temps durée Bergson Essai sur les données immédiates de la conscience

Le temps est une dimension de la conscience. Dans Essai sur les données immédiates de la conscience, Henri Bergson remet en question la conception du temps partagée par le sens commun, la philosophie et la science. Il montre que l’écoulement du temps est autant, sinon davantage une propriété liée à la perception individuelle du sujet qu’une dimension mesurable de la réalité.

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Le temps est une donnée objective liée à l’espace. Bergson montre en effet qu’il correspond en pratique à la mesure d’une répétition dans l’espace. Comme il peut être précisément mesuré (avec un chronomètre, une montre, un calendrier, etc.), il est donc divisé et spatialisé. Le philosophe illustre son explication en analysant la consultation d’une horloge : « Quand je suis des yeux, décrit-il, sur le cadran de l’horloge, le mouvement de l’aiguille qui correspond aux oscillations du pendule, je ne mesure pas de la durée, comme on paraît le croire ; je me borne à compter des simultanéités (…) En dehors de moi, dans l’espace, il n’y a jamais qu’une position unique de l’aiguille et du pendule, car des positions passées il ne reste rien » (Essai sur les données immédiates de la conscience). L’observateur qui compte soixante secondes se ne fait donc que remplacer, à soixante reprises, une oscillation par un autre dans l’espace. Or, les différentes positions de l’aiguille n’ont aucun lien entre elles, car elles n’indiquent que du présent. Ainsi, pour Bergson, la mesure du temps physique n’équivaut en réalité qu’à la mesure de l’espace. Dès lors, et le sens commun et la science se représentent en fait le temps grâce à l’espace, un milieu homogène et extérieur à la conscience humaine.

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Bergson oppose le temps de la science et la durée de la conscience 

Le temps se distingue de la durée. Celle-ci désigne, dans la terminologie de Bergson, le temps psychologique qui est lui subjectif et relatif. Alors que le temps est extérieur à l’homme, la durée lui est intime. Comme elle est éprouvée par le sujet, elle ne peut pas être divisée ni mesurée, car la conscience est un flux homogène. Le philosophe illustre cette spécificité de la durée en donnant l’exemple de la perception de la fonte d’un sucre dans l’eau : « si je veux me préparer un verre d’eau sucrée, explique Bergson, j’ai beau faire, je dois attendre que le sucre fonde. Ce petit fait est gros d’enseignements. Car le temps que j’ai à attendre n’est plus ce temps mathématique qui s’appliquerait aussi bien le long de l’histoire entière du monde matériel, lors même qu’elle serait étalée tout d’un coup dans l’espace. Il coïncide avec mon impatience, c’est-à-dire avec une certaine portion de ma durée à moi, qui n’est pas allongeable ni rétrécissable à volonté. Ce n’est plus du pensé, c’est du vécu » (Essai sur les données immédiates de la conscience). Ainsi, la durée éprouvée par la conscience est différente du temps des horloges parce qu’elle est propre à l’individu, à un état d’esprit, à certaines circonstances, ou à une société. Elle est pour Bergson le temps véritable, inaccessible pour la science.

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Le temps ne permet pas de tout comprendre de l’homme. En opposant, d’une part, le temps fictif, abstrait, homogène et vide des scientifiques, et d’autre part, le temps vécu de la durée pure, Bergson veut démontrer l’incapacité de la science à maîtriser le temps réel dans lequel évolue l’individu. À la vérité, le scientifique ne peut pas atteindre l’épaisseur de la vie, c’est-à-dire les qualités (vécu, mémoire, désirs, etc.) qui caractérisent la conscience individuelle et échappent totalement à l’exactitude mathématique. La science ne fait dès lors que donner l’illusion qu’elle saisit le temps vécu : elle substitue à la durée un équivalent symbolique qui n’est qu’une représentation pratique. De ce point de vue, sa fonction n’est pas de produire de véritables connaissances, mais de l’action. « Il est de l’essence de la science, en effet, écrit Bergson, de manipuler des signes qu’elle substitue aux objets eux-mêmes. […] Pour penser le mouvement, il faut un effort sans cesse renouvelé de l’esprit. Les signes sont faits pour nous dispenser de cet effort en substituant à la continuité mouvante des choses une recomposition artificielle qui lui équivaille dans la pratique et qui ait l’avantage de se manipuler sans peine » (Essai sur les données immédiates de la conscience). Par conséquent, Bergson considère que la philosophie et la métaphysique, qui ne recourent pas à la médiation du symbolisme scientifique, sont plus à même de saisir la réalité humaine dans son authenticité.

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