La République Cicéron

La république est la meilleure organisation politique de la société. Comme Platon et Aristote avant lui, Cicéron recherche dans La République la meilleure forme d’État ainsi que la meilleure manière de le diriger. Il arrive à la conclusion que la République romaine du IIe siècle avant J.-C. était probablement le système le plus proche de l’équilibre idéal prôné par les réflexions sur le meilleur gouvernement.

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La république repose sur une forme de transcendance. Cicéron affirme qu’elle repose sur des principes objectifs qui dépassent la communauté elle-même, de telle sorte que le bien commun ne se réduit pas à l’utilité la plus grande pour les membres de la communauté. Il la définit plus précisément de la manière suivante : « Tout peuple, toute société établie sur les principes que j’ai posés […] toute constitution d’un peuple, toute chose publique, c’est-à-dire les affaires communes du peuple ont besoin, pour durer, d’être gouvernées par des délibérations rationnelles, et ce conseil doit se rapporter sans cesse et avant tout au principe même qui produit la cité » (La République). Ainsi, pour Cicéron, le peuple ne constitue pas un agrégat aléatoire d’individus, car il fait communauté. Les hommes ne s’unissent pas simplement par faiblesse ; ils le font également parce qu’ils sont naturellement animés par un sens social qui les pousse à s’unir. Le peuple est donc une société formée en vue d’un intérêt commun qui transcende la communauté et dans l’acceptation du droit, extérieur et préexistant, qui garantit cette transcendance. Par conséquent, sa souveraineté est conditionnée à la préservation et au respect du principe d’organisation de la cité. Cicéron en déduit que l’art du politique est de gouverner dans l’intérêt du peuple, mais sans le laisser gouverner et en lui donnant l’impression qu’il gouverne.

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Cicéron voit la république comme un État mixte

La république se concrétise dans l’État. En effet, Cicéron considère que le droit fondé et développé par la communauté ne peut être garanti que dans le cadre de l’État. Celui-ci met fin au règne de la force qui prévalait au début de l’humanité, un état de sauvagerie primitive où le vol et le meurtre étaient courants, avant que des êtres intelligents ne rassemblent les hommes sur des principes communs. Il est fait pour durer éternellement, contrairement à l’individu, si bien que quand il meurt, « c’est comme si le monde entier périssait et s’abîmait » (La République). Cette importance cruciale de l’État républicain se manifeste par le droit. Sans liens juridiques établis ni protection de la liberté, un État n’est pas véritablement un État – c’est alors la chose d’un homme, non elle d’un peuple, c’est-à-dire une république. Même Syracuse, que Cicéron présentait pourtant comme la plus grande et la plus belle des villes grecques, ne dispose pas d’un État digne de ce nom. Dans le détail, le droit doit être égal pour tous, car la société civile n’est stable qu’à la condition que tous les citoyens (y compris ceux qui font la loi et ceux qui la font respecter) jouissent strictement de la même condition. Cicéron conçoit ainsi la république comme une isonomie (égalité juridique et politique des citoyens) qui s’oppose tant à l’arbitraire qu’à la raison d’État.

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La république doit être un régime mixte. Cicéron passe en revue les différentes formes de gouvernement permettant à l’État de protéger le droit. Il analyse d’abord la monarchie à partir de l’argument mythologique selon lequel le gouvernement monarchique, par Zeus, de la société des dieux devrait être imité chez les hommes. Pour Cicéron, l’unité de pouvoir est un principe d’efficacité, mais la royauté place le peuple dans un esclavage que seule la vertu du roi peut adoucir. Si un monarque n’est pas forcément capable d’imiter Zeus, la gestion de l’État semble en revanche trop complexe pour la foule, de telle sorte qu’un juste milieu, l’aristocratie, est nécessaire. Cependant, seule la démocratie garantit la liberté de tous et le partage du pouvoir, en contrepartie de quoi l’irrationalité de la foule peut engendrer l’anarchie. Cicéron en conclut que, pris dans leur pureté, ces trois systèmes ne sont pas viables – ils risquent de dériver vers la tyrannie, l’oligarchie ou la licence de la masse. Il plaide donc pour un régime mixte, comme à Rome : « S’il n’y a pas, explique-t-il, dans la cité, un équilibre tant des droits que des fonctions et des charges, de telle façon que les magistrats aient assez de pouvoir, le conseil des grands assez d’autorité, le peuple assez de liberté, le régime ne peut avoir de stabilité » (La République). En république, les gouvernants gouvernent dans l’intérêt des gouvernés, non dans le leur.

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