pythagorisme Pythagore

Le pythagorisme est la philosophie d’une société secrète. Mélangeant dans sa Vie de Pythagore la légende et la vérité historique, Porphyre dépeint Pythagore comme un chef de secte et réformateur religieux doté de nombreuses qualités (beauté, intelligence, popularité) et compétences (politique, magie, sciences). Connu (à tort) en tant que mathématicien, il était au contraire le premier homme, dit la tradition, à se faire désigner comme philosophe.

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Le pythagorisme conçoit les nombres comme l’essence de la réalité. Pythagore réduit le mouvement, identifié par d’autres écoles philosophiques comme la force motrice du monde, à une mécanique. Or, celle-ci est elle-même réductible aux mathématiques, si bien que tout pourrait se compter ou se calculer. « Les nombres gouvernent le monde, aurait ainsi affirmé le philosophe selon Porphyre » (Vie de Pythagore). Ils sont plus fondamentalement antérieurs et supérieurs à toute chose. Le fameux théorème de Pythagore, par exemple, préexiste et survivra à sa découverte par les pythagoriciens, qui n’ont fait que révéler une propriété valable de toute éternité. Que le carré de l’hypoténuse soit égal, dans un triangle rectangle, à la somme des carrés des deux autres côtés relève de l’essence de tout triangle rectangle. À l’image de cette propriété, les spéculations du pythagorisme portent sur les idées, dans le sens que Platon donnera au terme, c’est-à-dire les essences éternelles, les archétypes derrière la réalité véritable. Le projet du courant philosophique est donc de pénétrer, par-delà l’expérience sensible, jusqu’à l’essence des objets, grâce à laquelle il est possible d’expliquer le monde. À la mort de Pythagore, toutefois, ses disciples se sont divisés en deux camps, les premiers se consacrant au versant moral et religieux de sa doctrine, les seconds prolongeant sa réflexion scientifique.

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Pythagore déduit la morale du pythagorisme de la métempsycose

Le pythagorisme prône une grande rigueur morale. Celle-ci s’explique probablement par l’origine dorienne de Pythagore, car ce peuple grec était réputé pour ses mœurs austères (les Spartiates étaient des Doriens). Ainsi, les valeurs morales pythagoriciennes sont la piété, les bonnes mœurs, la tempérance, le courage, l’ordre, l’obéissance à la loi, et la fidélité dans l’amitié. « Choisis toujours, aurait recommandé Pythagore, le chemin qui semble le meilleur même s’il paraît plus difficile : l’habitude le rendra bientôt agréable » (Vie de Pythagore). En pratique, le philosophe et ses disciples vivaient dans une sorte de monastère régi par des lois communes d’une grande sévérité. Si l’école était ouverte aux femmes (toutefois très minoritaires) et aux étrangers, le recrutement des nouveaux membres était particulièrement sélectif et scrupuleux : vénéré comme un dieu, Pythagore faisait passer plusieurs entretiens au candidat afin de sonder son âme et d’y déceler la vocation inédite nécessaire à l’intégration de la société. En effet, les pythagoriciens suivaient un mode de vie extrêmement encadré. Ils pratiquaient notamment la communauté des biens et valorisaient le silence. La postérité se souvient également du pythagorisme pour son choix du végétarisme, la tradition occidentale considérant même Pythagore comme le premier végétarien. De fait, la diététique de la communauté interdisait tout aliment symbolisant la vie. Concernant sa transmission, la doctrine morale du pythagorisme faisait l’objet d’un enseignement ésotérique délivré à l’oral, selon des degrés d’initiation comparables à ceux des sociétés secrètes.

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Le pythagorisme repose sur la transmigration des âmes. Ce phénomène est le corrélat de l’immortalité de l’âme, qui est un des grands principes de Pythagore. Celui-ci aurait ramené cette idée de son périple initiatique en Grèce, puis en Orient, auprès de sages, comme Phérécyde de Syros, dont il aurait reçu l’enseignement ésotérique. D’après Porphyre, la doctrine du philosophe affirmait que « l’âme est immortelle […]. À beaucoup de ceux qui l’abordaient il rappelait la vie antérieure que leur âme avait jadis vécue avant d’être enchaînée à leur corps actuel » (Vie de Pythagore). Le corps constitue dès lors dans le pythagorisme une entité séparée de l’âme, plus précisément une prison où une divinité aurait enfermé l’âme pour la punir. Pour autant, celle-ci garderait la possibilité de se fixer dans des corps différents au cours des cycles de la vie et de la mort. Si elle a fait preuve de vertu dans ses vies antérieures, alors elle peut être récompensée en accédant au monde supérieur de la vie incorporelle ; en revanche, si elle a mal agi, elle sera châtiée dans le Tartare, ou bien transférée à nouveau dans d’autres corps d’hommes ou d’animaux. Ainsi, certains pythagoriciens affirmaient que le mouvement des âmes pouvait être décelé dans l’air et dans les rayons solaires. La métempsychose du pythagorisme était toutefois dépendante d’une certaine compatibilité de l’esprit et de son réceptacle matériel, ce dont découle la rigueur de la morale de Pythagore.

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