La Société ouverte et ses ennemis Karl Popperv

La société ouverte a pour valeur suprême la liberté individuelle. Karl Popper fait ainsi dans La Société ouverte et ses ennemis un plaidoyer en faveur de la démocratie libérale. Il y distingue cependant deux formes de démocratie : d’une part, celle qui suppose la souveraineté du peuple et qui est susceptible de dégénérer dans l’oppression et la violence ; d’autre part, celle dont le but est plus modestement de protéger le peuple de la dictature et qui correspond à une « société ouverte ».

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La société ouverte exclut la violence. En premier lieu, elle rend possible l’alternance politique sans bain de sang. Elle correspond donc, pour Karl Popper, à la démocratie représentative, dans laquelle les représentants sont élus par le peuple au moyen d’un scrutin majoritaire qui constitue un pouvoir démocratique de destitution. C’est ce dernier mécanisme, la menace de destitution, qui fait de la démocratie un système sans violence, car le peuple y agit comme un agent prophylactique contre la perspective de la dictature en pouvant sanctionner par le vote les gouvernants qui abuseraient du pouvoir. En revanche, la démocratie directe prive le peuple de ce pouvoir de destitution à cause du jeu des partis qui découle du scrutin proportionnel. Karl Popper estime donc que la meilleure forme de démocratie est celle qui rend possible un bipartisme où les partis sont davantage contraints de tirer les leçons des erreurs déjà expérimentées. En second lieu, comme l’exercice de la démocratie d’après la majorité implique forcément l’oppression d’une minorité, la société ouverte doit protéger les minorités qui ne se retrouvent pas dans la majorité du peuple qui les gouverne. Ainsi, pour Karl Popper, la vocation principale de l’action politique est de « soulager la souffrance humaine » (La Société ouverte et ses ennemis), plutôt que de se pervertir dans l’ambition démesurément utopique de fabriquer le bonheur.

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La société ouverte de Karl Popper est la démocratie libérale

La société ouverte est gouvernée par la raison. En effet, il serait dangereux de vouloir fonder l’ordre social sur un autre principe. « Je prétends, écrit Karl Popper, que celui qui enseigne que l’amour, plutôt que la raison, devrait gouverner ouvre la voie à ceux qui gouvernent par la haine » (La Société ouverte et ses ennemis). Le philosophe distingue plus précisément la société ouverte des sociétés magiques, tribales ou collectivistes qui ne font pas la différence entre les phénomènes naturels et les conventions sociales. Dans les sociétés polynésiennes ou maories, par exemple, les uns comme les autres sont attribués à une volonté surnaturelle. Ces sociétés peuvent être comparées à des organismes parce qu’elles bénéficient d’une forte cohésion maintenue par des liens tels que la parenté, la vie commune, la joie ou la douleur. Toute mutation y donne lieu à une crise religieuse ou à l’introduction d’un nouveau tabou, non pas à un progrès des conditions de vie. Pour autant, des dangers menacent de dissoudre la société close. Le commerce est peut-être le pire parce qu’il suscite et décuple l’initiative personnelle. Pour Karl Popper, c’est cependant la découverte de la discussion critique – qu’il situe à Athènes – qui a donné naissance à la société ouverte en introduisant une tension entre les classes sociales. Le philosophe conçoit cette révolution spirituelle comme un phénomène irréversible : il est selon lui impossible de retourner durablement à une société close.

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La société ouverte repose enfin sur le pluralisme critique. La philosophie de la connaissance de Karl Popper débouche directement sur sa philosophie politique : seules sont acceptables les formes d’organisation politique qui excluent le dogmatisme et confèrent à la vérité un statut précaire. Le philosophe réclame dont le droit de ne pas tolérer l’intolérance : « si l’on est d’une tolérance absolue même envers les intolérants, écrit Karl Popper, et qu’on ne défend pas la société intolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis et avec eux la société tolérante » (La Société ouverte et ses ennemis). Ainsi, la société ouverte conçoit le droit à la critique et l’institutionnalisation de procédures pluralistes de décision comme les conditions de son progrès social et scientifique. Le vote constitue en lui-même une institution du droit à la critique, car il reconnaît implicitement le droit au désaccord et la fécondité d’une situation de non-unanimité. D’autre part, la liberté d’information et le pluralisme de la presse sont aussi nécessaires en tant que conditions sine qua non pour que la vérité objective, c’est-à-dire une information non encore démentie, émerge. Que les Grecs aient inventé simultanément la science et la démocratie témoigne pour Karl Popper d’une seule et même évolution décisive de l’esprit en faveur des procédures ouvertes de découverte de la vérité.

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