Soft power Joseph Nye Bound to lead

Le soft power est le potentiel de séduction d’un pays. Joseph Nye affirme dans Bound to lead : the changing nature of American power que les États-Unis peuvent rendre leur objectifs diplomatiques légitimes sans recourir à la contrainte. Il reprend ainsi à son compte la prescription de F. D. Roosevelt : « Maintenant que l’Amérique a le gros bâton (« big stick »), nous devons apprendre à parler avec douceur ».

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Le soft power est une nouvelle forme de puissance. Joseph Nye a donné naissance à ce concept vers la fin des années 1980, dans un contexte de mutation accélérée des relations internationales. L’éclatement de l’URSS laissant les États-Unis sans rival, la mondialisation faisant émerger de nouveaux acteurs non étatiques, et le développement des moyens de communication invitaient alors à reconsidérer la notion de puissance. Pour Joseph Nye, en effet, l’interdépendance de tous les acteurs ne permettait plus de la concevoir simplement comme la puissance militaire d’un seul pays, ou comme la force économique (mesurée en parts de marché). La puissance apparaît dès lors comme la capacité d’une entité politique à faire prévaloir sa volonté auprès d’autres entités grâce à la séduction, par opposition à la coercition caractéristique du hard power. « Lorsque vous pouvez amener les autres à admirer vos idéaux et à vouloir ce que vous voulez, écrit Joseph Nye, vous n’avez pas à dépenser autant en bâtons et en carottes pour les faire bouger dans votre direction. La séduction est toujours plus efficace que la coercition, et de nombreuses valeurs telles que la démocratie, les droits de l’homme et les opportunités individuelles sont profondément séduisantes[1] » (Soft Power: The Means To Success In World Politics).

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Joseph Nye dénonce le recul du soft power américain

Le soft power repose sur plusieurs vecteurs. Joseph Nye est bien conscient qu’il est difficile de définir et de contrôler les contours de la culture nationale, de décréter une image et de l’exporter ; mais il identifie tout de même des leviers d’action pour persuader les autres pays d’adopter les mêmes objectifs. Ainsi, les responsables politiques doivent prendre en compte des facteurs plus intangibles (au regard du hard power) tels que le modèle culturel, l’idéologie et l’implication dans les institutions internationales. L’objectif est que les pays influencés inscrivent spontanément leur action dans le cadre de celui qui dispose de ces ressources. «  La capacité à obtenir ce que vous voulez, explique Joseph Nye, […] découle de l’attraction produite par la culture, les idéaux politiques et les politiques d’un pays » (Soft Power: The Means To Success In World Politics). Premier vecteur du soft power, la culture nationale peut séduire les pays étrangers en promouvant des valeurs universelles telles que la liberté, la mobilité sociale, ou les droits de l’homme. Ensuite, le modèle politique du pays (style de gouvernement, santé économique, sociale, ou politique) doit avoir valeur d’exemple. En politique étrangère, enfin, le succès des actions menées par un pays dépend en partie de sa capacité à persuader des alliés de le suivre. Pour Joseph Nye, ces vecteurs de séduction permettent au pays de légitimer sa domination en universalisant sa propre vision du monde.

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Le soft power est surtout l’arme des États-Unis. Joseph Nye insiste sur l’ampleur des ressources intangibles dont ils jouissent dans l’exercice de leur puissance. Leurs valeurs sont massivement exportées par les productions hollywoodiennes, grâce auxquelles elles séduisent l’humanité entière. Ainsi, des populations très nombreuses imitent, plus ou moins consciemment, les comportements américains, leurs modes de consommation ; s’identifient à leurs arts, leurs intérêts et leurs choix politiques. L’Amérique est par exemple, au plan scientifique, la grande gagnante de la guerre des cerveaux. Au plan politique, sa démocratie est plutôt admirée, mais la violence de sa société, où prolifèrent les armes à feu et se creusent les inégalités, ternit sa réputation. Joseph Nye la met donc en garde : en ne se montrant pas à la hauteur de ses valeurs, elle risque de décevoir ceux qu’elle fascinait, voire de les radicaliser. « Le hard power militaire restera crucial, admet-il, mais si son utilisation est perçue comme injuste, comme à Abu Ghraib ou à Guantánamo, alors le hard power réduit à néant la puissance douce nécessaire pour conquérir l’esprit des musulmans dominants et crée plus de nouveaux terroristes que ceux qui sont détruits » (The Future of Power). Dans cette perspective, l’unilatéralisme américain n’est pas une solution viable dans la guerre contre le terrorisme. Joseph Nye conçoit donc le soft power comme un enjeu de défense, dans la mesure où la fascination culturelle prévient l’apparition de foyers idéologiques hostiles.

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[1] Traduction de Romain Treffel.