totalitarisme Hannah Arendt Le système totalitaire Les origines du totalitarisme

Le totalitarisme est davantage qu’un régime politique. Dans Le système totalitaire, Hannah Arendt pose ainsi que les similitudes entre fascisme et communisme sont plus importantes que leurs différences : tous deux peuvent être rangés dans une catégorie unique, le totalitarisme. La philosophe considère essentiellement deux cas, l’Allemagne nazie et l’URSS stalinienne.

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Le totalitarisme est un phénomène de « masses ». Hannah Arendt définit celles-ci comme des groupes déstructurés, amorphes, et en cela prêts à toutes les transformations et à toutes les aventures. C’est le capitalisme qui a rendu possible la transformation du peuple en masse en détruisant les solidarités traditionnelles. Appartiennent aux masses les gens qui ne peuvent plus s’intégrer dans une organisation fondée sur un intérêt défini : « le terme de masses, écrit Hannah Arendt, s’applique seulement à des gens qui, soit du fait de leur seul nombre, soit par indifférence, soit pour ces deux raisons, ne peuvent s’intégrer dans aucune organisation fondée sur l’intérêt commun, qu’il s’agisse de partis politiques, de conseils municipaux, d’organisations professionnelles ou de syndicats » (Le système totalitaire). En effet, les masses sont « désintéressées » et confuses mentalement, d’où leur grande capacité à accepter l’idéologie et à la mettre en pratique. Le maintien de cet état de désintéressement passe par l’interdiction de tout groupe autonome qui pourrait fournir une structuration de substitution. Ainsi, la période d’essor du totalitarisme est caractérisée par le nihilisme, le goût du chaos et de la ruine en tant que telle. Le nationalisme est lui valorisé pour son appel à la violence, qui plaît profondément au peuple. Fascinée par ce nihilisme synonyme de vérité brutale, l’élite noue alors une alliance avec la populace.

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Hannah Arendt caractérise le totalitarisme par la dilution de l’individu

Le totalitarisme assure la prédominance d’un parti. Les partis totalitaires sont caractérisés par une idéologie et une structure sectaire. D’une part, ils véhiculent un discours fataliste qui ressemble, par certains traits, aux mythes des sociétés primitives. L’adhésion populaire (jusqu’à 90% de sympathisants) repose sur une folie collective entretenue par de grands rites collectifs, et non pas sur une conviction personnelle et rationnelle. Pour le membre du parti, le parti est tout, si bien qu’il n’existe que dans la mesure où il lui appartient : « on ne peut attendre une telle loyauté, écrit Hannah Arendt, que de l’être humain complètement isolé qui, sans autres liens sociaux avec la famille, les amis, les camarades ou de simples connaissances, ne tire le sentiment de posséder une place dans le monde que de son appartenance à un mouvement, à un parti » (Le système totalitaire). Les partis favorisés par le totalitarisme forment d’autre part une communauté organisée spécifiquement, par degrés d’initiation, à tel point qu’ils sont pour Hannah Arendt des « sociétés secrètes établies au grand jour ». Le chef y possède un statut particulier : sa responsabilité est totale, son groupe est soudé par une communauté de complicité à son égard. La suppression de l’espace public et la fin du gouvernement par la loi sont les symptômes de la dissolution de l’État dans le parti.

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Le totalitarisme trouve son essence dans la « désolation ». Hannah Arendt définit ce concept comme la situation collective caractérisée par la conjonction de la terreur, de l’idéologie et des masses. La terreur correspond tout d’abord la suppression de la liberté extérieure, à l’absence de sujet de droit libre apte à déterminer les buts de son action. Ensuite, l’idéologie totalitaire supprime la liberté intérieure : avec ses prétentions omniexplicative et ésotérique, elle s’affranchit de la confrontation des idées et de l’expérience que requiert la recherche de la vérité. Indispensable au parti pour gagner les masses, elle se caractérise à la fois par la priorité donnée à la cohérence de son message (en dépit des faits) et par la justification de l’action présente par un prétendu sens de l’Histoire : « la scientificité de la propagande totalitaire se caractérise, décrit Hannah Arendt, par l’accent qu’elle met presque exclusivement sur la prophétie scientifique, par opposition à la référence plus traditionnelle au passé » (Le système totalitaire). En pratique, l’idéologie totalitaire condamne des catégories d’hommes, lesquels sont les « ennemis objectifs » du régime. Pour Hannah Arendt, cette double fermeture des espaces extérieur et intérieur a une incidence métaphysique : elle déshumanise l’homme. En le privant de la liberté appartenant à son essence, le totalitarisme instaure la mort de l’humain au sein de la vie elle-même.

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