La Route de la servitude Friedrich Hayek

La route de la servitude commence avec l’intervention de l’État. Friedrich Hayek affirme dans La Route de la servitude que les politiques économiques interventionnistes, même entreprises avec les meilleures intentions du monde, accouchent toujours de l’arbitraire du pouvoir et de la destruction des libertés individuelles. Écrivant en 1944, il veut prévenir l’Angleterre, pourtant connue comme un modèle libéral, qu’elle n’est pas immunisée contre les racines socialistes du nazisme.

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La route de la servitude se caractérise par la disparition progressive de la liberté. Friedrich Hayek explique que celle-ci a reflué après son expansion théorique au XVIIIe siècle, puis pratique au XIXe siècle. Ce progrès avait favorisé la liberté économique, le développement des sciences, et l’élévation du niveau de vie, mais il a fait naître la volonté d’éradiquer les derniers maux sociaux par l’interventionnisme. Le socialisme, né en réaction au libéralisme lors de la Révolution française, a alors imposé sa conception de la liberté – prendre le pouvoir pour instaurer l’égalité de fait – au détriment de l’égalité libérale, conçue comme lutte contre l’oppression. Or, il semble impossible d’identifier un but social unique qui serait autre chose que les fins identiques d’un grand nombre d’individus. « La liberté individuelle, affirme Friedrich Hayek, est incompatible avec la suprématie d’un but unique auquel toute la société est subordonnée en permanence » (La Route de la servitude). De surcroît, confier la réalisation du but social unique à l’État crée le risque du dépassement de ce but, lequel justifierait de revoir à la hausse les limites du pouvoir. Pour Friedrich Hayek, cela aboutirait à la « société militaire », dépourvue de risque car privée de choix, à opposer à la « société commerciale », où la liberté de choix implique une part de risque.

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Friedrich Hayek voit une seule et même route de la servitude

La route de la servitude repose sur le planisme. Friedrich Hayek pose que le socialisme implique forcément une méthode particulière : un système central d’économie planifiée doit être installé après la suppression de la propriété privée. Cette abolition de la concurrence abolissant l’incertitude, elle se donne à comprendre comme un progrès de la rationalité. Si elle est souvent identifiée comme une conséquence de la progression naturelle des monopoles, ceux-ci sont en réalité apparus, selon l’économiste, à cause de politiques délibérées. Le planisme pose de surcroît divers problèmes. En se focalisant sur l’égalité des richesses, il en néglige le niveau absolu, rendant ainsi possible la pénurie. Au plan politique, il aboutit à favoriser certaines catégories sociales aux dépens d’autres, et il donne le pouvoir aux idéalistes et aux techniciens. Friedrich Hayek lui reproche plus globalement de créer des inégalités de sécurité économique, dont découlent une valorisation excessive de la sécurité et le dénigrement de la liberté économique par l’enseignement et par la presse. Or, la nécessité d’une sécurité économique minimale ne justifie pas l’interventionnisme. Plus fondamentalement, le planisme méconnaît la supériorité des systèmes de coordination spontanée (comme le marché) sur ceux de coordination consciente. En pratique, enfin, il va toujours plus loin que sa finalité affichée de libération des soucis matériels. « Quiconque, écrit Friedrich Hayek, a le contrôle exclusif de ces moyens […] déterminera quelles croyances et quelles ambitions sont admissibles » (La Route de la servitude).

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La route de la servitude aboutit au totalitarisme. Friedrich Hayek avance que la recherche utopique de l’égalité parfaite selon des mérites prétendument objectifs dissimule l’imposition de l’idéal d’un groupe grâce à la propagande. Dans une société planifiée, celle-ci promeut le but social unique, quand la société libre oppose de multiples propagandes poursuivant de multiples objectifs indépendants. Imposé grâce à la communion de la bêtise humaine, ce but social en vient à légitimer le principe selon lequel « la fin justifie les moyens », qui est évidemment contraire à la morale individualiste. Sa propagande est dès lors étendue à tous les domaines (art, sport, loisirs) afin d’inscrire toute activité dans les fins de l’idéologie au pouvoir. Friedrich Hayek dénonce l’ambition planiste de fixer définitivement une vérité totalitaire, qui est contraire à l’humilité épistémologique afférente à l’individualisme. Cette destruction totale de la liberté est commune au socialisme et au nazisme, le second se situant en réalité dans la continuité du premier. « Bien des gens, en déduit l’économiste, qui se considèrent très au-dessus des aberrations du nazisme et qui en haïssent très sincèrement toutes les manifestations, travaillent en même temps pour des idéaux dont la réalisation mènerait tout droit à cette tyrannie abhorrée » (La Route de la servitude). Si l’effort de guerre est nécessaire pour abattre le totalitarisme nazi, Friedrich Hayek craint qu’il ne prolonge des méthodes autoritaires en les légitimant par la reconquête de la prospérité perdue.

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