Thalès de Milet philosophie

Thalès est le premier philosophe scientifique. Notamment mathématicien, astronome, et géomètre, il a laissé à la postérité quantité d’exemples de situations dans lesquelles il a mis en pratique ses connaissances scientifiques. Devenu un des sept sages de la Grèce antique, sa vie et sa pensée ont dès lors reçu le fard de la légende, comme en témoigne l’anecdote de sa mort, survenue par déshydratation, alors que Thalès assistait à une compétition de gymnastique.

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La philosophie de Thalès découle de sa polyvalence. De fait, le sage grec ne s’est pas consacré entièrement à la spéculation métaphysique, tant s’en faut. Descendant, selon les différentes hypothèses, de marchands prospères, ou d’une famille royale, il aurait en tout cas grandi dans un milieu privilégié, à partir duquel il aurait tout naturellement entamé sa vie professionnelle en tant que simple commerçant, avant de s’investir en politique. Par exemple, voulant prouver qu’il est facile de s’enrichir, il aurait réalisé une culbute en louant un maximum de pressoirs à olives après avoir prédit une abondante récolte. La justesse du jugement de Thalès a également fait de lui un conseiller politique réputé. Hérodote raconte qu’il a sauvé sa cité, Milet, en recommandant qu’elle ne fasse pas alliance avec Crésus, qui fut ensuite défait par Cyrus. Il se serait également distingué en plaidant pour la constitution d’une fédération des cités de l’Ionie (la région autour de la ville actuelle d’Izmir, en Turquie), qui soit toutefois respectueuse de l’autonomie et de la spécificité des gouvernements locaux. Enfin, il aurait aussi officié en tant que conseiller militaire et ingénieur dans la guerre entre les Perses et les Lydiens. « Après avoir vaqué aux affaires de l’État, écrit Diogène Laërce, il [Thalès] résolut de consacrer tous ses soins à la contemplation de la nature » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres).

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Thalès a conçu une philosophie de la nature rationnelle

La philosophie de Thalès repose sur une cosmogonie particulière. Ses connaissances en astronomie lui ont en effet inspiré une vision de l’univers. Il était tellement passionné par l’étude des astres, raconte Socrate, qu’il serait tombé dans un puits parce que ses yeux ne pouvaient se détacher du ciel – une servante se serait alors moquée de lui en disant qu’il n’était même plus capable de remarquer ce qui était devant lui. De ses nombreuses observations, il aurait conclu au caractère primordial de l’eau dans l’univers, dont elle serait la matière vivante animant toute chose (l’air, le feu et la terre ne seraient que des dérivés de l’eau). « Thalès, le fondateur de cette manière de philosopher, explique Aristote, prend l’eau pour principe, et voilà pourquoi il a prétendu que la terre reposait sur l’eau, amené certainement à cette opinion parce qu’il avait observé que l’humide est l’aliment de l’ensemble des êtres […] » (Métaphysique). La planète elle-même ne serait que de l’eau condensée, une masse liquide flottant elle-même, tel un disque, sur l’eau (ce qui expliquerait les tremblements de terre). Le philosophe confère même à l’eau un sens métaphysique, dans la mesure où l’unité du monde serait la transposition de celle de l’élément eau. Cette cosmogonie combinerait diverses origines – d’anciens théologiens, l’idée égyptienne de l’eau essentielle Nun, les anciens Babyloniens – si bien que Thalès est parfois vu comme un passeur entre les étrangers et les Grecs.

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La philosophie de Thalès valorise la rationalité. Le philosophe aurait été formé à la science dans la ville de Naucratis (nord-est de l’Égypte), réputée pour sa grande culture scientifique ; et il en aurait rapporté la physique, la géométrie, et l’astronomie. Son intérêt très prononcé pour cette dernière science l’aurait amené à produire de très nombreuses observations et à faire diverses découvertes, parmi lesquelles certaines concernant les mouvements du soleil, d’autres concernant les étoiles, ou encore la durée exacte d’une année (365,25 jours). Selon la légende, Thalès aurait également prédit l’éclipse solaire de 584 av. J.-C. (mais c’est peu probable), et il aurait mesuré la Grande Pyramide en comparant son ombre avec celle de son corps. En géométrie, il a donné son nom au fameux théorème – qui serait en réalité d’Euclide – et les historiens lui reconnaissent la paternité d’autres théorèmes élémentaires. Ainsi, le philosophe est communément présenté comme un des fondateurs de la science occidentale. « On lui attribue aussi d’avoir dit, rapporte Diogène Laërce, […] que la vraie beauté ne consiste point à s’orner le visage, mais à s’enrichir l’âme de science » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres). L’école milésienne (dont il est le fondateur) aurait contribué à substituer la raison au mythe en privilégiant la causalité naturelle dans l’explication des phénomènes. Thalès a notamment fait émerger en son sein une culture du débat scientifique, fondée sur l’évaluation de la qualité et de la rationalité intrinsèques des arguments.

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