La question juive selon Sartre

La question juive Sartre

La question juive avait une importance cruciale à la Libération. Jean-Paul Sartre a écrit ses Réflexions sur la question juive dans l’espoir de contribuer au renouvellement moral de la nation et d’en décontaminer les esprits après que les journaux sont devenus antisémites pendant l’Occupation. Il dénonce en particulier les compromis de la France de Pétain et le silence de la France libérée sur le sort des Juifs.

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La question juive repose sur l’ambiguïté de l’identité juive. Jean-Paul Sartre rappelle que la découverte de sa qualité de Juif trouble souvent l’enfant. En effet, la judaïté s’accompagne d’une inquiétude sociale : « Le Juif est un homme que les autres hommes tiennent pour Juif : voilà la vérité simple d’où il faut partir, pose le philosophe » (Réflexions sur la question juive). C’est parce qu’il n’est pas sûr de sa place et de ses droits dans la société que le Juif ne s’interroge pas spontanément sur le destin de l’homme. En dépit de cette ambiguïté, Sartre voit avant tout en lui, comme tout individu, un être « en situation » (biologique, économique, politique, culturelle, etc.). Ainsi, ses caractéristiques physiques ne sont qu’un facteur parmi d’autres de sa situation – ceux qui évoquent une « race juive » devraient considérer la diversité des physionomies au sein du peuple juif. Sur le plan historique, la communauté juive a progressivement perdu ses caractères national et religieux, au point de devenir une « communauté historique abstraite ». Il lui est difficile, après vingt siècles de dispersion et de passivité politique, de se rapporter à un passé historique. Seules la mémoire d’un long martyre et l’hostilité des chrétiens soudent les Juifs. En France, ils ont participé comme ils ont pu à la vie de la nation après la Révolution de 1789. Sartre s’est néanmoins vu reprocher de négliger la culture juive.

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Sartre enracine la question juive dans l’antisémitisme

La question juive révèle que l’antisémitisme est une passion primitive. Pour Jean-Paul Sartre, une opinion antisémite équivaut à attribuer les malheurs aux Juifs et à proposer de s’en prendre à eux pour remédier à cet état de choses. De fait, les gens se contentent souvent de reprendre les préjugés antisémites traditionnels, et cette attitude devient particulièrement virulente dans les périodes de crise internationale, où elle s’inscrit dans le mythe de l’Union sacrée. Le Juif est donc le bouc émissaire de l’antisémite, qui le voit à l’origine de tous les projets contradictoires (capitalisme, anticapitalisme, internationalisme, etc.) et tous les complots, parce qu’il l’assimile à l’esprit du mal. Sartre en déduit que l’antisémitisme est un refus de l’intelligence et de la complexité du monde, une bêtise humaine assumée : « L’antisémite adhère, au départ, à un irrationalisme de fait. Il s’oppose au Juif comme le sentiment à l’intelligence, comme le particulier à l’universel, comme le passé au présent, comme le concret à l’abstrait, comme le possesseur de biens fonciers au propriétaire de valeurs mobilières » (Réflexions sur la question juive). L’antisémite reconnaît volontiers que le Juif est intelligent et travailleur, mais il n’a pas honte de sa propre médiocrité. Plus fondamentalement, sa haine l’entraîne à adopter une vision du monde par laquelle il abdique sa condition d’homme, au sens où il fuit la responsabilité de penser et d’agir par soi-même. De cette analyse, Sartre conclut que l’antisémitisme ne peut pas être protégé par la liberté d’expression.

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La question juive est résolue par le choix de l’authenticité. Jean-Paul Sartre estime que l’ambiguïté de leur identité explique la propension des Juifs à l’introspection. Toutefois, avoir une conscience plus aiguë de leur liberté de se définir peut nourrir chez eux une forme de masochisme. En pratique, certains Juifs se laissent contaminer par la représentation de l’antisémite en voulant prouver qu’il n’existe pas de nature juive. En France, notamment, ils sont placés dans l’obligation perpétuelle de prouver qu’ils sont vraiment français, c’est pourquoi  ils vivent avec un sentiment permanent de culpabilité : « On tente de lui persuader, écrit Sartre, que le véritable sens des choses lui échappe, il se forme autour de lui un brouillard insaisissable qui est la vraie France, avec ses vraies valeurs, son vrai tact, sa vraie moralité et il n’y a aucune part » (Réflexions sur la question juive). Si, au contraire, le Juif vit sa judaïté dans l’authenticité, alors il devient un martyr. Le port de l’étoile jaune a indigné les gens, mais il n’a fait que pousser à l’extrême la situation qui prévalait déjà. Le philosophe trouve que les mesures invoquées pour assimiler les Juifs (changement de nom, mariages mixtes obligatoires, interdiction de la religion, etc.) sont inhumaines. Leur participation active à la vie sociale devrait suffire à faire d’eux des citoyens – ils ne devraient pas avoir à renier leur identité. Sartre leur recommande donc de choisir l’authenticité en s’affirmant Juifs français, ou bien en devenant sioniste.

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