Le rasoir d’Ockham

Le rasoir d'Ockham définition exemple

Le rasoir d’Ockham est un outil de pensée. Parfois écrit « rasoir d’Occam », il désigne par métaphore l’opportunité de « tailler », comme avec un rasoir, les hypothèses superflues d’une théorie. Le philosophe et théologien du Moyen Âge Guillaume d’Ockham voulait en effet revaloriser la simplicité à une époque où la synthèse de la théologie et de la philosophie rationnelle engendrait des complications.

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Le rasoir d’Ockham illustre la valeur de la simplicité. Au XXIe siècle, il représente l’idée selon laquelle les théories les plus simples valent mieux, toutes choses égales par ailleurs, que les théories plus compliquées. Or, ce principe qui associe la simplicité et la vérité est répandu dans l’histoire de la pensée. Guillaume d’Ockham l’a probablement lu chez Aristote (lui-même inspiré par le présocratique Empédocle), qui affirme à diverses reprises dans son œuvre que « la nature ne fait rien vain » ; on le trouve même chez le théologien Thomas d’Aquin, qui était pourtant l’adversaire d’Ockham. À la fin du XVIIe siècle, Newton en fera la première règle pour l’étude de la philosophie de la nature : « Il ne faut pas admettre plus de causes de choses naturelles que ce qui est à la fois vrai et suffisant pour expliquer leurs phénomènes » (Principia – Principes mathématiques de la philosophie naturelle). L’expression « rasoir d’Ockham » n’est toutefois apparue qu’au XIXe siècle dans des travaux mathématiques. Pour autant, son acception dépasse le cadre de la science : elle incarne, en son fond, la préférence du sens commun pour la simplicité. Privilégier l’explication la plus simple, entreprendre une seule chose à la fois, ou encore se concentrer sur les facteurs décisifs (loi de Pareto), c’est utiliser la simplicité comme principe d’efficience intellectuelle. Cependant, Ockham lui-même n’a pas évoqué l’idée dans ce sens populaire.

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Le rasoir d’Ockham est un principe scientifique controversé

Le rasoir d’Ockham commande la parcimonie dans le raisonnement scientifique. Il recèle donc une idée plus précise que la simplicité : il s’agit de calculer, de décompter dans le détail des éléments afin d’économiser ceux qui ne sont pas indispensables. Guillaume d’Ockham avance que les théories scientifiques qui comportent moins d’hypothèses sont plus efficaces pour expliquer la réalité et en prédire les phénomènes. « Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité » (Pluralitas non est ponenda sine necessitate), pose-t-il dans ses Quaestiones et decisiones in quatuor libros Sententiarum cum centilogio theologico. Appliquer ce principe consiste à identifier les divers éléments sur lesquels repose une théorie (causes, processus, propriétés, etc.), puis à éliminer ceux qui n’améliorent pas l’efficacité de la théorie. Si 2 théories T1 et T2 permettent toutes deux d’expliquer un phénomène P et que la première contient un seul élément a quand la seconde utilise a et b, alors le rasoir d’Ockham indique que la théorie T1 est probablement la plus juste. On peut également interpréter le principe à l’aune des probabilités : il est plus probable que l’élément a existe seul plutôt que les éléments a et b existent en même temps, c’est pourquoi la théorie T1 est la plus probable des deux. Cette préférence pour la parcimonie a été utile dans l’histoire de la science, par exemple dans les découvertes de la relativité d’Einstein, de la mécanique quantique, ou encore dans l’ajustement des courbes en statistique.

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Le rasoir d’Ockham présente des limites. Sur le plan du principe même, tout d’abord, la chasse au superflu favoriserait une tendance à la simplification excessive. Réduire pour réduire, c’est probablement éliminer de la théorie des facteurs qui ne sont en réalité pas négligeables. Cette limite entraîne en particulier la confusion de l’absence d’évidence avec l’évidence d’absence. Par exemple, déduire l’inexistence de Dieu de l’idée selon laquelle il n’est pas nécessaire pour expliquer le fonctionnement du monde est une erreur. C’est donc l’agnosticisme (impossible de prouver l’existence de Dieu), et non pas l’athéisme (inexistence de Dieu), qui découle de cette idée. Un contemporain d’Ockham, Walter Chatton, a radicalement remis en cause la thèse du rasoir d’Ockham. Il a même proposé le principe inverse (appelé « anti-rasoir ») : une théorie se rapproche de la vérité en ajoutant des éléments, jusqu’à ce que le nombre en soit suffisant. « Si trois choses, écrit-il ne sont pas suffisantes pour vérifier une proposition affirmative sur des choses, une quatrième doit être ajoutée, et ainsi de suite » (Lectura). Enfin, le principe de parcimonie du rasoir d’Ockham est également problématique du point de vue opératoire. Comment identifier, en pratique, la théorie la plus simple ? Le résultat dépend des circonstances, de la perspective d’analyse, et cela paraît parfois tout bonnement impossible. La règle d’Ockham semble plus utile pour les théories prédictives, dont des éléments peuvent être sacrifiés tant que la prédiction reste juste, que pour les théories explicatives, qui décrivent la réalité.

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