La théodicée de Leibniz

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La théodicée de Leibniz concilie l’existence du mal et la perfection de l’univers. Signifiant étymologiquement « justice de Dieu » (du grec théos, « Dieu », et dikè, « justice »), elle est plus précisément un discours visant à justifier la bonté de Dieu. Le philosophe démontre en effet dans ses Essais de Théodicée que le créateur doit être disculpé du mal qui survient dans le monde.

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La théodicée présente le mal comme une question de perspective. Leibniz pose tout d’abord qu’en prenant la vie dans son ensemble, le plaisir semble surpasser la douleur – le mal n’est donc pas si prévalent qu’on le dit. Sur le plan théorique, il affirme que ce que les hommes perçoivent comme un mal peut au contraire s’avérer être un bien s’il est considéré d’un autre point de vue. « Les maux […] deviennent quelquefois des biens subsidiaires, comme moyens des plus grands biens », explique-t-il dans ses Essais de Théodicée. Ainsi, le mal n’a pas de valeur en lui-même de ce point de vue, mais comme intermédiaire pour atteindre un plus grand bien – de telle sorte qu’il se révèle finalement, en lui-même, un bien. La théodicée de Leibniz aboutit par conséquent à l’inexistence du mal dans la mesure où celui-ci ne serait qu’une condition sine qua non de la véritable finalité de l’univers, le bien. Dieu ne désire jamais le mal ; il le laisse seulement exister comme une cause nécessaire du bien qu’il vise. Si les hommes lui reprochent le mal qu’ils subissent, c’est parce qu’ils jugent la moralité des faits isolément, sans connaître ni même entrevoir la perspective et plan globaux du créateur. Ce faisant, Leibniz les rappelle à l’humilité en leur opposant le mystère des voies divines.

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La théodicée de Leibniz est une théorie optimiste

Dans la théodicée, le monde est le moins imparfait possible. Leibniz ne peut pas poser que le monde est parfait, puisqu’il constate qu’il y existe bien de l’imperfection. Celle-ci réside dans le mal, qu’il soit métaphysique (l’imperfection en général), physique (la douleur, l’infortune, ou l’adversité en général), ou moral (la méchanceté, le péché). Le philosophe affirme cependant que Dieu a limité l’imperfection au minimum, de telle sorte que le monde réel constitue en fait le meilleur des mondes possibles. Entre toutes les alternatives possibles, infinies en nombre, le créateur a choisi la meilleure. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un monde parfait, mais du meilleur des mondes qu’il était possible de créer. « Toutes les fois qu’une chose nous paraît répréhensible dans les œuvres de Dieu, il faut juger, plaide Leibniz, que nous ne la connaissons pas assez et croire qu’un sage, qui la comprendrait, jugerait qu’on ne peut même souhaiter rien de meilleur » (Essais de Théodicée). Il justifie cette idée en reprenant les arguments autrefois employés par Jean Duns Scot pour expliquer l’immaculée conception (le dogme selon lequel Marie, la mère de Jésus, est née exempte du péché originel) : étant donné que le créateur est à la fois infiniment bon et omnipotent, il réalise forcément la meilleure solution ; en pratique, il combine la dose maximum de bien avec la dose minimum de mal nécessaires pour rendre possible le meilleur des mondes. Cette argumentation sera tournée en dérision par Voltaire dans Candide.

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La théodicée met en évidence une harmonie du bien et du mal. Leibniz les caractérise comme deux pôles interdépendants : le mal n’existerait pas sans le bien, et réciproquement. Cette interdépendance est en particulier sensible à l’échelle de l’individu, où la douleur et l’inquiétude conditionnent, par effet de contraste, le plaisir et le bonheur. « Mais l’on dira, écrit le philosophe, que les maux sont grands et en grand nombre, en comparaison des biens : l’on se trompe. Ce n’est que le défaut d’attention qui diminue nos biens, et il faut que cette attention nous soit donnée par quelque mélange de maux » (Essais de Théodicée). Leibniz détaille l’harmonie propre à chaque type de mal : le mal métaphysique existe simplement en comparaison de la perfection du créateur, en regard de laquelle le monde sera toujours imparfait ; le mal physique donne naissance à des vertus plus hautes, comme la force d’âme, l’héroïsme et le sacrifice de soi-même ; enfin, le mal moral – le plus problématique – n’est en réalité pas d’essence maléfique, car il s’agit d’un déficit de bien. Ainsi, le bien consiste à ses yeux en une amélioration de l’équilibre entre les deux pôles. Le plaisir se définit par exemple comme un progrès vers le bonheur, progrès qui résulte du dépassement et de l’apaisement de douleurs par la satisfaction du désir. Pour autant, le bonheur ne tient pas à une jouissance totale et éternelle. Pour Leibniz, il s’agit d’un progrès continu et équilibré vers de nouvelles perfections.

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