Orwell 1984 propagande novlangue

La propagande vise ultimement le contrôle de la pensée. Orwell narre dans 1984 la naissance de l’esprit dissident chez Winston Smith, le citoyen d’un État totalitaire aux techniques de conditionnement avancées. Ce roman dystopique était une dénonciation des propagandes des totalitarismes du XXe siècle en même temps qu’une mise en garde à l’égard de tentations croissantes chez les pouvoirs démocratiques.

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La propagande comporte un culte de la personnalité. Calqué sur celui du régime mussolinien, le culte dépeint par Orwell glorifie Big Brother, le chef du Parti unique et de l’État Océania. Si le gouvernant n’apparaît jamais en personne, il est connu comme un homme moustachu d’une quarantaine d’années, au regard fixe et à l’expression tout à la fois rassurante et sévère. Les principaux canaux du culte sont les nombreuses affiches de propagande, qui gravent la formule « Big Brother is watching you » (« Big Brother vous regarde ») dans l’esprit de la population, et les télécrans, présents dans les domiciles privés comme sur les lieux de travail. Les membres du Parti sont également les relais du culte, qui sont tenus d’aimer et de vénérer leur « grand frère », auteurs d’exploits révolutionnaires et créateur du Parti. « Big Brother est infaillible et tout-puissant, écrit Orwell. Tout succès, toute réalisation, toute victoire, toute découverte scientifique, toute connaissance, toute sagesse, tout bonheur, toute vertu, sont considérés comme émanant directement de sa direction et de son inspiration » (1984). Le culte de Big Brother se nourrit aussi de la diabolisation de son ennemi principal, objet des « deux minutes de la haine », Emmanuel Goldstein, qui soutient que la révolution a été trahie. Orwell suggère au lecteur que Big Brother n’est plus un individu vivant ; qu’il ne serait plus qu’une figure de propagande, l’éternelle incarnation du Parti.

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Orwell conçoit la langue et l’histoire comme vecteurs de la propagande

La propagande repose sur la manipulation de la langue. Dans son roman, Orwell conçoit explicitement celle-ci comme un enjeu de pouvoir. Ainsi, une nouvelle langue, le/la « novlangue » est créée à Océania pour remplacer l’ancienne (traduite « ancilangue » en français). Encore relativement récente – son dictionnaire n’en est qu’à la onzième édition – elle n’est maîtrisée que par les spécialistes ; c’est pourquoi sa diffusion au sein de la population (prévue pour 2050) est une problématique majeure du Parti. La finalité de la novlangue est de simplifier le lexique et la syntaxe au point de rendre impossible l’expression d’idées subversives – l’intention même de critiquer le pouvoir ne pourrait plus naître dans l’esprit du citoyen. « Ne voyez-vous pas, demande Orwell à travers son personnage, que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer » (1984). Dans le détail, le vocabulaire est divisé en trois classes : les mots du travail et de la vie quotidienne ; les termes politiques (parmi lesquels une foule de néologismes) ; les termes scientifiques et techniques. La grammaire, elle, favorise la vitesse de prononciation afin d’entraver la réflexion. Sur le plan philosophique, Orwell fonde le concept de la novlangue sur l’hypothèse selon laquelle la langue détermine la pensée, c’est-à-dire que les représentations mentales dépendent des catégories linguistiques.

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La propagande va jusqu’à la réécriture de l’histoire. Cette dimension transparaît à travers la situation du protagoniste d’Orwell : Winston travaille au Ministère de la Vérité, où sa fonction consiste en réalité à propager le mensonge en modifiant l’histoire au fil des événements. En effet, le Parti profite de son contrôle des archives pour détruire le passé. Les faits jugés désuets sont jetés dans un tube, le « trou de mémoire » ; des personnes devenues trop encombrantes disparaissent en même temps que leur parcours est « retouché » ; inversement, le protagoniste crée par exemple le personnage d’Ogilvy, un membre exemplaire du parti ; de faux témoignages sont produits pour incriminer les ennemis de Big Brother. Le Parti s’appuie ce faisant sur le principe de « mutabilité du passé », selon lequel les gagnants écriraient l’histoire ex post pour justifier leurs actes. « Qui commande le passé, pose Orwell, commande l’avenir, qui commande le présent, commande le passé » (1984). La réécriture de l’histoire garantit donc la prédominance de la version validée par l’autorité toute puissante du Parti, substituant ainsi l’infaillibilité du pouvoir à celle des faits et de la mémoire. Winston en éprouve une dissonance cognitive, qui a confiance à la fois en sa mémoire et en l’immuabilité du passé. Cette forme exacerbée de propagande imaginée par Orwell se fonde ultimement sur le relativisme historique, soit l’idée que le passé n’existe pas dans l’absolu, indépendamment d’un biais.

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