révolution Marx Manifeste parti communiste

La révolution est un phénomène récurrent. Dans le Manifeste du parti communiste, Marx la définit historiquement comme le passage, plus ou moins long et violent, d’un mode de production à un autre. Considérant la Révolution française, qui a permis à la bourgeoisie de prendre le pouvoir, comme la révolution par excellence, il conçoit celle-ci le symptôme de la mutation de la domination sociale.

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La révolution est soumise à certaines conditions. Marx affirme que la société doit présenter, dans sa structure, des facteurs qui y soient favorables. Le premier facteur est le mode de production capitaliste, par excellence révolutionnaire : ayant détruit les anciennes formes de dépendance, il prospère sur la révolution permanente (technique, notamment) menée par une classe révolutionnaire, la bourgeoisie, aux dépens d’une autre qui le devient, le prolétariat. Ensuite, il est plus fondamentalement nécessaire que s’exacerbe l’antagonisme entre les forces productives et les rapports de production, grâce auquel la classe révolutionnaire peut prendre conscience de ses intérêts et de ses objectifs. La Révolution française a par exemple éclaté du fait des entraves que la monarchie, l’aristocratie et le clergé faisaient subir à la bourgeoisie. En second lieu, la révolution constitue l’acmé de la lutte des classes. Dans cette perspective, la révolution de 1848 (amenant à la Seconde République) et la Commune de Paris (1871, après la défaite face à la Prusse) sont bien des révolutions dans la mesure où les ouvriers ont voulu imposer leurs intérêts par la force. « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, écrivent Marx et Engels, n’a été que l’histoire de luttes de classes » (Manifeste du parti communiste). Ainsi, tout conflit entre oppresseurs et opprimés finit toujours par une transformation révolutionnaire de la société, ou par l’annihilation des deux classes opposées.

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Marx imagine différentes perspectives de révolution

La révolution passe par certaines stratégies. Pragmatique, Marx l’imagine à partir d’exemples historiques concrets. Lorsqu’il pensait les vieux pays européens mûrs pour la révolution, il misait sur le modèle de la dictature jacobine de 1793-1795 menée par Robespierre, c’est-à-dire celui d’une révolution suffisamment violente pour briser la résistance des anciens dominants en condamnant à choisir entre la dictature de la bourgeoisie et celle du prolétariat. En revanche, lorsque cette perspective s’est éloignée, ses espoirs se sont déportés sur le modèle de la Commune de Paris, où l’inaptitude des classes dirigeantes crée l’opportunité d’installer un régime social durable de transition entre le capitalisme et le communisme. « Les principes de la Commune, affirme Marx, sont éternels et ne peuvent être détruits : ils seront toujours posés à nouveau à l’ordre du jour, aussi longtemps que la classe ouvrière n’aura pas conquis sa libération » (Discours sur la Commune). Cet exemple historique enseigne tout particulièrement les nécessités de subvertir la république démocratique, de briser la machine d’État (armée, police, bureaucratie, justice, etc.), et de créer des milices populaires afin de mettre la démocratie sous contrôle. Si, de manière générale, la lutte des classes est internationale en son fond, elle doit forcément être nationale en pratique et s’appuyer sur les formes politiques héritées du passé. Marx aurait même infléchi sa position en admettant l’opportunité, dans les démocraties, d’un passage pacifique à une république socialiste par le renforcement progressif des organisations ouvrières.

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La révolution vise à instaurer une nouvelle société. Deux perspectives différentes peuvent toutefois être distinguées dans la pensée de Marx. Dans ses œuvres de jeunesse, le philosophe affirmait que la révolution visait à instaurer la dictature du prolétariat, afin de faire prévaloir les intérêts de cette classe – lesquels équivalent en réalité à ceux de la société tout entière – en abolissant les classes sociales. Il a ensuite envisagé, dans ses œuvres de maturité, les transformations à l’origine d’une nouvelle organisation sociale et technique du travail qui libérerait le travailleur du machinisme. Cette organisation sera proprement communiste en tant qu’elle reposera sur l’abolition de la propriété privée et la mise en commun des moyens de production. « Les communistes, clament Marx et Engels, peuvent résumer leur théorie dans cette proposition unique : abolition de la propriété privée » (Manifeste du Parti communiste). Cette seconde perspective révolutionnaire consiste plus précisément à restructurer la société en partant de la production. En effet, le philosophe a également imaginé, comme dans certaines utopies socialistes, une révolution économique fondée sur l’association des producteurs. Si la coopération est aliénante dans sa forme capitaliste, dans la mesure où elle génère le surtravail extorqué aux travailleurs, elle ne l’est plus dans sa forme communiste, car ses gestionnaires ne représentent plus le capital et ses fruits reviennent entièrement aux travailleurs. Selon Marx, la révolution doit donc permettre aux ouvriers eux-mêmes de prendre en charge la direction du travail.

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