La littérature selon Sartre

Qu’est-ce que la littérature ?, Jean-Paul Sartre

On ne comprend pas ce qu’est la littérature. Dans Qu’est-ce que la littérature ?, Jean-Paul Sartre affirme que trop de personnes parlent au nom de la littérature sans même avoir pris la peine de définir ce qu’elle est, ce qu’elle vise et à qui elle s’adresse. Il cherche donc à répondre à ces questions laissées en suspens en partant de l’idée que la parole est un moment particulier de l’action.

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La littérature est déterminée par la nature de l’écriture. Jean-Paul Sartre considère qu’il est impossible d’étendre les idées de la théorie de la littérature à l’art en général, en particulier à la peinture, la musique, et même à la poésie. L’écrivain se définit par son utilisation du langage comme d’un instrument pour découvrir la vérité. Dans sa perspective, celle de la prose, la valeur de l’idée est supérieure à celle du mot. Seuls les purs stylistes méconnaissent l’effet de la parole : écrire, c’est dévoiler, et dévoiler, c’est changer. Pour Sartre, l’écrivain est donc forcément un écrivain engagé. « L’écrivain « engagé », explique-t-il, sait que la parole est action ; il sait que dévoiler c’est changer et qu’on ne peut dévoiler qu’en projetant de changer » (Qu’est-ce que la littérature ?). Le philosophe compare la littérature à la loi : de même que nul n’est censé ignorer la loi, l’écrivain sert à ce que personne ne puisse ignorer le monde et s’en dire innocent. Par conséquent, le style doit passer inaperçu. S’il évolue avec les sujets littéraires, ceux-ci ne le conditionnent pas. Sartre rejette le purisme esthétique avec la théorie de l’art pour l’art parce qu’il y voit une manœuvre défensive de la bourgeoisie du XIXe siècle. Il condamne le paradigme des critiques littéraires, lesquels considèrent avec sympathie le « message » (original) de l’auteur tout en étant imperméables aux effets de ses idées.

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Sartre explique la littérature par l’action

La littérature s’explique aussi par les motifs de l’écriture. Jean-Paul Sartre rappelle qu’elle dépend d’un art concret, la lecture. C’est donc l’effort conjugué de l’auteur et du lecteur qui fait surgir l’ouvrage de l’esprit. Il en découle qu’on écrit que pour autrui. Dans le détail, l’activité du public de la littérature s’apparente à une « création dirigée » où se mêlent la perception et la créativité, de telle sorte que l’auteur ne peut pas anticiper l’effet de son travail sur ses lecteurs. Un livre est, à cet égard, un appel à la liberté du lecteur pour transposer l’œuvre dans l’existence objective. Cette raison d’être de la littérature justifie les reproches adressés aux auteurs qui se préoccupent uniquement de provoquer des émotions. Sartre admet que l’écrivain, comme les autres artistes, l’écrivain cherche à procurer au lecteur le plaisir esthétique, et que s’il réussit, alors l’œuvre est accomplie. Seulement, au-delà de cette dimension, l’écriture est un acte de foi dans la liberté : « Puisque celui qui écrit reconnaît, par le fait même qu’il se donne la peine d’écrire, la liberté de ses lecteurs, et puisque celui qui lit, du seul fait qu’il ouvre le livre, reconnaît la liberté de l’écrivain, l’œuvre d’art, de quelque côté qu’on la prenne, est un acte de confiance dans la liberté des hommes » (Qu’est-ce que la littérature ?). Aux yeux de Sartre, cette finalité exclut qu’on puisse un bon roman contre les Juifs, les Noirs, les ouvriers ou les peuples colonisés.

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La littérature se saisit par son public. Jean-Paul Sartre rejette l’idéal de Julien Benda, selon lequel l’écrivain doit écrire par principe pour le lecteur universel. L’auteur qui y souscrit ne gêne personne parce qu’il ne s’adresse à personne. Pour le philosophe, le contexte (époque, milieu social, nation, etc.) lie forcément l’auteur et le lecteur, et chaque livre propose une libération concrète à partir d’une aliénation particulière. « Il paraît, écrit-il, que les bananes ont meilleur goût quand on vient de les cueillir : les ouvrages de l’esprit, pareillement, doivent se consommer sur place » (Qu’est-ce que la littérature ?). L’écrivain est engagé comme tout le monde, même s’il n’en a pas forcément conscience ; c’est pourquoi le manichéisme est inévitable dans une période de guerre. Le milieu produit donc l’écrivain, mais celui-ci le dépasse en s’adressant à son public. Historiquement, le clerc est un « parasite de l’élite dirigeante » qui a mauvaise conscience parce que sa fonction – décrypter le réel – nuit à ceux qui le font vivre. Au XVIIe siècle, l’écrivain s’adressait à l’honnête homme, qui était capable de le critiquer ; au XVIIIe siècle, il était pris en sandwich entre la noblesse, qui lui accordait des honneurs, et la bourgeoisie, qui achetait ses livres ; au XIXe siècle, tel un adolescent révolté, il refusait de défendre l’idéologie bourgeoise tout en restant économiquement dépendant de cette classe. Sartre estime que la littérature du XIXe siècle servait de soupape dans une société dominée par les valeurs économiques traditionnelles.

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