sionisme Theodor Herzl L'État juif

Le sionisme est une idéologie politique nationaliste. Premier penseur d’un État juif moderne – sans toutefois être le créateur du terme « sionisme » – Theodor Herzl pose dans L’État juif les principes fondamentaux du sionisme politique. En affirmant que « les juifs qui le veulent auront leur État », il exprime son ambition de les faire passer du statut d’objets à celui de sujets de leur propre histoire.

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Le sionisme vise à mettre fin à l’antisémitisme. Le projet de Theodor Herzl est fondé à la fois sur le caractère éternel de l’antisémitisme et sur la volonté juive, tout aussi éternelle, de survivre en tant que peuple. « Même dans le cas le plus favorable, écrit-il, le commencement de la fondation de l’État se ferait encore attendre nombre d’années. Pendant ce temps les Juifs seront raillés, battus, écorchés, pillés et assommés dans mille endroits à la fois. Non, il suffit seulement que nous commencions à réaliser le projet, pour que l’antisémitisme cesse aussitôt et partout. Car c’est la conclusion de la paix » (L’État juif). Dans le détail, la mutation personnelle de Theodor Herzl s’explique par plusieurs facteurs : son désaccord avec le livre La question juive du philosophe allemand Dühring ; la montée de l’antisémitisme lors de l’affaire Dreyfus ; son rejet de l’assimilation ; et son échec (initial) à obtenir le concours financier de la haute bourgeoisie juive. Ne voyant pas l’antisémitisme comme une constante de l’imaginaire social, il en minimise la dimension religieuse pour mieux en souligner la dimension économique. Pour Theodor Herzl, en effet, c’est surtout la concurrence des bourgeois juifs (émancipés des interdits professionnels) qui a fait naître la haine du Juif chez la petite bourgeoisie autochtone.

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Le sionisme de Theodor Herzl précise les contours de l’État juif

Le sionisme doit organiser une émigration massive. Theodor Herzl substitue au territorialisme, c’est-à-dire la revendication d’un territoire, le sionisme, la revendication du retour du peuple juif en Palestine, son foyer historique. Dès lors, il critique l’immigration juive d’Europe orientale dans la mesure où elle crée de l’antisémitisme là où il n’y en avait pas, ainsi que le financement de colonies de peuplement (comme en Argentine) par la grande bourgeoisie juive qui souhaite se débarrasser des nouveaux venus. De son point de vue, la bonne solution est de rechercher l’appui des grandes puissances afin de faire reconnaître un État sioniste par le droit international. « Personne n’est assez fort ou assez riche, explique Theodor Herzl, pour transplanter un peuple d’un endroit à un autre. Seule une idée peut y parvenir. L’idée de l’État a cette force » (L’État juif). Ainsi, le père du sionisme imagine d’associer les gouvernements et les populations non juives à l’alya. En pratique, Theodor Herzl conçoit deux institutions transitoires nécessaires à l’organisation d’une émigration massive : la « Society of Jews », d’une part, qui servira à délibérer sur l’implantation, à négocier avec les pays étrangers, à recenser les juifs dans le monde, et à produire études politiques et économiques ; la « Jewish Company », d’autre part, qui liquidera les biens juifs en diaspora, contrôlera la distribution des terres en Israël, construira des logements ouvriers, et veillera au progrès social.

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Le sionisme aboutit à la création de l’État juif. Theodor Herzl appelle de ses vœux un État moderne, conforme aux évolutions de la révolution industrielle et défendu par une armée de métier. Si la société israélienne doit être de type occidental et capitaliste (« un rempart contre la barbarie orientale »), il admet tout de même l’existence d’un secteur coopératif et l’intervention de l’État dans l’économie afin de piloter la marche vers l’autosuffisance économique. Son État juif est empreint d’un certain paternalisme : les loisirs seront encadrés ; la moralité surveillée ; l’accès à la propriété conditionnée à l’effort dans le travail – il donnera aussi du travail à tous les intellectuels juifs déclassés de la diaspora. Theodor Herzl le veut plus généralement conforme au droit international et exemplaire sur le plan de la neutralité géopolitique. Sans négliger la vertu cohésive de la religiosité des masses, le père du sionisme prône également une neutralité religieuse : l’État sera strictement séparé du rabbinat ; les non-juifs jouiront de la liberté de culte et de l’égalité de droits ; les lieux saints chrétiens bénéficieront d’un statut d’extra-territorialité. « Aurons-nous donc à la fin une théocratie, demande-t-il ? Non ! Si la foi nous maintient unis, la science nous rend libres » (L’État juif). Ne croyant pas au renouveau de l’hébreu, Theodor Herzl veut laisser les immigrants libres de parler leur langue, car il imagine qu’un idiome s’imposera alors naturellement.

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