providence Joseph de Maistre Considérations sur la France

La providence accomplit la volonté divine. Comptant parmi les premiers « récusants » de la Révolution française, Joseph de Maistre la rejette complètement dans ses Considérations sur la France au motif qu’elle est contraire à la nature sociale et morale de l’homme définie par la religion. S’il en refuse les fruits – les principes politiques universels – il appréhende toutefois l’événement sous le prisme d’une certaine nécessité.

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La providence est à l’origine de la Révolution française. Joseph de Maistre présente celle-ci comme un événement radicalement nouveau et irrésistible – toutes les lois de la prudence et de la prévision humaines ont échoué. Si les adversaires de la Révolution ont été impuissants et ridicules, les révolutionnaires eux-mêmes ont été comme emportés par le mouvement. Par exemple, Robespierre, Collot ou Barrère ne pensaient pas établir le gouvernement révolutionnaire et le régime de la Terreur. À la vérité, aucun acteur ne savait véritablement ce qu’il faisait. « Ce qu’il y a de plus frappant dans la Révolution française, avance Joseph de Maistre, c’est cette force entraînante qui courbe tous les obstacles… Les scélérats même qui paraissent conduire la Révolution n’y entrent que comme de simples instruments ; et dès lors qu’ils ont la prétention de la dominer, ils tombent ignoblement. […] Plus on examine les personnages en apparence les plus actifs de la Révolution, et plus on trouve en eux quelque chose de passif et de mécanique » (Considérations sur la France). Cette caractérisation de l’événement de Joseph de Maistre est proche du sentiment que pouvaient en avoir les contemporains : la puissance de la Révolution donnait l’impression que la force de la providence était à l’œuvre, que la Révolution elle-même était l’acteur principal de la Révolution.

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Joseph de Maistre annonce que la providence restaurera l’ordre naturel

La providence rend impossible de créer l’ordre social. Le point de départ de Joseph de Maistre est l’idée selon laquelle les hommes ne font ce qu’ils font ni en volonté ni en conscience, puisqu’ils sont des pions de la providence. Il est par conséquent illusoire de vouloir organiser la société selon un ordre préalablement construit par l’esprit – il n’est possible que de rendre visible ce qui est déjà. Pour le philosophe, dès lors, aucune constitution politique effective ne résulte d’un processus délibératif, car elle se contente toujours, en réalité, de déclarer solennellement ce qui existe déjà. Il est donc vain de parler de l’homme en général ; c’est pourquoi les droits de l’homme mis en exergue par les révolutionnaires ne peuvent être qu’une fiction. « La constitution de 1795, écrit Joseph de Maistre, tout comme ses aînées, est faite pour l’homme. Or, il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu dans ma vie des, Français, des Italiens, des Russes, etc. ; je sais même grâce à Montesquieu, qu’on peut être persan : mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie ; s’il existe, c’est bien à mon insu » (Considérations sur la France). En pratique, les droits déclarés constituent toujours une concession du souverain quand ils sont attaqués. Ainsi, pour Joseph de Maistre, la législation doit se borner à rassembler et codifier les éléments politiques qui résultent de l’identité nationale du peuple.

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La providence veille sur la France. Joseph de Maistre affirme que les malheurs causés par la Révolution française signifient que la providence a châtié les hommes. De son point de vue, il s’agit d’un événement satanique tombé sur l’Europe, et plus particulièrement sur la France en sanction de sa longue impiété. La providence a cependant fait en sorte que tout ne soit pas perdu : si la Révolution en France a été un véritable drame, la nation française aura toujours le dernier mot, car elle retournera l’événement satanique contre lui-même. « Comment résister à la Révolution, se demande Joseph de Maistre ? Le génie infernal de Robespierre pouvait seul opérer ce prodige… ce monstre de puissance… était tout à la fois un châtiment épouvantable pour les Français et le seul moyen de sauver la France… [nos neveux] se consoleront aisément des excès que nous avons vus et qui auront conservé l’intégrité du plus beau royaume après celui du Ciel » (Considérations sur la France). Ainsi, par ses excès et son caractère profondément destructeur, la Révolution a elle-même préparé les conditions d’une révolution royaliste. Le mal s’exprime forcément dans le monde, en raison du péché originel, mais les souverainetés établies seront restaurées et maintenues par la providence. Même si « le charme a été rompu », Joseph de Maistre rappelle que la Révolution française a été accomplie dans un corps politique construit et raffermi par les rois de France.

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