relativisme Protagoras

Le relativisme de Protagoras est précurseur du relativisme philosophique. Dans le Théétète de Platon, Socrate passe au peigne fin cette position en vue de montrer qu’elle est excessivement générale. Si le célèbre sophiste est bien davantage passé à la postérité comme professeur d’éloquence que comme théoricien, son choix de se consacrer à l’art du discours reposait probablement sur de véritables éléments de doctrine.

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Le relativisme de Protagoras vise tout d’abord la connaissance. Il pose en effet la subjectivité du savoir en réduisant la science à la sensation, laquelle est aussi vraie que fausse. Rien n’existe en soi, mais toujours forcément par les relations qui lient les éléments. La conséquence la plus connue de ce relativisme est que l’homme est la mesure de toutes choses : « L’homme, dit-il, rapporte Socrate, est la mesure de toutes choses, de l’existence de celles qui existent, et de la non-existence de celles qui n’existent pas » (Théétète). Comme aucune chose n’est saisissable en elle-même, il est impossible de lui attribuer une détermination ou une qualité quelconque. La taille, par exemple, est forcément relative à un référentiel, à l’égard duquel l’objet étudié peut être petit ou grand – il en est de même pour le poids. Pour Protagoras, tout élément de la réalité ne peut être caractérisé que par le mouvement qui l’affecte. Dès lors, puisque que tout est mouvement, et rien de plus, tout est en devenir. C’est plus précisément la combinaison des mouvements actif et passif qui accouche du sensible (l’objet) et de la sensation (sujet), ce dont découle la relativité des qualités sensibles. Critique des mathématiques, qui mettent à mal son sensualisme, Protagoras est l’inventeur du phénoménisme, la doctrine réduisant toute substance à un phénomène perçu.

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Le relativisme de Protagoras débouche sur le sophisme

Le relativisme de Protagoras est également moral. De fait, la relativité de la connaissance implique celle du juste et de l’injuste. Si l’homme est la mesure de toutes choses, alors il n’existe aucun principe qui puisse s’imposer à l’exclusion des autres, de telle sorte que l’enjeu de la morale se résume à rechercher les principes susceptibles de produire un bénéfice pour l’homme. Affirmant pour sa part ignorer s’ils existent, Protagoras préconisait par exemple de ne croire aux dieux qu’à condition que cela soit avantageux – ce principe lui a attiré une accusation d’impiété à laquelle il a échappé en fuyant en Sicile (où il se serait finalement noyé). Le philosophe valorisait plus généralement la prudence, qu’il considérait comme étant d’une importance cardinale tant dans le gouvernement de soi-même que dans celui du destin collectif. « Rappelle-toi ce qui a été dit précédemment, avance Socrate en défense de Protagoras, que les aliments paraissent et sont amers au malade, et qu’ils sont et paraissent agréables à l’homme en santé. Il n’en faut pas conclure que l’un est plus sage que l’autre, car cela ne peut pas être ; mais il faut faire passer le malade à l’autre état qui est préférable au sien. De même, en ce qui concerne l’éducation, on doit faire passer les hommes du mauvais état au bon » (Théétète). Ainsi, chaque Cité vit selon ses propres valeurs morales, mais le sage les remet en cause pour leur substituer les principes avantageux.

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Le relativisme de Protagoras implique l’importance de l’éloquence. En effet, la révocation en doute du critère de vérité a pour effet de focaliser l’attention et l’effort de l’homme sur l’efficacité du discours. La vocation du philosophe n’est plus, dans cette perspective, de chercher la vérité ; elle se réduit à proposer un énoncé, à le soumettre au verdict de l’auditeur. Cette capacité à séduire par la parole était l’objet de l’enseignement des sophistes. Premier des philosophes à être rémunéré pour ses leçons et à prendre ouvertement le titre de sophiste, Protagoras a gagné une très large admiration, en même temps qu’il se serait enrichi (selon Platon), en quarante années de leçons à travers tous ses voyages. Son enseignement de l’art de convaincre est cohérent avec le fond de sa doctrine, l’inexistence de la vérité, du bien et du mal, car il découle de cette position la nécessité pratique d’être capable de défendre tous les points de vue par prudence à l’égard de la vérité. Premier à avoir tenté de systématiser la rhétorique, le philosophe n’aurait toutefois pas dévoilé toute l’étendue de son relativisme. « Protagoras n’était-il pas, demande Socrate, un très habile homme, qui ne nous a montré sa pensée qu’énigmatiquement, à nous autres gens du commun, au lieu qu’il a révélé la vérité tout entière à ses disciples ? » (Théétète). Le relativisme profond de Protagoras n’aurait donc peut-être été exprimé que dans le versant ésotérique de ses cours.

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