Le bonheur selon Schopenhauer

Le bonheur selon Schopenhauer

Le bonheur est l’objet de l’« eudémonologie ». Schopenhauer avance dans Comment être heureux que cette partie de la philosophie postule que la sagesse est l’art de rendre la vie aussi agréable et aussi heureuse que possible. Il affirme cependant qu’elle est inutile parce que, de tout temps, les hommes ordinaires ont toujours fait le contraire de ce que les sages leur recommandaient à l’unisson.

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Le bonheur appréhendé par l’opinion commune est une illusion. Schopenhauer explique que les hommes abordent la vie pleins de prétentions au bonheur et qu’ils renforcent cette illusion tout le long de leur existence. C’est la jeunesse, en particulier, qui favorise la fixation de certains fantasmes dans l’esprit : « Le jeune homme s’imagine que ce monde qu’il n’a pas encore vu est là pour être goûté, qu’il est le siège d’un bonheur positif qui n’échappe qu’à ceux qui n’ont pas l’adresse de s’en emparer. Il est fortifié dans sa croyance par les romans et les poésies, et par cette hypocrisie qui mène le monde, partout et toujours, par les apparences extérieures » (Comment être heureux). Pour Schopenhauer, il faudrait dire la vérité à la jeunesse plutôt que de l’entretenir dans l’illusion du bonheur. Il faudrait lui dire que les différences de rang et de richesse ne se traduisent pas par une différence intérieure de bien-être. En effet, une fois dépassé le seuil des besoins réels et naturels, l’aisance devient au contraire une source de malheur. Les hommes qui sont sortis victorieux de « la lutte contre le besoin » sont pris dans le cercle vicieux de l’enrichissement infini, ou bien ils tombent dans l’ennui. Or, d’après Schopenhauer, le loisir ne convient pas à l’homme ordinaire, dont l’existence se résume, à cause de l’illusion du bonheur, à une oscillation entre la douleur et l’ennui.

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Schopenhauer ramène le bonheur à la sagesse

Le vrai bonheur consiste dans l’évitement du malheur. Schopenhauer arrive à cette idée à partir de l’expérience de l’homme ordinaire. Il remarque que la véritable joie se manifeste de manière aléatoire dans les occasions les plus ordinaires, tandis que les projets prennent souvent bien plus de temps qu’on ne le pensait – et une fois accomplis, on n’est plus dans la disposition d’esprit pour en jouir. Le philosophe ajoute que c’est en général en perdant une chose qu’on prend conscience de sa véritable valeur. De ces constats, il déduit que vivre heureux signifie en réalité ne pas vivre malheureux : « Je considère comme la règle suprême de toute sagesse dans la vie la proposition énoncée par Aristote dans son Éthique à Nicomaque (VII, 12) : « Le sage poursuit l’absence de douleur et non le plaisir ». La vérité de cette sentence repose sur ce que tout plaisir et tout bonheur sont de nature négative, la douleur par contre de nature positive » (Comment être heureux). Dès lors, pour Schopenhauer, le bonheur réel demande de se soustraire aux maux dont la vie est semée. Il faut ainsi éviter les douleurs plutôt que rechercher les plaisirs. On doit considérer la richesse, dans cette perspective, comme une protection. De manière plus générale, l’homme s’éloigne du malheur en restreignant son cercle de vision, d’action et de contact – s’il s’attriste de bagatelles, alors il est probablement heureux. Schopenhauer rejoint le stoïcisme en préconisant de cultiver un état d’esprit indépendant des événements.

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Le vrai bonheur est un phénomène intérieur à l’individu. Schopenhauer part de la distinction du sujet et de l’objet. Il en déduit que le bonheur comporte nécessairement deux dimensions : une moitié objective et une moitié subjective. Or, puisque l’homme appréhende la réalité dans l’intériorité de sa conscience, c’est par conséquent la qualité de la conscience qui est cruciale pour être heureux. La vie individuelle apparaît alors comme une série de variations – l’évolution du monde objectif – sur un même thème, celui de la personnalité immuable de l’individu. Schopenhauer affirme donc que le niveau de bonheur dépend surtout de la manière dont l’individualité appréhende les circonstances : « Le même événement qui se présente d’une façon si intéressante dans la tête d’un homme d’esprit n’offrirait plus, conçu par un cerveau plat et banal, qu’une scène insipide de la vie de tous les jours » (Comment être heureux). Cela implique que les avantages personnels (l’esprit, le cœur, etc.) ont plus de valeur que les avantages de statut : l’homme est heureux grâce à ce qu’il est, non pas grâce à ce qu’il a ou ce qu’il représente. Il en découle que les jouissances les plus hautes sont forcément intellectuelles (contempler, penser, sentir, créer de l’art, étudier, lire, méditer, inventer, philosopher, etc.). À l’homme ordinaire, un acteur grégaire dans l’existence, frustré et vide intérieurement, qui ne connaît que l’intérêt matériel, Schopenhauer oppose le sage, à la fois acteur et spectateur, heureux dans la solitude parce qu’il se suffit à lui-même.

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