Question contemporaine ENA 2016

La France a-t-elle toujours vocation à porter des valeurs universelles ?

Cette dissertation a été rédigée par Romain Treffel en avril 2017 dans les conditions de l’épreuve.

« C’est la langue humaine », a écrit Antoine de Rivarol à propos de la langue française (Discours sur l’universalité de la langue française). Le français ayant pour qualité principale la clarté – laquelle serait en fait une caractéristique fondamentale de l’« esprit français » – l’écrivain lui concevait la vocation d’une langue universelle, vouée à éclairer l’humanité tout entière en en devenant le logiciel de pensée. Quel meilleur vecteur de l’universalisme que la langue française ! Si celle-ci a effectivement pu constituer le « cheval de Troie » des valeurs universelles de la nation française, ce rayonnement international peut paraître aujourd’hui bien révolu. Il est donc nécessaire de questionner la portée actuelle de l’universalisme français.

Ayant pour étymologie le latin vocare, « appeler », la vocation s’entend comme un appel à l’action, à l’engagement qui aurait sa source dans les mythes, l’histoire, ou encore la culture. Les « valeurs universelles » que la nation française aurait vocation à porter, c’est-à-dire à diffuser chez les autres nations, peuvent être définies comme des principes moraux fondés sur l’universalisme, c’est-à-dire l’affirmation de l’équivalence en dignité, en tout point du globe, de tout être humain. Ces principes sont par exemple la dignité humaine, l’égalité, la tolérance religieuse, etc. La France porte ces valeurs dans la mesure où elle les promeut, d’une part, et où elle fonde sur elles sa propre action internationale, d’autre part.

Se demander si la nation française est toujours habitée par cette vocation, si elle entend et écoute, encore aujourd’hui, l’appel de l’universalisme, c’est présupposer que cette vocation a bien animé la France par le passé ; c’est prendre pour acquise l’existence d’un messianisme universaliste français, c’est-à-dire l’idée que la nation française porte un destin particulier, et que celui-ci lui confère une importance et une responsabilité à l’égard des autres nations. Où ce messianisme trouve-t-il sa source ? Comment a-t-il conduit la France à devenir un vecteur de l’universalisme ? Cette ambition paraît aujourd’hui quelque peu disproportionnée au regard de la désormais plutôt modeste influence de la France sur le théâtre mondial. Les lourds événements du XXe siècle et l’émergence de nouvelles puissances (notamment États-Unis, URSS, Chine) ont indéniablement provoqué, en dépit de l’obstination du général de Gaulle à ne pouvoir l’envisager qu’au premier rang, le recul géopolitique de la France – à tel point que certains vont jusqu’à la qualifier de « nation de second rang ». Plus fondamentalement, l’idée même qu’une « vocation » doive animer l’action géopolitique de la France peut paraître désuète, dans la mesure où les actes de la nation ont pu contredire son ambition messianique, au point de la rendre illégitime. Pourquoi le messianisme français serait-il éculé ? La perspective, ou le sentiment du déclin ne doivent pas pour autant rendre la France sourde à sa vocation. La configuration et les défis du monde contemporain semblent au contraire appeler la France à jouer un rôle plus actif dans les relations internationales. Ces circonstances sont-elles propres à revivifier l’universalisme, ou le messianisme français est-il au contraire condamné à ne plus être que la façade du pragmatisme ?

Que reste-t-il du messianisme français ?

Né de l’Histoire nationale (I.A.), le messianisme français a promu des valeurs universelles (I.B.). Il rencontre cependant de nouveaux obstacles (II.A.) qui appellent son renouvellement (II.B.).

☆  ☆  ☆

La vocation de la France à porter des valeurs universelles trouve sa source dans l’histoire nationale. Elle s’explique, d’une part, par le rayonnement intellectuel et culturel dont elle a joui au cours des siècles et qui a fait la prospérité du fameux « esprit français » évoqué par Rivarol ; elle aurait, d’autre part, pris un tournant concret avec la Révolution française.

