La sublimation selon Freud

sublimation Freud Trois essais sur la théorie sexuelle

La sublimation résulte de la dimension psychique de la sexualité. Freud étudie dans Trois essais sur la théorie sexuelle les ressorts profonds de sexualité humaine en partant de l’enfance. Dans sa perspective psychanalytique, la tension sexuelle qui habite le sujet est susceptible de subir des transformations inconscientes qui ne relèvent ni de la satisfaction ni de la répression de la pulsion.

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La sublimation est un des destins possibles de la pulsion sexuelle. Freud rappelle que le premier destin est la satisfaction directe, c’est-à-dire que l’individu commette l’acte auquel la pulsion sexuelle le pousse à l’égard de « l’objet », la personne à laquelle elle l’attache. Si l’accouplement hétérosexuel est considéré comme le but sexuel « normal » pour éteindre la tension qui perturbe le sujet, la psychanalyse montre cependant que la déviance est en réalité la règle. Les perversions sont courantes ; elles ne sont, d’un point de vue clinique, que des variantes de la pulsion liée à l’instinct de reproduction, et elles ont leur source dans l’enfance. Le deuxième destin possible de la pulsion sexuelle est le refoulement, qui consiste à la maintenir à distance du conscient. « Les excitations sont produites de la même manière qu’auparavant, explique Freud, mais sont détournées de leur but par une inhibition psychique, et sont dirigées sur d’autres voies jusqu’au moment où elles s’extérioriseront sous la forme de symptômes morbides » (Trois essais sur la théorie sexuelle). Alors que plasticité de la pulsion sexuelle lui permet de s’exprimer sous diverses formes de perversion, sa répression engendre des symptômes qui bouleversent la vie psychique de l’individu : la névrose se substitue à la perversion. D’après Freud, la sublimation constitue le troisième destin possible de la pulsion sexuelle.

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Freud révèle l’utilité de la sublimation

La sublimation consiste à convertir la pulsion sexuelle. Freud montre qu’elle rend possible un transfert d’énergie. En effet, la pulsion sexuelle se manifeste habituellement avec une force importante, la « libido ». Or, l’individu est capable – et cela dès l’enfance – de dévier cette énergie vers des domaines sans rapport avec la sexualité. « Les excitations excessives découlant des différentes sources de la sexualité trouvent une dérivation et une utilisation dans d’autres domaines, souligne Freud, de sorte que les dispositions dangereuses au début produiront une augmentation appréciable dans les aptitudes et activités psychiques » (Trois essais sur la théorie sexuelle). La sublimation a un sens social, car le transfert d’énergie présuppose un jugement de valeur du point de vue de la collectivité. De fait, la pulsion sexuelle recèle une forme d’agressivité, elle est dangereuse ; c’est pourquoi elle doit être détournée vers d’autres buts. Freud considère que ce processus est essentiel dans la construction de l’adulte. Dans sa perspective, la formation du caractère de l’individu équivaut à une forme de sublimation dans la mesure où elle repose sur la transformation de pulsions diverses fixées depuis l’enfance, et identifiées comme des perversions inadaptées à la vie sociale, en des constructions psychiques constitutives de la personnalité. Une bonne partie des vertus de l’adulte découleraient ainsi des dispositions sexuelles de l’enfant. Plus tard, Freud a même associé certains traits de caractère à des composantes érogènes déterminées, par exemple l’entêtement, la parcimonie et l’esprit d’ordre à la zone érotique anale.

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La sublimation serait à l’origine de l’activité culturelle. Freud affirme que la désexualisation de la pulsion écarte le risque de névrose et lui substitue au contraire une satisfaction esthétique, intellectuelle ou sociale. Elle transfère donc l’énergie sexuelle en priorité dans des domaines où l’accomplissement du sujet est valorisé par le Surmoi (l’instance de défense contre les pulsions) ainsi que par la société. La sublimation s’explique plus précisément à la fois par une forme de catharsis et par la recherche d’une satisfaction narcissique. Ces deux moteurs décuplent l’énergie et la volonté canalisées dans le travail culturel. « [La sublimation] est une des sources de la production artistique, écrit Freud, et l’analyse du caractère d’individus curieusement doués en tant qu’artistes indiquera des rapports variables entre la création, la perversion et la névrose, selon que la sublimation aura été complète ou incomplète » (Trois essais sur la théorie sexuelle). Le concept psychanalytique de sublimation a ouvert la voie à des analyses nouvelles visant à expliciter le contenu latent des œuvres classiques. Il sert également à expliquer l’« épistémophilie », la compulsion pathologique à accumuler du savoir, dont l’origine remonte peut-être à la curiosité naturelle de l’enfant. La sublimation peut encore nourrir le travail professionnel, ou plus généralement une philosophie de vie, à l’instar du désintéressement radical de la jeune fille dépeinte par Zola dans La joie de vivre. Freud précise toutefois que la conversion de la pulsion sexuelle représente un risque si elle prive le sujet de satisfactions immédiates.

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