scepticisme Pyrrhon

Le scepticisme n’est pas une véritable école. Si des sceptiques ultérieurs lui ont attribué la paternité du courant, Pyrrhon n’en a pas fondé l’école, n’a rien écrit ni véritablement théorisé. Il n’a fait le procès d’aucun philosophe, mais il avait pour projet de révoquer en doute les doctrines ontologiques en leur opposant que la raison humaine est bien incapable de connaître quoi que ce soit de la substance ou de l’essence de la réalité.

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Le scepticisme est une théorie de la connaissance. La philosophie de Pyrrhon est dirigée contre les dogmes ontologiques de ses prédécesseurs qui ne faisaient qu’offrir à l’homme un refuge contre l’absurdité de la vie. Sa prémisse essentielle est qu’il est impossible de connaître la vérité non pas parce qu’elle n’existe pas, mais parce qu’elle est inconnaissable. « La philosophie de Pyrrhon, écrit Diogène Laërce, introduit l’idée qu’on ne peut connaître aucune vérité, et qu’il faut suspendre son jugement […] Il soutenait qu’il n’y avait ni beau, ni laid, ni juste, ni injuste, que rien n’existe réellement et d’une façon vraie, mais qu’en tout chose les hommes se gouvernent selon la coutume et la loi. Car une chose n’est pas plutôt ceci que cela » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres). Le scepticisme de Pyrrhon refuse par conséquent les idéalismes prétendant identifier les essences éternelles de la réalité – nulle place, dans cette épistémologie, pour un principe premier de l’univers, ou un monde intelligible comme celui de Platon. Dans cette perspective, les phénomènes sont relatifs dans la mesure la réalité se réduit à l’apparence – même la raison n’est rien d’autre qu’une indication donnée sur les apparences. Ainsi, pour Pyrrhon, le phénomène (ce qui apparaît) est le critère des sceptiques, à la nuance près qu’il ne permet pas la spéculation.

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Le scepticisme de Pyrrhon a un versant pratique

Le scepticisme est une attitude intellectuelle. Pyrrhon préconise plus précisément la suspension du jugement, ou « acatalepsie » (du grec akatalêptos, insaisissable). De fait, l’impossibilité de se fier à quoi que ce soit rend nécessaire de douter et d’admettre que la connaissance est impossible. Puisque la nature est essentiellement un ensemble d’apparences indéterminées et instables, la sagesse consiste à reconnaître qu’une opinion ne peut être ni vraie ni fausse. Dans le détail, la méthode empirique du scepticisme pyrrhonien repose sur l’observation et la comparaison des phénomènes, jusqu’à ce qu’apparaisse une contradiction justifiant la suspension du jugement. En effet, le premier trope (argument) pyrrhonien est que « […] les mêmes objets ne produisant pas les mêmes impressions, cette différence est pour nous une raison de suspendre notre jugement » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres). Si beaucoup de penseurs avaient déjà mis en évidence la capacité du langage à soutenir une chose et son contraire, le scepticisme Pyrrhon se fonde lui sur l’idée qu’il n’existe rien d’autre que cette contradiction, que derrière l’apparence se trouve encore et toujours l’apparence. Par exemple, Timon (élève de Pyrrhon) fait attention à ne pas affirmer que le miel est doux, mais seulement qu’il paraît l’être. De même, les pyrrhoniens se contentaient d’exposer avec détachement les doctrines des autres écoles. Véritable garde-fou contre les préjugés, la suspension du jugement prônée par Pyrrhon conduit à se taire afin d’être sans opinion, penchant, ni vaine agitation d’esprit.

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Le scepticisme est une éthique. Pyrrhon considère en effet la suspension du jugement comme la condition de possibilité d’une vie tranquille et bienheureuse, exempte des agitations dues aux illusions de l’opinion ou de la science. Cette sagesse découlant de l’épistémologie pyrrhonienne relève avant tout de l’exemple donné par le philosophe. Sa proverbiale indifférence a eu de nombreux partisans, à tel point que ses concitoyens l’ont érigé au rang de grand prêtre et ont exonéré les philosophes d’impôts en son honneur. « Sa conduite, détaille Diogène Laërce, était d’accord avec sa doctrine : il ne se détournait, ne se dérangeait pour rien ; il suivait sa route quelque chose qui se rencontrât, chariots, précipices, chiens, etc. ; car il n’accordait aucune confiance aux sens » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres). Populaire, Pyrrhon était suivi partout par ses amis, qui l’arrachaient au danger. Les exemples de son équanimité sont nombreux : la légende dit qu’il se serait fait opérer à vif avec du feu et du fer sans sourciller ; mais son biographe raconte aussi qu’il lui fut reproché de s’être mis en garde contre un chien, à quoi il répondit qu’il était bien difficile de supprimer totalement l’humanité en l’homme. Sa recherche du parfait équilibre de l’âme requerrait pourtant de dépouiller totalement l’homme, au point de ne plus savourer la jouissance. Le scepticisme de Pyrrhon constitue donc un remède radical à la vanité des choses.

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