Qui est Dieu ? Jean Soler

Dieu est la divinité adoptée par les trois religions monothéistes. Étudiant la religion en priorité à partir de l’histoire matérielle des peuples, Jean Soler dénonce dans Qui est Dieu ? la confusion courante entre le monothéisme, la croyance en un Dieu unique universel, et la monolâtrie, le culte rendu à un dieu de préférence aux autres. Il explique le passage de celle-ci à celui-là par la pression des circonstances historiques.

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Le Dieu de la Bible est l’objet de plusieurs contresens. La première idée reçue mise en évidence par Jean Soler est celle selon laquelle la Bible serait le livre fondateur le plus ancien, alors que, son premier noyau datant de 620 avant J.-C, elle est en réalité contemporaine de l’enseignement de Socrate et des œuvres de Platon. « La Bible est un livre comme les autres, affirme-t-il, à l’égal de l’Iliade et de l’Odyssée » (Qui est Dieu ?). Elle n’a pas non plus fait connaître à l’humanité le Dieu unique, car la divinité mentionnée dans l’Ancien Testament (Yahvé) n’en est qu’une parmi d’autres. Jean Soler montre qu’elle n’a pas plus donné le premier exemple de morale universelle dans la mesure où les dix commandements ne s’appliquent qu’au peuple hébreu. L’écrivain explique également que la dimension spirituelle de la religion de Moïse est plutôt faible, étant donné que les notions de spiritualité, de vie éternelle et de résurrection après la mort y sont inconnues. Il démystifie aussi le Cantique des Cantiques : ce recueil de poèmes ne célébrerait pas l’amour réciproque entre Dieu et le peuple juif, mais l’amour charnel de deux adolescents en dehors du mariage. Enfin, Jean Soler souligne le fait que Dieu n’a pas confié aux Juifs une mission universaliste au service de l’humanité, puisqu’il leur interdit de se mélanger avec les autres peuples.

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Jean Soler révèle l’évolution historique de Dieu

Dieu a remplacé des dieux. Jean Soler affirme que la naissance du monothéisme est survenue bien après l’époque de Moïse, au sein du peuple juif, sans aucune influence directe venue d’un autre peuple. Il l’explique par l’échec répété de l’ethnie des israélites à s’imposer, malgré son alliance avec un dieu présenté comme le plus grand des dieux. Plutôt que d’abandonner sa doctrine traditionnelle et de sacrifier son passé, le peuple juif a alors adapté sa religion aux circonstances afin de sauver son Dieu. En particulier, l’idée s’est propagée, selon laquelle Yahvé aurait utilisé d’autres peuples pour punir les Hébreux ; puis qu’il aurait ensuite châtié ces peuples-là. Jean Soler précise que cette mutation doctrinale imprédictible a été très progressive, et qu’il est impossible de connaître son origine. « Les dieux, pose-t-il, sont des personnages historiques qui apparaissent un jour, qui vivent plus ou moins longtemps – aussi longtemps qu’ils ont des adeptes – et qui finissent par disparaître ou par se fondre dans d’autres dieux » (Qui est Dieu ?). Saint Paul a tiré les conséquences logiques de la mutation en affirmant que le Dieu unique est forcément celui de tous les peuples et de tous les individus. Le monothéisme (chrétien) a ensuite prospéré parce qu’il simplifiait radicalement les choses (un même Dieu pour tous, tous les hommes égaux devant lui) et qu’il constituait un puissant facteur d’unification dans l’Empire romain. Jean Soler en conclut que le monothéisme n’est pas fondé sur la Bible.

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Le Dieu unique incite à tuer en son nom. Jean Soler met tout d’abord en lumière l’importance de la violence dans le monde hébraïque. Par exemple, l’interdit de tuer souvent mentionné coexiste en réalité avec l’ordre de mettre à mort du récit du Veau d’or, et la peine de mort était très répandue dans la loi judaïque. En pratique, le passage au monothéisme a requis d’anéantir dans l’espace hébraïque les représentations des autres dieux, ce qui revenait à les anéantir symboliquement. Ainsi, Moïse aurait enjoint à son peuple d’exterminer les peuples rivaux parce qu’il ne saurait y avoir de cohabitation entre eux sur la même terre. Pour Jean Soler, sa doctrine impliquait plus généralement d’éliminer les dissidents, à l’image, dans le récit biblique, des sanctions meurtrières prises par Yahvé lorsque Moïse est contesté par sa sœur et son frère, par sa tribu, puis par le peuple tout entier. Si le christianisme a érigé en dogme la non-violence, la violence monothéiste a repris avec l’alliance de l’Église et du pouvoir politique. Elle a ensuite été recyclée dans le communisme et le nazisme, identifiables comme des variantes mentales sous-jacentes au monothéisme. Jean Soler oppose celui-ci à la tolérance polythéiste des Grecs : « les civilisations polythéistes ignorent, par nature, l’intolérance religieuse » (Qui est Dieu ?). Il appelle donc de ses vœux une nouvelle Renaissance qui permette de revivifier l’esprit d’Athènes contre l’intolérance monothéiste de Jérusalem.

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