Michelet Histoire de la Révolution française

La Révolution française est un événement sacré. Michelet en défend dans son Histoire de la Révolution française une interprétation qui confère aux événements révolutionnaires une autorité et une légitimité quasi-divines. Il s’agissait pour lui d’élaborer une théologie de la Révolution française qui imprègne la République française d’une religiosité populaire.

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La Révolution française constitue une rupture fondatrice. Elle est en effet pour Michelet un événement incomparable et démesuré qui surplombe l’Histoire universelle. En tant que rupture majeure, elle a ouvert une ère nouvelle. « La France nouvelle est née en deux fois, affirme Michelet : le paysan est né de l’élan de la Révolution et de la guerre, de la vente des biens nationaux ; l’ouvrier est né en 1815 de l’élan industriel de la paix » (Histoire de la Révolution française). L’historien explique l’exceptionnelle énergie du soulèvement par le fait que l’événement a constitué le climax et la conclusion apocalyptique de très long siècles d’oppression. Contrairement à Tocqueville, Guizot et les auteurs libéraux qui voient dans la Révolution française l’aboutissement d’une longue évolution logique de la monarchie française, Michelet défend l’idée d’une césure dans le cours historique. Il narre ainsi la rupture révolutionnaire spontanée du 14 juillet 1789 en l’assimilant à un acte fondateur de la « volonté générale ». Cette rupture a fondé l’Histoire sur de nouvelles bases parce qu’elle a institué une nouvelle forme de société et donné naissance à un nouvel âge de l’humanité. Il ne s’agit pas pour autant d’un événement abouti, mais plutôt d’une prophétie, d’un programme dont les hommes du XIXe siècle ne savaient pas encore s’il serait pleinement réalisé.

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Michelet voit la Révolution française comme la révélation du peuple

La Révolution française est l’œuvre du peuple. Quand certains le caricaturent comme un spectateur passif, Michelet lui confère au contraire un rôle central dans la dynamique révolutionnaire. « L’acteur principal est le peuple, affirme l’historien dans sa préface. Pour le retrouver, celui-ci, le replacer dans son rôle, j’ai dû ramener à leurs proportions les ambitieuses marionnettes dont il a tiré les fils, et dans lesquelles jusqu’ici, on croyait voir, on cherchait le jeu secret de l’histoire » (Histoire de la Révolution française). Michelet soumet donc volontairement le cours des événements, mais aussi la carrière des grands hommes et la vie des institutions, au souffle du peuple. Cette perspective se retrouve dans la mise en scène des « journées » symboliques de la Révolution française : la prise la Bastille, la fête de la Fédération, les grandes batailles, etc. Si le peuple fait l’Histoire, l’Histoire fait aussi le peuple, en vertu de quoi Michelet présente carrément la Révolution comme l’avènement du peuple : « La convocation des États généraux de 1789 est l’ère véritable de la naissance du peuple. Elle appela le peuple tout entier à l’exercice de ses droits ». Si l’action des grandes figures (Mirabeau, Danton, Robespierre, etc.) n’est pas marginalisée, elle n’est effective qu’à condition que le destin individuel rencontre l’esprit collectif.

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La Révolution française est un événement de dimension religieuse. Michelet montre d’une part qu’une foi nouvelle s’est exprimée dans l’entreprise révolutionnaire. Les actes étaient, selon lui, empreints d’une exaltation collective liée à la conviction d’ouvrir de nouveaux horizons pour le destin collectif, à la transmutation du sens de la vie individuelle. Les sentiments qui accompagnent une telle expérience seraient propres à altérer la conscience du temps et à bouleverser l’être tout entier avec la force de la révélation religieuse. « Et que s’est-il donc passé, demande Michelet ? Quelle lumière divine a donc lui pour faire un si grand changement ? Est-ce la force d’une inspiration nouvelle, d’une révélation d’en haut ?… Oui, il y a eu révélation » (Histoire de la Révolution française). L’historien confère également une dimension religieuse à la Révolution française en l’analysant à travers un prisme holiste. Il fait en effet du peuple une figure mythique collective, une sorte de version moderne du Christ. En racontant la naissance du messie-peuple, l’espoir suscité, la vie et les péripéties de ce nouveau sauveur, son interprétation de la Révolution française ressemble à une transposition du modèle évangélique dans l’Histoire moderne. Si cette perspective quasi-religieuse est souvent décriée comme une facilité incompatible avec la rigueur historique, elle confère néanmoins une grande puissance dramatique au récit des événements.

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