sensualisme Condillac Essai sur l'origine des connaissances humaines Traité des sensations

Le sensualisme réduit les opérations de l’esprit à des associations de sensations. Dénonçant le préjugé du caractère inné des idées, Condillac cherche dans son Essai sur l’origine des connaissances humaines de nouvelles méthodes et notions pour mieux décrire le fonctionnement de l’esprit humain. Il est le premier philosophe des temps modernes à vouloir créer un système de l’homme à partir du sensualisme et de l’empirisme.

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Le sensualisme repose sur la sensation. Analysant les facteurs naturels du processus cognitif, Condillac réfute la doctrine des idées innées, des principes généraux tout faits, évidemment vrais, qui seraient toujours présents au préalable dans l’esprit. Il veut démontrer leur origine psychique, dans la sensation. Il définit celle-ci comme « l’impression qui se produit en nous en présence des objets, en tant qu’elle vient par les sens… […] dans un certain état de notre esprit, où […] quoique éveillés, nous ne faisons, pour ainsi dire, que végéter… » (Essai sur l’origine des connaissances humaines). Sans être la première opération à strictement parler – c’est la perception qui l’est – la sensation est donc le fondement de la connaissance. Celle-ci n’équivaut pas, plus précisément, à la possession de la sensation ; elle constitue plutôt un acte grâce auquel l’idée est tirée de la sensation. Le sensualisme de Condillac conçoit donc l’idée comme la représentation de quelque chose qu’elle n’est pas elle-même. Si l’agent éprouve la sensation dans une attitude passive, même « végétative », cette passivité n’est cependant pas totale dans l’acte de la connaissance. En réalité, pour le philosophe, le sujet est déjà actif dans la perception, et son implication croît à mesure que la connaissance se complique. Ainsi, le sensualisme de Condillac innove en insistant sur les interactions réciproques de l’âme et du corps au sein de l’individu.

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Condillac étend le sensualisme à la connaissance du monde objectif

Le sensualisme décrit l’origine de connaissances humaines. Condillac prend cette question comme point de départ de sa théorie parce qu’il postule que le monde des idées, c’est-à-dire l’expérience interne de l’individu, serait le seul accessible aux investigations philosophiques. Théorisant à partir de ses observations de psychologue, le philosophe met en lumière deux sources de connaissance : la sensation qui fournit le contenu aux événements vécus, d’une part ; la réflexion expressément active, d’autre part. Quant à la première source, « il y a trois choses à distinguer […] : 1) la perception, que nous éprouvons ; 2) le rapport, que nous en faisons à quelque chose hors de nous ; 3) le jugement que ce que nous rapportons aux choses, leur appartient en effet » (Essai sur l’origine des connaissances humaines). In fine, toutes les notions résultent donc de l’activité de l’esprit, lequel effectue seul les liaisons des idées simples et particulières. Pour Condillac, chaque proposition générale d’une théorie n’est en définitive qu’une synthèse de propositions particulières, même s’il est difficile de retrouver la sensation à l’origine de telles notions générales. Passant celles-ci au crible de la logique, il met en évidence leur subjectivité, leur imprécision, leur instabilité et leur incohérence ; c’est pourquoi il leur refuse toute valeur théorique. Condillac identifie en effet la préférence pour le plaisir, l’organisation des sens, et l’idiosyncrasie psychique comme de puissants facteurs subjectifs de la connaissance.

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Le sensualisme fonde la connaissance du monde objectif. En avançant dans son travail théorique, Condillac étend sa conception de la sensation à l’étude des processus cognitifs liés aux objets extérieurs sous l’angle de la conservation de l’individu. Dans cette seconde phase de sa théorie, il affirme que toute l’activité aboutissant à la connaissance des corps constitue la première opération élémentaire de la connaissance du monde objectif. Il oppose les sensations du toucher, qui fournissent immédiatement – notamment en coopérant avec les autres sens – une connaissance des corps, à celles des autres sens, qui ne seraient elles que des événements vécus, infertiles à l’égard de la connaissance. « Cette sensation, écrit Condillac, nous force bientôt à juger hors de nous toutes les modifications, que l’âme reçoit par le toucher, c’est pourquoi chaque sensation de tact se trouve représentative des objets… le toucher accoutumé à rapporter ses sensations au-dehors fait contracter la même habitude aux autres sens » (Traité des sensations). Mise à l’écart dans la recherche de l’origine de la connaissance, la réflexion retrouve un rôle dans la connaissance du monde objectif dans la mesure où elle expliquerait la subjectivité de l’acte cognitif. Pour autant, le sensualisme de Condillac considère principalement toute activité de l’esprit comme un produit de l’évolution organique : l’homme acquiert successivement ses facultés cognitives en se développant, par la transformation des sensations qui sont le germe du contenu de l’esprit.

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