sophistes sophisme

Les sophistes étaient d’abord des pédagogues. Née au Ve siècle avant J.-C., la sophistique n’est pas une doctrine, mais une manière d’enseigner. Les sophistes étaient en effet des professeurs itinérants enseignant soit des leçons d’apparat, soit des méthodes pour faire triompher une vérité, quelle qu’elle soit. Ainsi, leur philosophie était fondée sur la seule recherche du succès grâce à l’art de convaincre et de séduire.

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Les sophistes invitent à relativiser la vérité. Leur philosophie a émergé à une époque où la vie intellectuelle prenait la forme d’un jeu, parfois d’un concours : les thèses étaient défendues par des concurrents auxquels un juge souverain, qui est souvent le public, décerne le prix. Dès lors, le philosophe ne recherche plus ni ne trouve la vérité, il la propose et la soumet au verdict de l’auditeur. Telle est la raison pour laquelle les philosophes ultérieurs prendront bien soin de se distinguer des orateurs. C’est par exemple pour cette raison que, dans le Gorgias de Platon, Socrate se dérobe à l’obligation de répondre au discours de Calliclès en faveur de la justice naturelle, et le rhéteur s’en plaint. Dans ces conditions, le sophisme repose fondamentalement sur deux piliers : une grande érudition, d’une part, qui permet à l’orateur de choisir avec justesse les thèmes de son discours ; la maîtrise de la rhétorique, d’autre part, pour emporter l’adhésion de l’auditoire. Plus généralement, les vies et les positions des grands sophistes comme Protagoras d’Abdère (qui scandalisa les Athéniens par son indifférence en matière de religion), Gorgias de Léontium, Prodicus de Céos, ou encore Hippias d’Elis laissent concevoir le sophisme comme une première affirmation de la supériorité de la vie sociale sur la vie intellectuelle.

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L’héritage des sophistes est caricaturé

Les sophistes ont fondé l’humanisme. Le récit du mythe de Prométhée en fait foi, car il montre qu’il est dans la nature de l’homme qu’il produise de la culture grâce à son intelligence technicienne et politique. Ainsi, l’éducation a pour but de développer les compétences que sont les techniques et l’art de la parole, grâce auxquelles l’homme peut s’inventer lui-même ainsi que son monde. « L’homme est la mesure de toutes choses, affirme Protagoras, de ce qu’elles sont pour celles qui sont, de ce qu’elles ne sont pas, pour celles qui ne sont pas » (Protagoras). Il ne doit donc s’occuper que des seules affaires humaines. « Quant aux dieux, admet Diogène Laërce, je ne puis savoir ni qu’ils sont, ni qu’ils ne sont pas ; trop d’obstacles s’y opposent, obscurité du sujet et brièveté de la vie. » (Vies et doctrines des philosophes illustres). En découle le primat donné à la parole, à la forme sur le fond, qui se traduit par un éloge des arts, de la médecine et de l’innovation. Cependant, c’est en politique que l’affirmation du pouvoir et de l’autonomie de l’homme par les sophistes possède le plus de force. L’humanisme des sophistes révèle notamment que la loi est une invention humaine, en vertu de quoi elle est, dans une certaine mesure, artificielle et arbitraire. L’œuvre des législateurs en est la preuve qui, soit à Athènes, soit dans les colonies, reprennent à chaque instant à pied d’œuvre le travail de la constitution.

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Les sophistes ont surtout laissé leur caricature à la postérité. Le sophisme a en effet connu dans l’histoire des idées un aboutissement plutôt triste. Sur le plan théorique, il s’est dégradé en cynisme politique, qui voit la rhétorique comme le moyen de satisfaire la soif de pouvoir ; sur le plan pratique, il laissé en héritage toute une tradition de recherche de virtuosité de la parole : importance accordée à l’éloquence, à la grammaire, aux synonymes, petites œuvres qui résument schématiquement des doubles thèses morales, art de la dispute. Enfin, c’est surtout Platon qui a gravé dans la mémoire collective la signification infamante qui est attachée à la figure du sophiste. Il a d’abord mis à l’index, par la voix de Socrate, le business des sophistes : « Chacun de ces maîtres, Athéniens, dans quelque ville qu’il se rende, a le don d’attirer les jeunes gens, et quand ceux-ci pourraient s’attacher sans bourse délier à tel de leurs concitoyens qu’il leur plairait, ils leur persuadent de quitter la compagnie de leurs concitoyens pour s’attacher à eux, et les jeunes gens les payent pour cela et se tiennent encore pour leurs obligés » (L’Apologie de Socrate). Plus fondamentalement, il a caricaturé le sophiste comme un raisonneur peu scrupuleux usant d’arguments élaborés fallacieux pour trompeur l’interlocuteur, un faiseur d’opinion qui vend à prix d’or une éducation où la morale n’a pas sa place.

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