singularité Ray Kurzweil Humanité 2.0

La singularité technologique est la plus grande transformation de l’histoire. Concept emprunté aux mathématiques par les auteurs de science-fiction américains des années 1950, elle est décrite par Ray Kurzweil dans Humanité 2.0 comme une ère nouvelle à venir au cours de laquelle la définition même de l’homme sera bouleversée et enrichie. Futuriste à la fois radical et optimiste, le chercheur de Google prophétise le repoussement progressif des limites biologiques de l’être humain.

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La singularité technologique est proche. Ray Kurzweil situe avec certitude cette transformation profonde et « disruptive » des capacités humaines pour 2045. Cette date est très proche à l’échelle de la civilisation en raison du caractère exponentiel, dans tous les domaines, du progrès technique. Celui-ci a été tout d’abord très lent ; puis il a augmenté plus rapidement, jusqu’à connaître une accélération fulgurante. L’ingénieur donne l’exemple de la loi de Moore (1965), qui postule que la puissance des ordinateurs est doublée tous les dix-huit mois. « Mais qu’est-ce donc que la singularité, demande Ray Kurzweil ? C’est une période future pendant laquelle le rythme du changement technologique sera tellement rapide, son impact si important, que la vie humaine en sera transformée de façon irréversible » (Humanité 2.0). Il divise plus généralement l’histoire de l’humanité en six époques en fonction du support de l’information : elle a d’abord été contenue dans l’atome ; ensuite dans l’ADN ; puis dans le cerveau ; ensuite dans la technologie ; elle se répand dans l’univers à la cinquième époque (celle de la singularité) ; puis l’univers en est saturé à la sixième. Or, comme le cerveau humain est biologiquement limité – notamment par la linéarité de la pensée – il est, selon Ray Kurzweil, incapable de concevoir les évolutions exponentielles menant à la singularité.

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Ray Kurzweil ne voit pas la singularité comme une menace

La singularité technologique résulte de l’autonomisation des machines. Ray Kurzweil anticipe la mutation globale, inédite et irréversible des sociétés humaines due au développement d’ordinateurs organisés en réseaux plus efficaces que l’homme dans tous les domaines. La propriété cruciale dans l’avènement de la singularité est la capacité des machines à apprendre et à s’améliorer automatiquement, sans intervention humaine, grâce au machine learning, qui repose sur le traitement de bases de données par des programmes. L’humanité sera d’autant plus dépassée par ses propres créations qu’elle est biologiquement incapable de comprendre cette évolution. « Bien que la Singularité ait de nombreux aspects, explique Ray Kurzweil, son application la plus déterminante est la suivante : notre technologie va rejoindre et ensuite largement excéder le raffinement et la qualité de ce que nous considérons comme les meilleurs traits humains » (Humanité 2.0). Si les scénarios possibles sont divers – dont certains très pessimistes, comme celui de la prise de pouvoir des machines et de l’asservissement des humains, voire celui de la disparition d’une espèce humaine trop gourmande en ressources – le futurologue pense que les machines autonomes de la singularité ne sont pas un danger pour les hommes ; qu’elles feront au contraire advenir une nouvelle humanité, émancipée de ses limites biologiques. Elles repousseront en particulier la limite de la mort, même si Ray Kurzweil craint que les baby-boomers initiateurs de la singularité meurent, eux, naturellement avant de pouvoir prolonger leur existence grâce à la technologie.

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La singularité technologique entraînera la fusion de l’homme et de la machine. Ray Kurzweil imagine ainsi que les êtres humains, de biologiques, deviendront progressivement non biologiques en intégrant les ordinateurs à leur âme et à leur corps. Il plaide donc en faveur d’un transhumanisme qui produira, par la combinaison de la génétique, des nanotechnologies et de la robotique, des « hommes augmentés » à la longévité extensible. Si cet aspect de la singularité suscite au départ des réticences morales, il s’imposera progressivement, de la thérapie cellulaire et des puces électroniques aux prothèses connectées, en passant par les nanorobots dans le sang. Ray Kurzweil considère que le smartphone constitue déjà une extension du cerveau et qu’il sera intégré un jour à l’intérieur du corps. Pour autant, la fusion du cerveau et de la machine sera délicate, car elle requiert de pouvoir transférer la totalité de la personne – sa mémoire, ses compétences, son histoire, etc. – afin de la stocker numériquement. « Quand nous recréerons le cerveau humain, prédit Ray Kurzweil, nous ne serons pas limités dans notre capacité à développer chaque talent : nous n’aurons pas à compromettre une zone pour en améliorer une autre » (Humanité 2.0). Reposant sur l’hypothèse controversée que la conscience puisse être dissociée du cerveau, cette prédiction aboutit à l’utopie de l’épanouissement de l’esprit dans la machine, avant sa séparation finale d’un quelconque support – après quoi il emplirait l’univers et atteindrait ainsi un stade divin.

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