Le messianisme français a ses racines dans l’universalisme philosophique, dont la France a été historiquement un des principaux, sinon le principal foyer. La fameuse affirmation de Descartes selon laquelle « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » (Discours de la méthode) constituait déjà, au XVIIe siècle, une proclamation universaliste de l’égale dignité de tous les hommes, tous également dotés de raison. C’est cependant le courant des Lumières qui donnera toute son ampleur à cette idée. Si ce mouvement a émergé au XVIIIe siècle simultanément dans la plupart des grandes nations européennes, les plus grands esprits, les plus grandes idées et les plus grandes œuvres semblent bien avoir été, en termes de rayonnement international – c’est-à-dire de la capacité à « porter des valeurs » – français. Les plus célèbres représentants de cette ébullition de l’universalisme sont probablement les encyclopédistes Diderot, Voltaire, Rousseau et d’Alembert, qui ont autant abattu les frontières entre les hommes que celles entre les sciences. La France doit à ces philosophes des réflexions universalistes fondamentales sur l’égalité (Rousseau), la tolérance (Voltaire), ou encore la morale (Diderot). Pour Tzvetan Todorov (L’esprit des Lumières), toutes ces théories forment un véritable « esprit des Lumières » qui a constitué le socle de l’universalisme français. Cet esprit reposerait plus précisément sur trois piliers, l’autonomie, la finalité humaine des actes, et l’universalité. Il demande de prendre conscience du fait que tous les hommes appartiennent à la même espèce et ont par conséquent droit à la même dignité. Todorov identifie ainsi cet esprit à l’origine des combats contre l’esclavage et pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

La Révolution française a transcrit cet esprit universaliste en actes. La finalité de l’entreprise politique était effectivement de renverser les fondements inégalitaires de la société d’Ancien Régime pour leur substituer l’égalité politique théorisée par l’universalisme philosophique des Lumières. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen adoptée le 26 août 1789 a constitué le point d’orgue de cet accouchement du messianisme français. En visant « l’Homme » avec un grand H, elle ne laisse aucun doute quant à sa portée universelle, laquelle est confirmée par son premier article, qui pose l’équivalence de tous les hommes en dignité. Pour Michelet (Histoire de la Révolution française), cette ambition explicitement universaliste fait de la Révolution française une rupture majeure, l’ouverture d’une ère nouvelle. Exalté, l’historien voit en elle un événement incomparable et démesuré qui surplombe l’Histoire universelle. Il explique l’exceptionnelle énergie du soulèvement politique par le fait que l’événement a constitué le climax et la conclusion apocalyptique de très long siècles d’oppression. Contrairement à Tocqueville, Guizot et les auteurs libéraux qui voient dans la Révolution française l’aboutissement d’une longue évolution logique de la monarchie française, Michelet défend l’idée d’une césure dans le cours historique. Il narre ainsi la rupture révolutionnaire spontanée du 14 juillet 1789 en l’assimilant à un acte fondateur de la « volonté générale ». La Révolution française aurait fondé l’Histoire sur de nouvelles bases parce qu’elle a institué une nouvelle forme de société et donné naissance à un nouvel âge de l’humanité. Michelet ne la considère pas pour autant comme un événement abouti, mais plutôt comme une prophétie, un programme universaliste pour les hommes des siècles suivants.

La naissance de la vocation universaliste de la France peut donc être située historiquement dans la conjonction de l’universalisme philosophique des Lumières et de la Révolution française. Cette vocation a ensuite déterminé, pour partie, l’action et l’influence de la nation française à l’égard des autres nations.

☆  ☆  ☆

Si l’universalisme proclamé lors de la Révolution française n’a pas constitué un programme au sens de Michelet, il a indéniablement inspiré les valeurs continûment portées par la nation française depuis lors. Il se retrouve tout particulièrement dans la conception universaliste de la nation défendue par la France, ainsi que dans son engagement en faveur des droits de l’homme.

