Socrate Platon Apologie de Socrate Banquet sagesse

La sagesse de Socrate incarne l’ambition philosophique. Ayant vécu au Ve siècle avant J.-C., Socrate est considéré comme un des pères de la philosophie morale et politique. Son disciple Platon raconte dans son Apologie de Socrate que quand Chéréphon, l’un des amis de son maître, a demandé à l’oracle de Delphes s’il existait un homme plus sage que Socrate, l’oracle lui a répondu que nul n’est plus sage que Socrate.

>> Les idées platoniciennes sur un post-it

La sagesse de Socrate est d’abord véhiculée par son exemple. Fils d’un tailleur de pierres et d’une sage-femme, il ne ressemblait guère aux sophistes richement habillés qui attiraient les Athéniens ni aux sages d’autrefois, qui jouissaient en général d’un statut de premier plan dans leur Cité. Socrate faisait lui dans la simplicité : il était toujours vêtu d’un manteau grossier, parcourait les rues pieds nus ; il était aussi très frugal : il ne buvait pas de vin, s’abstenait de toute chère délicate. Il jouissait d’un tempérament extraordinairement robuste et était d’une grande laideur, laquelle lui valait d’être comparé à un silène (un démon mythique aux traits rustiques et repoussants). « Il est tout pareil, affirme Platon, à ces silènes qu’on voit exposés dans les ateliers de sculpture et que les artistes représentent tenant un pipeau ou une flûte ; les entrouvre-t-on par le milieu, on voit qu’à l’intérieur ils contiennent des figurines des dieux ! » (Le Banquet). Il était enfin un excellent citoyen qui se soumettait aux lois : tantôt soldat vaillant et exemplaire, tantôt magistrat s’opposant aux excès du tyran Critias, il est surtout resté dans les mémoires en refusant, après sa condamnation à mort, l’évasion que lui proposait ses plus fidèles amis.

>> La philosophie antique selon Pierre Hadot sur un post-it

Socrate conçoit la sagesse comme une humilité philosophique

La sagesse de Socrate repose sur la connaissance de soi-même. Le philosophe reprend là la fameuse injonction du temple de Delphes : « Connais-toi toi-même ». Guidé par cette injonction éthique, il entreprend d’examiner les hommes eux-mêmes – non point les concepts – et de les amener à se rendre compte de ce qu’ils sont. Socrate se disait plus précisément inspiré par un génie particulier, son daïmon, qui lui suggérait ses résolutions. Il prétend que cette voix démonique l’aurait toujours retenu de se mêler de politique, ce qui lui a permis d’arpenter la cité pour exercer la maïeutique (ou l’art de faire accoucher les esprits) : « Mais peut-être qu’il paraîtra absurde que je me sois mêlé de donner à chacun de vous des avis en particulier, et que je n’aie jamais eu le courage de me trouver dans vos assemblées du peuple, pour donner mes conseils à la patrie. Ce qui m’en a empêché, Athéniens, c’est ce démon familier […] » (Apologie de Socrate). Conversations de hasard dans les marchés, dans les stades, dans les maisons de riches, toutes les circonstances étaient bonnes pour pousser l’interlocuteur à faire une introspection profonde sans concession qui le transforme, qui lui fasse perdre sa fausse tranquillité et le mette devant ses contradictions personnelles, dans le but qu’il se retrouve en accord avec lui-même.

>> Le détachement selon Épictète sur un post-it

La sagesse de Socrate souligne l’étendue de l’ignorance humaine. En effet, le philosophe n’a tiré aucune vue doctrinale de ses réflexions et de sa pratique de la maïeutique. « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. » (Apologie de Socrate) : tel est, pour Socrate, le point de départ de tout projet philosophique authentique. L’homme croit qu’il sait, il est même fier de savoir, mais il est surtout dans l’ignorance et dans l’erreur. Ainsi, contrairement à l’ignorant, qui ignore ce qui lui manque, comme au savant, qui pense qu’il sait, le philosophe, lui, sait qu’il ignore. Le savoir véritable est pour Socrate une croyance soutenue par des preuves rationnelles tangibles, et non simplement admise, auquel cas il s’agit d’une opinion. Il permet de faire le bien, car l’étude de la vertu rend vertueux, comme l’étude de la technique rend technicien. Il enseigne aussi la suprématie de l’esprit sur le corps et de la vertu sur la vie. Fertile en enseignements, la méthode socratique a cependant ses limites : c’est sans doute l’extrême liberté du philosophe à l’égard de ceux qu’il voulait réformer qui le perdit. Accusé d’avoir corrompu la jeunesse athénienne avec ses théories, il a été condamné à boire un poison, la ciguë. Il semblait cependant préparé : il concevait en effet la philosophie comme un exercice spirituel d’apprentissage de la mort.

>> L’allégorie de la caverne de Platon sur un post-it