Traité sur la tolérance Affaire Calais Voltaire

La tolérance est fondamentale pour la paix sociale. Voltaire a écrit le Traité sur la tolérance pour défendre Jean Calas, bourgeois protestant accusé à tort d’avoir assassiné avec sa famille son fils qui aurait voulu se convertir au catholicisme. Prenant appui sur cette affaire, il fait plus généralement de son ouvrage un réquisitoire contre les superstitions propres aux religions et le fanatisme qui en découle, car il en va selon lui du progrès des sociétés.

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La tolérance doit garantir la liberté de conscience. Voltaire pointe surtout du doigt l’intolérance de la religion chrétienne. En effet, celle-ci ferait preuve d’une intolérance inédite : ni les pays d’Orient, ni les Romains, ni les Grecs, ni même les Juifs n’auraient connu, d’après le philosophe, l’intolérance religieuse. La violence commise au nom du christianisme l’a été dans des pays comparables à la France, mais ceux-ci admettent aujourd’hui (seconde moitié du XVIIIe siècle) la diversité des croyances. « La fureur, écrit Voltaire, qu’inspirent l’esprit dogmatique et l’abus de la religion chrétienne mal entendue a répandu autant de sang, a produit autant de désastres, en Allemagne, en Angleterre, et même en Hollande, qu’en France : cependant aujourd’hui la différence des religions ne cause aucun trouble dans ces États » (Traité sur la tolérance). Cette particularité française aurait ses racines dans l’ambition du christianisme de vouloir accaparer à la fois le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Signant ses lettres « Ecr. L’inf. » pour dire « Écrasons l’infâme », Voltaire prenait donc la plume pour lutter contre l’intolérance pratiquée par des Églises organisées et inspirée par des dogmes chrétiens. Pour autant, son but n’était pas de réformer le christianisme, mais d’en faire une « religion pure » qui s’accommode d’une admiration pour un Christ tout humain.

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Voltaire met en avant les vertus de la tolérance

La tolérance favorise la prospérité. Elle permettrait tout d’abord de renforcer l’État à différents points de vue. Voltaire emploie cet argument pour critiquer toutes les exceptions dont jouissait l’Église de son temps. En ne payant pas d’impôts, en effet, elle contribuait à plomber les finances publiques. En soustrayant aux tribunaux royaux beaucoup d’affaires renvoyées en cour de Rome, ensuite, elle empêchait que le principe d’égalité devant la justice s’applique dans toute son étendue. En recrutant parmi la population, elle opérait également une ponction sur les forces vives de la nation. Enfin, elle occupait inutilement l’État en lui demandant de prendre parti dans ses disputes de dogmes. Voltaire montre que la tolérance bénéficierait de surcroît aux finances publiques en facilitant le commerce. Il défend effectivement la liberté de l’échange comme un moyen de favoriser aussi bien la prospérité de la population que celle de l’État. « Allez dans l’Inde, demande-t-il, dans la Perse, dans la Tartarie, vous y verrez la même tolérance et la même tranquillité, Pierre le Grand a favorisé tous les cultes dans son vaste empire ; le commerce et l’agriculture y ont gagné, et le corps politique n’en a jamais souffert » (Traité sur la tolérance). C’est notamment pour cette raison que Voltaire demande la tolérance envers les protestants, dont il connaît la vigueur commerciale.

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La tolérance est un enjeu moral. Sur le plan théorique, Voltaire considère que la religion ne doit pas aller contre la morale authentique. Il met ainsi en lumière le paradoxe consistant à faire du message originel de Jésus-Christ, fondé sur la non-violence et l’amour du prochain, un support de l’intolérance. « Tu ne nous as point donné, écrit-il à Dieu, un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger […] » (Traité sur la tolérance). En réalité, la parole religieuse plaide donc éminemment pour la tolérance religieuse. Voltaire va plus loin en souhaitant une tolérance universelle, qui vise tous les peuples sans exception. Peu lui importe l’absence de réciprocité, car il tenterait alors de convaincre – non sans difficulté – chaque représentant religieux intolérant de la profonde tolérance que commande son propre dogme. Il lui ferait voir, de surcroît, que sa rigueur religieuse n’est déjà pas universellement pratiquée ; qu’elle épargne les riches et les puissants ; et plus généralement, tous les individus à l’égard desquels les seules circonstances commandent le respect, voire la considération. « Non seulement, conclut Voltaire, il est bien cruel de persécuter dans cette courte vie ceux qui ne pensent pas comme nous, mais je ne sais s’il n’est pas bien hardi de prononcer leur damnation éternelle. Il me semble qu’il n’appartient guère à des atomes d’un moment, tels que nous sommes, de prévenir ainsi les arrêts du Créateur ».

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