Les valeurs universelles portées par la France ont tout d’abord véhiculé une conception originale de la nation. L’article 3 de la DDHC présente la nation comme un ensemble théoriquement indivisible, seul dépositaire de la souveraineté, où l’État ne peut distinguer que des citoyens, car il ne reconnaît pas les communautés. Cependant, la dimension universaliste de la nation française s’éprouve surtout à l’égard de sa philosophie de l’appartenance, synthétisée au XIXe siècle par Ernest Renan dans sa conférence Qu’est-ce qu’une nation ?. Démontrant historiquement l’illégitimité des conceptions ethniques de la nation – les premières nations européennes sont toutes de « sang mélangé », la pureté de la race ne pouvant exister qu’à l’état de fantasme – il identifie la nation à un principe spirituel à deux composantes : la possession en commun d’un riche legs de souvenirs, et le consentement, ou désir actuel de vivre ensemble et de continuer à faire valoir l’héritage reçu indivis. Dans cette perspective, la volonté fournit en définitive le seul critérium possible d’appartenance à la nation, la souffrance commune le meilleur ciment national. Tout homme, quel qu’il soit, peut donc intégrer la nation française s’il le désire et s’il accepte de faire sien l’héritage de sa nouvelle communauté. Cette conception universaliste, dite « subjective », s’est opposée à la conception dite « objective », défendue notamment par l’allemand Fichte, selon laquelle les critères de la nationalité seraient des traits biologiques, transmis de génération en génération, et le « Volkgeist », l’esprit qui caractérise le peuple. Si les nations modernes sont diversement ouvertes, il semble que ce soit la conception universaliste française qui ait prévalu.

Le messianisme universaliste français se retrouve également dans la défense des droits de l’homme, lesquels se rapprochent peut-être du programme imaginé par Michelet. En tant que valeurs fondatrices de la République française proclamées dans le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 (« Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme »), les droits de l’homme sont au cœur de l’engagement de la nation française au sein de l’Union européenne, et plus généralement, des organisations internationales. Ils sont régulièrement mis en évidence par les travaux de l’Organisation des Nations unies qui, après avoir adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme le 10 décembre 1948, a consacré de nombreuses conférences et conventions à ce thème. La vocation de la France à l’égard des droits de l’homme se concrétise régulièrement sur les plans politique et diplomatique par des actions de coopération et de soutien sur diverses thématiques, dont notamment l’abolition de la peine de mort, la lutte contre l’impunité judiciaire et la détention arbitraire, la promotion des droits des femmes, la lutte contre l’exposition des enfants à la guerre, ainsi que la lutte contre les discriminations sexuelles et l’identité de genre. La diplomatie française agit sur ces thématiques avec l’aide de la communauté internationale, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales. Sa vocation universaliste l’engage à intervenir, pour défendre les droits de l’homme, par l’influence géopolitique ou par l’action de terrain, indépendamment du lieu où les violations sont commises. C’est en partie grâce à cette action de la France en leur faveur que les valeurs universelles des droits de l’homme sont aujourd’hui partagées par beaucoup de pays, alors même qu’elles étaient caricaturées comme une chimère lors des siècles précédents.

Ainsi, l’universalisme porté par la nation française depuis le XVIIIe siècle s’est tout particulièrement traduit dans l’émergence, puis la diffusion d’une conception originale, ouverte et inclusive, de la nation, d’une part ; et dans une action géopolitique, et plus précisément diplomatique, en faveur des droits de l’homme, d’autre part. Ces réussites du messianisme français ne sauraient toutefois occulter les obstacles qui amènent à s’interroger sur sa portée actuelle.

☆  ☆  ☆

Malgré des accomplissements certains, la vocation de la France à porter des valeurs universelles semble avoir été bien entamée depuis sa naissance dans le bouillonnement politique révolutionnaire. Tant sa légitimité que sa capacité à le faire ont été remises en cause.

