union corps esprit Spinoza Éthique

Le corps et l’esprit ne sont pas dans un rapport hiérarchique. Niant l’existence d’un siège de l’âme ou de la pensée, Spinoza avance dans son Éthique que la connaissance des potentialités du corps n’implique pas forcément de dévaloriser l’esprit. Au contraire, c’est la connaissance de la conscience du corps qui permet de comprendre l’unité du corps et de l’esprit.

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Le corps et l’esprit ne sont pas liés selon le dualisme cartésien. S’il est bien conscient que les solutions de Descartes ont sorti la pensée de l’occultisme, Spinoza lui reproche tout de même de ne pas réussir à résoudre le problème de l’unité humaine. En effet, son dualisme serait bien trop radical, qui rend le corps et la matière totalement étrangers à la pensée ; qui scinde l’âme et le corps en deux et nie leur interpénétration. Ainsi, le mécanisme du dualisme cartésien pécherait en ôtant à l’âme toute dimension corporelle et au corps toute capacité de « penser » (par l’imagination ou la sensation, par exemple). Spinoza critique également l’hypothèse de la glande pinéale, sur laquelle Descartes fait reposer le lien du corps et de l’esprit. De son point de vue, elle n’exprime pas leur réciprocité d’interaction ; mais surtout, elle symbolise beaucoup trop obscurément l’union du corps et de l’esprit. « Qu’est-ce qu’il [Descartes] entend, je le demande, par union de l’Esprit et du Corps ? Quel concept clair et distinct a-t-il, dis-je, de la pensée très étroitement unie à certaine petite portion de quantité ? Je voudrais bien qu’il eût expliqué cette union par sa cause prochaine » (Éthique). Pour Spinoza, enfin, Descartes cède à l’illusion de la volonté en affirmant trop facilement que l’âme peut conduire les passions.

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Spinoza explique l’union du corps et de l’esprit par le conatus

Le corps et l’esprit relèvent en réalité d’un même principe. Spinoza affirme en effet qu’il n’existe qu’une seule nature, la seule et unique substance de la réalité, équivalente à Dieu, autosuffisante, unique et infinie, en dehors de laquelle rien n’existe. Or, cette définition du Dieu-nature est la source d’une nouvelle anthropologie. De fait, l’unité radicale de la nature, ou de l’Être, implique que tous les corps sont des modes de l’étendue, qui est un attribut de la substance. L’homme ne peut donc être quelque chose de différent au sein de la nature, ce dont découle l’impossibilité de distinguer le corps et l’esprit. C’est donc en affirmant l’unité indivisible de l’être que le monisme métaphysique de Spinoza donnerait à penser l’unité du corps et de l’esprit. Cette unité s’expliquerait plus précisément par le conatus, cet effort pour persévérer dans son être qui caractérise l’individu. Appréhendé dès lors plutôt comme un dynamisme, l’esprit est spontanément mis en relation avec le corps et l’intimité de leur interaction exprime la vie de la substance à l’œuvre derrière la réalité. L’apparente distinction du corps et de l’esprit est donc pour Spinoza une question de point de vue : « l’idée du Corps et le Corps, c’est-à-dire l’Esprit et le Corps, est un seul et même individu, que l’on conçoit tantôt sous l’attribut de la Pensée, tantôt sous celui de l’Étendue » (Éthique). Ainsi, l’unité fondamentale de la réalité impliquerait celle du corps et de l’esprit.

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Le corps et l’esprit sont unis par la conscience. Spinoza fait un choix de vocabulaire révélateur : il préfère le latin mens (« l’esprit » en tant qu’acte transitif, à rapprocher de la conscience) plutôt qu’anima (« souffle, esprit »), le terme plus couramment employé. Il a donc pour ambition de libérer l’homme des anciens préjugés religieux – ceux, par exemple, du corps tentateur, ou de l’âme pécheresse – sans pour autant le faire descendre du piédestal du statut que la théologie lui accordait. Partant du rôle central du désir, le philosophe conçoit l’esprit comme une activité, un dynamisme forcément en relation avec le corps, puisque tous deux expriment simultanément ensemble la vie de la substance. Cette activité exprime plus spécifiquement la conscience du corps, ensemble unifié et équilibré d’actions multiples, sans laquelle il est impossible de comprendre l’unité du corps et de l’esprit. Spinoza en déduit que l’esprit constitue en réalité la conscience de l’individu unifié comme corps. « L’objet de l’idée constituant l’Esprit humain est le Corps, pose-t-il, autrement dit un mode de l’Étendue précis et existant en acte, et rien d’autre » (Éthique). La conscience doit dès lors être entendue comme le lieu de la connaissance du corps par l’esprit. C’est elle, par conséquent, qui recèle la vérité du corps, et non pas le corps lui-même. Pour Spinoza, la conscience de l’unité du corps et de l’esprit peut libérer l’homme en rendant possible son accroissement équilibré.

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