technique Aristote Les parties des animaux

La technique est la clé des activités de production. Consacrée à ce que l’homme crée, ce qui est du domaine de l’utile et de l’agrément, elle demande de la pratique, car son acquisition dépend d’habitudes. Aristote la range dans Les parties des animaux au sein des cinq vertus intellectuelles fondamentales avec la connaissance (épistèmè), la prudence (phronésis), la sagesse (sophia), et l’intelligence (nous).

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La technique se définit par rapport à des règles. Aristote la conçoit plus précisément comme l’ensemble des règles permettant d’ordonner les causes dans un art donné : « […] puisqu’il n’existe aucun art, raisonne-t-il, qui ne soit une disposition à produire accompagnée de règle, ni aucune disposition de ce genre qui ne soit un art, il y aura identité entre art et disposition à produire accompagnée de règle exacte » (Les parties des animaux). Ainsi, une règle technique sert à guider l’artisan dans le sens où elle lui dit comment travailler telle matière, quelle forme lui donner, s’il a pour but d’en faire tel objet. Pour Aristote, cette fonction doit se comprendre dans le cadre des quatre causes de l’objet : sa cause matérielle (la matière dans laquelle il est fait), la cause formelle (la forme qui va lui être donnée), la cause finale (ce à quoi il va servir) et la cause efficiente (l’artisan qui le travaille). Comme ces quatre causes contraignent l’artisan – produire un objet lui demande d’ordonner la matière et la forme selon la fonction qu’il veut lui attribuer – il doit obéir aux « règles de l’art ». Celles-ci sont « vraies » et nécessaires dans la mesure où elles sont immuables et ne peuvent pas être modifiées. Elles peuvent toutefois être transmises par l’enseignement.

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Aristote voit la technique comme la preuve de l’intelligence humaine

La technique est liée au rôle prépondérant à la main. Partant du principe que la nature ne fait pas les choses en vain, Aristote en déduit que c’est l’intelligence qui aurait donné naissance à la main (alors que la paléontologie moderne avance que c’est la libération de la main par la bipédie qui aurait développé le cerveau). « Ce n’est pas, affirme-t-il, parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des êtres, mais parce qu’il est le plus intelligent des êtres qu’il a des mains. En effet, l’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d’outils : or, la main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres » (Les parties des animaux). Ainsi, la main est importante parce qu’elle est davantage qu’un organe voué et adapté à une fin particulière ; elle constitue, elle, un organe intelligent, comme le montrent son anatomie, ses doigts et ses articulations. D’après Aristote, c’est cette absence de spécialisation qui en fait l’organe propre à la technique. En effet, la main représente à elle seule plusieurs outils. Capable même de fabriquer des outils artificiels sur lesquels elle peut se délester de certaines tâches, elle est en fait un instrument d’instruments.

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La technique témoigne de la supériorité de l’homme. Aristote considère que l’habileté instrumentale est la preuve irréfutable d’une intelligence et d’une technicité sans commune mesure avec celles des animaux. « Aussi ceux qui disent, écrit le philosophe, que l’homme n’est pas bien constitué et qu’il est le moins bien partagé des animaux (parce que dit-on, il est sans chaussures, il est nu et n’a pas d’armes pour combattre) sont dans l’erreur. Car les autres animaux n’ont chacun qu’un seul moyen de défense et il ne leur est pas possible de le changer pour un autre, mais ils sont forcés, pour ainsi dire, de garder leurs chaussures pour dormir et pour faire n’importe quoi d’autre, et ne doivent jamais déposer l’armure qu’ils ont autour de leur corps ni changer l’arme qu’ils ont reçue en partage » (Les parties des animaux). En comparaison de l’organe humain, en effet, et tout particulièrement de la main, l’organe l’animal n’est ni souple, ni flexible, ni modulable. C’est dans cette perspective qu’Aristote refuse l’idée du mythe de Prométhée, où l’outil et la technique servent à compenser la faiblesse originelle de l’homme. Pour le philosophe, que l’homme soit le seul animal à disposer d’un instrument prolongeant sa raison est bien au contraire la marque d’une certaine perfection. Ce lien essentiel entre l’intelligence humaine et la main signifie que la technique et les outils ne sont qu’un déploiement de la nature de l’homme.

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