L’universalisme français a tout d’abord été accusé de relever de l’idéologie. Contre leur prétention à s’adresser à tout homme, à le représenter et à le défendre, en tout temps et en tout lieu, les valeurs universelles françaises seraient en réalité, comme tout discours, le produit de circonstances, de rapports de force et de la prévalence d’intérêts. C’est tout particulièrement la critique marxiste de l’universalisme des droits de l’homme qui a remis en cause la légitimité du messianisme français. Pour Marx, ces droits « ne sont rien d’autre que les droits du membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire de l’homme égoïste, de l’homme séparé de l’homme et de la collectivité » (La question juive). Ils constituent ainsi la plus explicite manifestation idéologique de la bourgeoisie, la classe à l’origine de la Révolution française. Du point de vue marxiste, les droits et libertés défendus par l’universalisme français sont purement formels. Puisque la classe ouvrière manque des moyens économiques et intellectuels pour faire valoir ses droits, elle doit alors se contenter de l’égalité théorique, sans jamais accéder à l’égalité réelle. Les valeurs universelles portées par la France feraient en réalité partie d’un dispositif idéologique voué à dissimuler la réalité de l’inégalité entre les capitalistes et les travailleurs. À chaque époque, en effet, la classe dominante produit l’idéologie, un ensemble de fausses représentations produites par les dominants afin de légitimer leur exploitation des dominés, de justifier et de conforter leur position sociale. « Les pensées de la classe dominante sont aussi, écrit Marx, à toutes les époques, les pensées dominantes » (L’Idéologie allemande). Cette critique philosophique a mis à mal la légitimité de la France à porter des valeurs universelles en caricaturant cette vocation comme une entreprise idéologique.

Sur un plan plus pratique, ensuite, l’universalisme français a rencontré un obstacle concret avec le recul géopolitique de la France. Sortie considérablement affaiblie des deux Guerres mondiales et spectatrice de l’émergence de nouveaux « géants » mondiaux (États-Unis, URSS, Chine), la nation française ne disposerait plus des moyens de faire peser son attachement aux valeurs universelles dans la realpolitik. Elle en est d’autant moins capable que des pans de son histoire récente atteignent sa légitimité en même temps que sa capacité à le faire. Le colonialisme (et tout particulièrement la guerre d’Algérie) et la collaboration avec l’Allemagne nazie du régime de Vichy sont les deux cicatrices qui témoignent que la nation française n’a pas toujours été, loin s’en faut, à la hauteur de son ambition messianique. Béatrice Giblin montre ainsi dans Le paradoxe français que les Français ont désormais un rapport torturé à leur histoire nationale : ils en éprouvent une certaine fierté, tout en la trouvant lourde à porter. Tiraillés entre fierté nationale et hantise du déclin, ils ressentent les exigences héritées du passé et demeurent attachés au rôle de grande puissance ; mais ils sont en même temps pessimistes au point d’adhérer l’idée que la France n’est plus qu’une nouvelle puissance moyenne. L’universalisme culturel français nourrit le même sentiment paradoxal : si la langue et la culture françaises sont, d’une part, elles aussi source de fierté nationale, elles semblent d’autre part promises à un déclin dont le combat de l’exception culturelle donne une preuve permanente. Ainsi, la France elle-même ne semble plus croire dans sa vocation à porter des valeurs universelles.

Le messianisme français rencontre donc des obstacles qui mettent à mal tant sa légitimité que son effectivité. La configuration et les défis du monde contemporain peuvent toutefois constituer des circonstances propres à le renouveler.

☆  ☆  ☆

La vocation de la France à porter des valeurs universelles n’est pas perdue dans les limbes du XXe siècle. L’universalisme issu de son histoire pourrait au contraire apporter des réponses à l’incertitude qui marque le monde contemporain.

