Science et religion Bertrand Russell

La science et la religion sont deux faces de la vie sociale. Dans Science et religion, Bertrand Russell fait l’exposé des conflits qui ont opposé la religion chrétienne aux progrès des différentes sciences, ainsi que de leurs points d’accord potentiels. N’acceptant pour vrai que ce qui a fait l’objet d’une validation scientifique, le philosophe adopte une position agnostique : il suspend son jugement à l’égard des dogmes religieux tant qu’ils n’ont pas été prouvés ou réfutés par la science.

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La science et la religion reposent sur des conceptions différentes de la vérité. Pour Bertrand Russell, chacune exprime une perspective propre à ce qu’elle est. D’une part, la religion se définit par un dogme et par des pratiques qui visent à produire le sentiment et l’expérience du divin. La vérité religieuse relève par conséquent de l’affect plutôt que de la raison. Dans les monothéismes, elle est même issue d’une révélation, ce qui la rend sacrée et éternelle, en vertu de quoi le dogme est par nature impropre à la discussion. Bertrand Russel met cette immuabilité de la vérité de la religion en regard de la précarité de celle de la science. « Un credo religieux, explique-t-il, diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire : elle s’attend à ce que des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires, et se rend compte que sa méthode est logiquement incapable d’arriver à une démonstration complète et définitive » (Science et religion). Ainsi, la science subordonne la vérité aux évolutions techniques susceptibles d’accroître le pouvoir descriptif de ses théories. Bertrand Russell met ainsi en lumière la dimension technique de la vérité scientifique : le scientifique atteint la vérité dans la mesure où ses résultats permettent d’agir sur la nature.

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Bertrand Russell montre que la science et la religion sont perméables

La science et la religion s’opposent en des points de tension. Bertrand Russell décrit comment la religion a tout d’abord fait obstacle au développement de la science. Il présente ainsi la controverse astronomique sur le centre du système solaire comme leur premier conflit. Défenseur du système copernicien (mouvement de la Terre autour du soleil), Galilée a été condamné par les autorités religieuses pour avoir mis à mal, avec ses théories, l’idée biblique selon laquelle l’homme est la plus importante des créatures. Ainsi, l’anthropologie de la Genèse a été longtemps protégée par la mise à l’index des sciences naturelles qui la remettaient en cause. Pour Bertrand Russell, c’est la théorie de l’évolution de Darwin qui a porté à la théologie le coup le plus effroyable en affirmant notamment que l’homme descendait d’animaux inférieurs. Ce conflit majeur témoigne du fait que les découvertes scientifiques ont fini par faire reculer la religion – cela pour le bénéfice de l’humanité. Par exemple, la médecine n’a pu se développer qu’aux dépens des croyances aux démons, au diable et aux sorcières de l’Europe chrétienne.  « […] là où des questions pratiques étaient en jeu, écrit Bertrand Russell, comme pour la sorcellerie et la médecine, la science a prôné la diminution des souffrances, tandis que la théologie a encouragé la sauvagerie naturelle de l’homme. La diffusion de la mentalité scientifique, par opposition à la mentalité théologique, a incontestablement amélioré jusqu’ici la condition humaine » (Science et religion).

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La science et la religion peuvent être conciliées. Bertrand Russell expose tout d’abord comment elles se retrouvent, à l’époque contemporaine, dans la remise en cause du déterminisme. Alors que celui-ci avait considérablement gagné en crédit grâce à la découverte, par la physique, des lois régissant les mouvements de la matière, les arguments les plus forts à son encontre sont le produit de la physique du XXe siècle. « Pour la première fois dans l’histoire, révèle le philosophe, le déterminisme est actuellement attaqué par des hommes de science pour des raisons scientifiques. Cette attaque a eu pour origine l’étude de l’atome par les nouvelles méthodes de la mécanique quantique » (Science et religion). En affirmant qu’il n’existe pas de loi déterminant la trajectoire d’un atome donné, la science moderne redonne du crédit à l’hypothèse du libre arbitre, et ce faisant à l’idée de la singularité de l’homme dans la religion chrétienne. Bertrand Russell voit également la science et la religion se rejoindre dans le mysticisme, une forme de réceptivité à des connaissances et des expériences extérieures à la science. Si les scientifiques l’adoptent pour résoudre les questions que leur méthode laisse sans réponses, ils ont tort d’y recourir pour découvrir la vérité, car le mysticisme se limite à produire une émotion que la science ne peut confirmer. Bertrand Russell moque tout particulièrement ceux qui croient en un dessein cosmique, c’est-à-dire en l’idée que l’évolution se dirige vers une fin supérieure.

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