refoulement Freud Sigmund inconscient

Le refoulement est indissociable de l’inconscient. Présentant le concept comme une découverte de la psychanalyse, Sigmund Freud le définit dans l’article Le refoulement comme une conséquence naturelle de la division de l’esprit humain entre la conscience et l’inconscient. En le reconstruisant théoriquement, il montre que le processus du refoulement (Verdrängung) perturbe uniquement le système psychique conscient, tandis que la pulsion continue d’évoluer dans l’inconscient. 

>> L’inconscient selon Freud sur un post-it

Le refoulement a une fonction psychique. Freud explique qu’il se manifeste lorsqu’une motion pulsionnelle se heurte à des résistances qui cherchent à la rendre inefficiente. Dans cette situation, la fuite n’est pas une solution, car le moi ne peut se fuir lui-même ; la meilleure solution est donc le refoulement, soit l’acte de congédier et de tenir à distance du conscient, ce qui est une issue intermédiaire entre la fuite et la condamnation. L’étude des névroses de transfert montre que ce mécanisme n’est pas présent à l’origine parce qu’il nécessite la séparation nette du conscient et de l’inconscient. Son déclenchement est également conditionné à certaines circonstances. La faim, par exemple, ne peut pas être refoulée ; elle doit forcément être satisfaite. Freud pose ainsi que le refoulement d’une motion pulsionnelle survient uniquement dans le cas où le motif de déplaisir est supérieur au motif de plaisir concomitant : « La satisfaction de la pulsion soumise au refoulement serait sans doute possible, et elle serait aussi à chaque fois pleine de plaisir en elle-même, mais elle serait inconciliable avec d’autres exigences et d’autres desseins ; elle ferait ainsi naître du plaisir à tel endroit, du déplaisir à tel autre » (Le refoulement). Freud précise aussi que le refoulement n’intervient qu’après d’autres mécanismes de défense, comme la transformation dans le contraire, ou le retournement contre soi.

>> La mémoire selon saint Augustin sur un post-it

Freud révèle que le refoulement est individuel et mobile

Le refoulement traite individuellement chaque pulsion. Freud le conceptualise en deux étapes : se produit tout d’abord un refoulement originaire (Urverdrängung), qui consiste dans le blocage de l’accès à l’inconscient de la représentation psychique de la pulsion ; s’ensuit le refoulement proprement dit, lorsque des rejetons psychiques de la représentation originellement refoulée subissent à leur tour le même sort. Dans le détail, comme ces contenus psychiques associés à la motion pulsionnelle sont traités de manière individuelle par la censure de la conscience, ils peuvent tout de même pénétrer la conscience s’ils sont suffisamment éloignés de la représentation originelle. « Le refoulement, explique Freud, opère donc de manière suprêmement individuelle ; chaque rejeton particulier du refoulé peut avoir son destin singulier ; il dépend d’un peu plus ou d’un peu moins de déformation que tout le résultat soit renversé » (Le refoulement). Il existe ainsi des cas originaux, comme dans la naissance du fétiche, où une partie de la pulsion est refoulée, et l’autre idéalisée. Dans d’autres cas, le refoulement peut même être levé de manière passagère par l’effet d’une déformation de la représentation (avec un mot d’esprit, par exemple). La stratégie psychanalytique de Freud est dès lors de multiplier les rejetons qui passent la censure de l’inconscient afin de restituer progressivement une traduction consciente de la représentation originelle. Le résultat effraie le patient parce que la richesse de son activité inconsciente suscite des formes d’expression extrêmes.

>> Le lapsus selon Freud sur un post-it

Le refoulement est un processus mobile. Il n’est pas, selon Freud, un événement unique au succès durable, mais au contraire un processus permanent à l’effectivité précaire, conditionnée à un perpétuel investissement d’énergie. Le refoulé exerce une pression constante vers le conscient, duquel il subit en même temps une pression contraire. Seul le sommeil suspend le travail de refoulement, de nouveau actif au réveil. « Le maintien d’un refoulement présuppose donc, en déduit Freud, un déboursement de force constant et sa levée signifie, du point de vue économique, une épargne » (Le refoulement). Le facteur principal de la mobilité du processus est l’énergie investie dans la pulsion (ou « quantum d’affect »), à distinguer de la représentation de la pulsion. Si un rejeton de la motion pulsionnelle originelle est faible en énergie, alors il peut tromper la censure de la conscience ; en revanche, tout surcroît d’énergie le rapproche de l’inconscient. S’il est refoulé, son destin est alors aussi déterminé par la quantité d’énergie qui l’habite : il peut être entièrement réprimé ; apparaître sous la forme d’un affect ; ou être transformé en angoisse. Le refoulement peut réussir à bloquer la représentation de la pulsion – soit en formant un substitut, soit en générant des symptômes – mais il échoue généralement à empêcher la conversion de l’énergie, dont découle du déplaisir. Freud distingue ainsi le refoulement raté, décelable par des troubles, et le refoulement réussi, plus rare et quasi indétectable par l’analyste.

>> La culture du narcissisme selon Christopher Lasch sur un post-it