Le messianisme français est notamment un précieux vecteur de tolérance dans le contexte actuel de tensions religieuses. La laïcité est en effet une des valeurs universelles portées par la France, posée par l’article 10 de la DDHC dans ces termes : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». Elle signifie que le sacré est réservé à la sphère privée, en conséquence de quoi la sphère publique doit être régulée, préconise l’idéal des Lumières, par la raison commune des hommes éclairés. Cette conception paraît particulièrement adaptée aux tensions religieuses contemporaines, caractérisées par la propagation d’une version fondamentaliste de l’islam, comme en témoigne l’important succès de librairie du Traité sur la tolérance de Voltaire après les vagues d’attentats. Cette anecdote serait la preuve de la volonté des Français de ne pas renoncer à l’idéal de tolérance religieuse inscrit dans l’universalisme national ; de s’y accrocher au contraire plus fermement, voire d’y revenir, plutôt de céder à la stigmatisation et à la violence. « Tu ne nous as point donné, écrit Voltaire à Dieu, un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger […] ». En réalité, la parole religieuse plaide elle-même pour la tolérance religieuse, montre le philosophe. En véritable « père » de l’universalisme français, il appelle de ses vœux une tolérance universelle, qui viserait tous les peuples sans exception. Peu importe la réciprocité, car il suffirait de convaincre chaque représentant religieux intolérant de la profonde tolérance que commande son propre dogme. La laïcité pourrait donc servir de point d’appui à l’universalisme français pour revivifier le messianisme national.

Au plan des moyens, la France pourrait compenser son recul géopolitique grâce au potentiel de la francophonie. Comme l’exprimait Rivarol, la langue française est en effet un vecteur particulièrement efficace de l’universalisme français, car elle charrie avec elle l’« esprit français », dont la propension à la conceptualisation éclaire la pertinence des valeurs universelles que sont l’égalité, la liberté, la laïcité, la fraternité ou encore la dignité. En effet, une langue ne se réduit pas à un système de communication, bien au contraire ; elle transmet au locuteur, selon le linguiste Benjamin Whorf, tout un ensemble de représentations mentales profondes, lesquelles constituent un paradigme d’interprétation de la réalité. Parler français, ce serait donc, d’une certaine manière, voir le monde à travers des lunettes françaises, en partie façonnées par les valeurs universelles du messianisme français. Cette propriété de la langue invite à tenter de faire de la francophonie un moyen primordial de diffusion de l’universalisme français. Le rapport Attali La francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable de 2014 identifie là une opportunité largement sous-estimée. En effet, la francophonie serait le sixième espace géopolitique mondial par sa population : recouvrant les cinq continents, elle comprend tous les pays francophones, ceux où une proportion de la population parle le français (comme Israël) ; d’autres, dits « francophiles », qui ont un intérêt économique à apprendre le français (le Nigeria, par exemple) ; à quoi il faut ajouter les diasporas francophones, les réseaux d’anciens élèves de l’enseignement français, et les cinquante millions d’apprenants du français comme langue étrangère à travers le monde. L’étendue mondiale de la langue française pourrait donc être l’opportunité de renouveler le messianisme français.

☆  ☆  ☆

La vocation de la France à porter des valeurs universelles est née au XVIIIe siècle de l’universalisme philosophique des Lumières et de sa traduction politique concrète dans la Révolution française. Les principes hérités de cette période historique ont notamment été proclamés dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, auxquels la France est donc naturellement fortement attachée. Ils ont constitué comme un programme universaliste qui a inspiré les valeurs continûment portées par la nation française depuis lors, tout particulièrement à travers la conception subjective française de la nation, ainsi que dans l’engagement géopolitique et diplomatique en faveur des droits de l’homme. Ces témoignages du messianisme français ne doivent cependant pas dissimuler les obstacles qui conduisent à interroger sa portée actuelle. Il a pu être assimilé à de l’idéologie, d’une part, ce qui a affaibli sa légitimité ; ses moyens d’action, d’autre part, ont été amenuisés par le recul géopolitique de la nation française. La vocation de la France à porter des valeurs universelles n’a pas pour autant été enterrée au XXe siècle. La configuration et les défis du monde contemporain appellent son renouvellement, par exemple en la focalisant sur la valeur de la laïcité et sur le moyen de la francophonie.

Romain Treffel