Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain Condorcet

Les progrès de l’esprit humain sont inarrêtables. Condorcet imagine dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain que l’humanité se dirige irrésistiblement vers un destin radieux éclairé par la raison grâce à l’éducation et aux découvertes scientifiques. Si les hommes ne sont pas, pris individuellement, forcément plus intelligents ou plus habiles, ils héritent collectivement de connaissances, d’outils intellectuels et techniques qu’ils perfectionnent et transmettent.

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Les progrès de l’esprit humain sont l’œuvre de la science. Condorcet décrit les avancées, les obstacles et les retours en arrière du progrès scientifique. Dans son tableau, la science a connu son premier développement dans la Grèce antique, où le contexte politique offrait aux hommes une certaine indépendance intellectuelle ; mais ceux-ci bâtissaient des systèmes trop généraux en méprisant l’observation des faits. Ce défaut évident a toutefois été corrigé par Aristote, qui a su concilier l’ambition d’un savoir global et une forme d’empirisme. Pour Condorcet, c’est à ce stade que le progrès de la science a été stoppé net par l’émergence du christianisme, dont les mythes et les miracles sont mis en danger par le doute et l’esprit d’examen. Il en a découlé une décadence qui a duré jusqu’à l’invention de l’imprimerie, laquelle a donné à la science une impulsion trop puissante pour pouvoir être arrêtée. « La marche des sciences devient rapide et brillante, s’enthousiasme Condorcet à propos des mathématiques. La langue algébrique est généralisée, simplifiée, perfectionnée, ou plutôt, c’est alors seulement qu’elle a été véritablement formée. Les premières bases de la théorie générale des équations sont posées, la nature des solutions qu’elles donnent est approfondie, celles du troisième et quatrième degré sont résolues » (Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain). La philosophie des sciences a progressé de concert avec les théories de Bacon, Descartes, Locke et Condillac.

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Condorcet voit dans les Lumières l’impulsion décisive des progrès de l’esprit humain

Les progrès de l’esprit humain reposent sur la libération de la raison. Condorcet expose les circonstances favorables qui ont rendu possible cette évolution en Europe : les mœurs avaient été adoucies ; l’intolérance religieuse était moins rigoureuse ; les lois devenaient de plus en plus égalitaires, etc. Ce contexte a favorisé une nouvelle conception de l’homme – un être doué de raison et capable d’idées morales – et de la politique, où les idées d’égalité, de liberté, de la majorité ont légitimé la perspective de changer la constitution. Ce recul général de l’obscurantisme est le fait du philosophe du XVIIIe siècle. « Il se forma bientôt en Europe, décrit Condorcet, une classe d’hommes moins occupés encore de découvrir ou d’approfondir la vérité, que de la répandre ; qui, se dévouant à poursuivre les préjugés dans les asiles où le clergé, les écoles, les gouvernements, les corporations anciennes les avaient recueillis et protégés, mirent leur gloire à détruire les erreurs populaires, plutôt qu’à reculer les limites des connaissances humaines, manière indirecte de servir à leurs progrès, qui n’était ni la moins périlleuse, ni la moins utile » (Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain). Condorcet affirme donc que le progrès ne vise pas l’accumulation du savoir, mais la libération de l’homme, comme en témoignent les révolutions américaine et française, qui sont des prolongements politiques des progrès de la philosophie et de la métaphysique.

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Les progrès de l’esprit humain peuvent être indéfinis. Condorcet fait en effet l’hypothèse que la culture scientifique moderne inaugurée au XVIe siècle est la seule culture intellectuelle et morale qui donne à l’humanité l’horizon d’une perfectibilité indéfinie. L’épanouissement de cette culture avec les Lumières rend le progrès indéfini à la fois possible et nécessaire. Pour le philosophe, en effet, cette infinité est le propre des sciences comme les mathématiques ou la physique. « Personne, écrit Condorcet, n’a jamais pensé que l’esprit pût épuiser tous les faits de la nature, et les derniers moyens de précision dans la mesure, dans l’analyse de ces faits… ; les seuls rapports de grandeur, les combinaisons de cette seule idée, la quantité ou l’étendue, forment un système déjà trop immense pour que jamais l’esprit humain puisse le saisir tout entier […] » (Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain). Les limites de l’esprit humain ne l’empêchent pas pour autant d’accéder à l’immensité du savoir scientifique, car celui-ci se présente sous des formes plus synthétiques à mesure qu’il est accumulé. Ainsi, les capacités individuelles demeurent constantes, mais la masse des vérités croît elle sans cesse en se simplifiant grâce à la généralisation des méthodes dans toutes les disciplines (en mathématiques, en physique, en morale, en droit, etc.). Cet horizon, Condorcet le met en regard de l’étroitesse des dogmes religieux, desquels seule une éducation appropriée permettra aux hommes de s’émanciper.

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