Durkheim religion Formes élémentaires de la vie religieuse

Durkheim propose une explication sociale de la religion. Il analyse donc toutes les religions, des plus simples aux plus complexes, sur le même plan, et il évacue la question de la véracité des croyances religieuses. Dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse, il se sert de la religion pour comprendre la cohésion de la société et l’influence de celle-ci sur la pensée logique.

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La religion se définit par la séparation du sacré et du profane. Pour Émile Durkheim, le sentiment religieux se manifeste par cette séparation fondamentale, à partir de laquelle sont marqués certains êtres, objets ou gestes dans une religion donnée. « Une religion, écrit le sociologue, est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent » (Les Formes élémentaires de la vie religieuse). Durkheim pose donc l’hypothèse que les différentes religions ne se distingueraient que par des différences de degrés, et non de nature. Seule la quantité des choses sacrées varie : aux dieux et aux esprits peuvent s’ajouter les éléments les plus divers, tels que les arbres, les sources, les maisons, etc. Les éléments sacrés ne se distinguent pas forcément des profanes par une supériorité de dignité et de pouvoir, mais par l’« hétérogénéité absolue » qu’on leur attribue et qui justifie leur mise à l’écart. Ils constituent dès lors deux mondes radicalement séparés, voire antagonistes, si bien que, d’une part, l’accession au sacré requiert une forme d’initiation pour lever l’interdit qui protège cet univers, et que, d’autre part, la fréquentation du sacré demande d’encadrer la conduite de l’homme par des rites.

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La religion est pour Durkheim essentielle à la vie sociale

La religion est un phénomène collectif. La société est capable d’éveiller chez ses membres la sensation du divin et d’être pour eux ce qu’un Dieu est pour ses fidèles – de les dominer, d’obtenir leur obéissance et de les tenir en respect. Sa force peut pénétrer l’esprit de l’individu, le vivifier et l’exalter en conférant à certaines idées, à certains événements ou à certains hommes un caractère sacré. Durkheim voit ainsi la naissance du sentiment religieux dans les moments d’effervescence collective, où les individus d’un groupe communient dans une même pensée et dans une même action. « Une fois les individus assemblés, décrit le sociologue, il se dégage de leur rapprochement une sorte d’électricité qui les transporte vite à un degré extraordinaire d’exaltation » (Les Formes élémentaires de la vie religieuse). Dans les tribus totémiques australiennes, par exemple, des réunions d’une effervescence inouïe, comportant orgies de chants, de cris et de danses, rapprochent les membres dispersés de la tribu et fait naître chez eux le fantasme de forces extérieures qui les transformeraient. Ces forces sont incarnées dans le totem, animal ou plante, qui représente le clan. Ce phénomène prouve pour Durkheim que l’origine de la religion se situe dans le délire provoqué par la prise de conscience de la puissance sociale.

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La religion est nécessaire à la cohésion sociale. Pour Émile Durkheim, en effet, le sentiment religieux n’est rien d’autre que la transfiguration du sentiment d’appartenance à une société, que les rites associés viennent simultanément exprimer et renforcer. Ainsi, les moments d’effervescence collective doivent être rejoués pour maintenir la force de la religion. Tel est le sens de tous les rites ou cérémonies collectifs divers, qu’il s’agisse de mimer la nature (induire les phénomènes naturels comme la pluie), d’expier des catastrophes subies par le clan (par les rites dits « piaculaires »), de célébrer un événement, de faire un sacrifice, etc. Sans ces rituels, la cohésion sociale est menacée de dissolution : « Que l’idée de la société s’éteigne dans les esprits individuels, que les croyances, les traditions, les aspirations de la collectivité cessent d’être senties et partagées par les particuliers, et la société mourra » (Les Formes élémentaires de la vie religieuse). Durkheim déduit de la permanence du sentiment religieux dans tous les groupes que la religion est propre à la condition humaine. Dans cette perspective, la disparition du christianisme risque de laisser la collectivité dans un état de désagrégation morale et spirituelle. Le sociologue voit cependant poindre une nouvelle religion, qu’il nomme le « culte de l’individu », dont la Révolution française aurait été le premier moment d’effervescence collective.

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