trois ordres Pascal

Pascal distingue trois ordres dans ses Pensées : l’ordre des corps, par opposition à l’esprit et en lien avec la concupiscence ; l’ordre des esprits, fondé sur le pouvoir de la raison ; et enfin l’ordre de la charité, fondé sur la foi et le cœur, sources d’une connaissance intuitive donnant un accès direct à Dieu.

Les trois ordres correspondent à trois niveaux de réalité distingués par l’intelligence. Ils servent en effet à Pascal dans ses Pensées à identifier, distinguer et classer les éléments du réel. Ils possèdent d’une part un sens mathématique, celui de l’ordre de grandeur, qui signifie qu’une grandeur peut être comparée, ou non, à une autre. Ils ont d’autre part un sens politique, relatif à la Société d’ordres de l’Ancien Régime qui divisait la population française en trois ordres dont les fonctions sont hiérarchisées en dignité : le clergé, la noblesse et le Tiers État. Ces deux acceptions, mathématique et politique, de la notion d’ordre signifient pour Pascal que les ordres sont à la fois incommensurables et hiérarchisés.

« Ce sont trois ordres différents, de genre » (Pascal, Pensées)

Les trois ordres sont d’abord radicalement différents. Il n’existe pas de commune mesure entre eux : les principes de l’ordre des corps, ceux de l’ordre de l’esprit et ceux de l’ordre de la charité sont totalement hétérogènes. « La distance infinie des corps aux esprits, écrit Pascal, figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité car elle est surnaturelle » (Pensées). Par exemple, la jouissance du pouvoir ou du luxe sont sans valeur pour les hommes qui s’attachent aux biens de l’esprit, et inversement, les amoureux du pouvoir et du luxe n’ont que mépris pour le savoir ou la puissance intellectuelle et morale. Relevant de l’ordre de la charité, le message du Christ, tout particulièrement, ne passe ni auprès des gens de savoir ni auprès des gens de chair. Ainsi, chaque ordre est rigoureusement autonome parce qu’il est déterminé par sa propre logique interne. Or, l’homme a tendance à brouiller les frontières des trois ordres en voulant imposer dans l’un des valeurs qui n’ont de sens que pour un autre. Pascal fustige cette erreur commune en assimilant ce désir de domination d’un ordre sur un autre à de la tyrannie. Celle-ci consiste par exemple à exiger que la foi, qui relève de l’ordre de la charité, se justifie rationnellement, alors que cette opération est propre à l’ordre des esprits.

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Les trois ordres sont ensuite hiérarchisés. Il existe en effet un ordre des ordres décelable dans l’incapacité des ordres inférieurs à concevoir les ordres qui leur sont supérieurs. La première partie de la hiérarchie consiste dans la supériorité de l’esprit sur le corps, fondée sur l’inaptitude de la matière à la pensée, à la connaissance et à la conscience. La seconde partie s’établit sur la supériorité surnaturelle de la charité sur l’esprit, lequel est incapable de s’élever à la transcendance de l’amour, qui est un don de Dieu, et non pas une conquête humaine. « Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits, affirme Pascal. Car il connaît tout cela, et soi, et les corps rien. Tous les corps ensemble et tous les esprits ensemble et toutes leurs productions ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d’un ordre infiniment plus élevé » (Pensées). Ainsi, la hiérarchie des trois ordres défendue par Pascal vise à remettre en cause la raison humaine, car le philosophe lui reproche de donner à l’homme l’illusion qu’il peut réaliser lui-même son salut pour atteindre son épanouissement spirituel.

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