirs, et sans la foi nulle véritable vertu n’existe » (Profession de foi du vicaire savoyard). Tout dogme religieux est par conséquent inutile parce qu’il ne peut indiquer le bien mieux que ne le fait déjà la conscience individuelle. Ne pouvant admettre ce que lui dicte l’Église, le vicaire savoyard affirme dès lors que les dogmes, les cultes et les intermédiaires sont inutiles à la véritable foi, au culte du cœur ; ils ne font en réalité que les dégrader en nourrissant le doute. Ainsi, pour Rousseau, la religion naturelle est la seule véritable religion qui soit.

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