La prospérité du vice Daniel Cohen

La prospérité du vice entraîne la prospérité économique. Daniel Cohen explique en effet dans La prospérité du vice que la loi de Malthus a fonctionné jusqu’aux révolutions industrielles : les facteurs de mortalité ont paradoxalement contribué à l’amélioration du bien-être individuel en empêchant la croissance de la population de dépasser celle des subsistances. Si le progrès technique a supprimé ce risque démographique, la société de consommation occidentale a mis l’individu face à l’aporie de son bonheur.

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La prospérité du vice a fait naître l’économie moderne en Occident. Daniel Cohen la fait commencer il y a dix mille ans, avec l’invention de l’agriculture, laquelle a permis une augmentation de la population ainsi que du niveau de vie général. Ensuite, la productivité agricole a fait un bond à partir du XIIe siècle ; la classe bourgeoise a émergé grâce à la pacification des mœurs à partir du XVIe siècle ; puis l’Europe a inventé le modèle de l’État-nation. Le progrès économique était cependant entravé par la croissance géométrique de la population, qui annulait les bénéfices potentiels de la croissance arithmétique des subsistances ; c’est pourquoi Malthus recommande de freiner la croissance démographique. « La loi de Malthus, écrit Daniel Cohen, est le véritable acte fondateur de la science économique moderne. Elle va profondément influencer les économistes classiques, qui vont tous adhérer à sa vision pessimiste de l’histoire humaine, vouée à la pauvreté perpétuelle » (La prospérité du vice). L’impasse malthusienne disparaît grâce aux innovations des révolutions industrielles, qui rendent possible une croissance économique importante et durable. Daniel Cohen décrit comment Adam Smith défend alors le marché comme le moyen de faire concourir les intérêts individuels à l’intérêt général ; puis comment les économistes mettent en évidence le rôle économique des machines et identifient ainsi le progrès technique comme un facteur de production.

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Daniel Cohen voit la prospérité du vice derrière le progrès économique

La prospérité du vice est responsable des cycles économiques. Daniel Cohen passe en revue le XXe siècle à partir de la Première Guerre mondiale, qu’il perçoit comme l’achèvement nécessaire de la géopolitique européenne. « À chaque fois qu’une puissance tend à dominer les autres, explique-t-il, elle déclenche une coalition pour l’abattre. […] La Première Guerre mondiale n’est pas un « accident de parcours » du système européen : elle en est le terme logique » (La prospérité du vice). Les conséquences économiques de la Grande Guerre (notamment en Allemagne) et la crise de 1929, la plus grave jamais éprouvée par le capitalisme mondial, sont à la source de la Seconde Guerre mondiale. Daniel Cohen montre que la théorie keynésienne confère alors aux gouvernements un nouveau rôle et une nouvelle légitimité en promouvant la régulation de l’économie. Contrairement à l’idée selon laquelle la prospérité favorise la paix, les cycles de Kondratiev attestent que les guerres surviennent plus fréquemment lors de périodes de croissance. La fin de la Seconde Guerre mondiale ouvre les Trente Glorieuses, une période exceptionnelle de croissance et de mutations économiques (la tertiarisation), dont les sociétés avaient l’illusion qu’elle pourrait durer éternellement. Daniel Cohen caractérise la fin de cette période par la remise en cause du modèle de l’État-providence, qui était rendu possible par la croissance économique, et par la révélation que le bonheur est un sentiment subjectif nourrie par les perspectives d’amélioration du bien-être.

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La prospérité du vice explique les évolutions liées la mondialisation. Daniel Cohen s’attarde sur les retours économiques de la Chine et de l’Inde. Il explique notamment la non-implication de la première dans les révolutions industrielles par l’absence d’émulation intérieure qu’avait fournie en Europe la rivalité des puissances, ainsi que par le choix politique antérieur de l’autarcie. La Chine revient sur la scène économique à la fin des années 1970 avec une stratégie consistant en une ouverture massive et rapide aux marchés mondiaux, une promotion des exportations par la sous-évaluation de sa monnaie, une éducation intensive et une épargne très élevée. Les anciennes républiques soviétiques adoptent également l’économie de marché, mais les questions nationales et la faiblesse des institutions compliquent cette mutation. L’évolution de l’Occident contraste avec ces émergences rapides, d’où le renouveau du thème du déclin de la civilisation.  « Mieux vaut vivre dans un pays pauvre qui s’enrichit (vite) que dans un pays (déjà) riche et qui stagne, conclut Daniel Cohen. Les Français ont follement apprécié les trente glorieuses, car tout était neuf » (La prospérité du vice). Cette désillusion s’accompagne de surcroît de nouvelles menaces : la détérioration de l’environnement et la financiarisation débridée de l’économie remettent en cause l’idée d’un capitalisme autorégulateur et relégitiment l’État keynésien. Pour Daniel Cohen, le capitalisme immatériel est l’espoir d’une nouvelle croissance, mais il va également engendrer de nouvelles inégalités.

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