Psychologie des foules Gustave Le Bon

La psychologie des foules explique leur irrationalité. Gustave Le Bon montre en effet dans Psychologie des foules que le comportement d’une masse d’hommes diffère de ceux d’individus isolés. Or, selon lui, la fin de l’Ancien Régime a entraîné un changement radical dans l’âme du peuple et fait entrer les sociétés dans l’« ère des foules ».

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La psychologie des foules se caractérise par une unité mentale. Pour Gustave Le Bon, une foule n’est pas un simple agrégat d’individus ; elle doit au contraire être perçue, dans une perspective psychologique, comme une entité une et indivisible, distincte de la simple addition des éléments isolés qui la composent. L’unité mentale est telle que la foule est assimilable à une « âme collective » transitoire, constituée par la fusion des âmes individuelles dans une même direction. « Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, décrit le psychologue, une agglomération d’hommes possède des caractères nouveaux fort différents de ceux des individus composant cette agglomération. La personnalité consciente s’évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction » (Psychologie des foules). Pour expliquer plus précisément le fond commun sur lequel les circonstances particulières donnent naissance à une unité psychologique, Gustave Le Bon évoque « l’âme de la race », c’est-à-dire l’ensemble des caractères communs que l’hérédité impose à tous les individus d’une race. En apparence magique et source d’ivresse, cette forme d’hypnose émotionnelle et intellectuelle collective réduirait cependant à néant la moindre impulsion de volonté individuelle, et plus particulièrement toute aptitude à l’esprit critique, si bien qu’un philosophe aurait, au sein d’une foule, la même valeur intellectuelle qu’un illettré.

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Gustave Le Bon voit la psychologie des foules manipulée par des meneurs

La psychologie des foules révèle qu’elles sont influençables. Impulsives et irritables, elles peuvent en effet être excitées facilement et parcourir rapidement la gamme des émotions les plus contradictoires. Gustave Le Bon avance qu’« elles sont aussi incapables de volonté durable que de pensée » (Psychologie des foules). Il se produit ensuite spontanément dans la foule un phénomène de contagion : l’idée dominante se répand dans les esprits galvanisés par l’émotion commune jusqu’à substituer l’intérêt collectif à l’intérêt individuel. D’une suggestibilité et d’une crédulité extrêmes, la foule perçoit alors les événements dans une totale subjectivité ou rien n’est invraisemblable, jusqu’à l’hallucination collective, puis elle transforme en actes la suggestion reçue. « Comme chez tous les êtres suggestionnés, l’idée qui a envahi le cerveau tend à se transformer en acte. Qu’il s’agisse d’un palais à incendier ou d’un acte de dévouement à accomplir, la foule s’y prête avec la même facilité ». Pour autant, seule une idée simple, vague, absolue et présentée sous la forme d’une image impressionnante peut réussir à contaminer une foule, car son esprit primitif est incapable de traiter une théorie élaborée, ni même une nuance ou une relativité, qui seraient une entrave à son désir immédiat. Son « raisonnement » consiste en fait en l’association d’idées et d’images sans liens logiques. Elle est dotée d’une imagination puissante et fortement impressionnable, qui tend à conférer un dimension mystérieuse et légendaire aux événements collectifs.

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La psychologie des foules les rend dépendantes d’un meneur. En raison de leur irritabilité et de leur impulsivité, elles ne peuvent pas réussir à s’autodiscipliner ; c’est pourquoi elles ont besoin d’un leader fédérateur personnifiant leurs aspirations qui leur permette de dépasser leur insécurité psychologique. Gustave Le Bon en fait le portrait suivant : il s’agit d’un homme d’action éloquent, doté d’une foi inébranlable dans l’idéal répandu dans la foule, pour lequel il est prêt à tout sacrifier ; ses paroles sont perçues comme sacrées, ses ordres comme indiscutables, et il est érigé en légende – il évoque dans les esprits l’image du guide capable de mener la foule vers son destin chimérique. Le psychologue donne notamment l’exemple de Napoléon Ier, un meneur d’hommes hors pair. Un tel leader réussit à convertir les foules à la foi de son projet en affirmant et en répétant un même message jusqu’à enclencher la contagion. Sa puissance de persuasion repose en grande partie sur son prestige, qui le rend capable de dominer émotionnellement les masses en paralysant le jugement des individus. « Malmenez les hommes tant qu’il vous plaira, écrit Gustave Le Bon, massacrez-les par millions, amenez invasions sur invasions, tout vous est permis si vous possédez un degré suffisant de prestige et le talent nécessaire pour le maintenir » (Psychologie des foules). Il suffit cependant d’un signe de faiblesse ou d’une moindre réussite pour faire vaciller l’ascendant du prestige sur les âmes.

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