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L’utilitarisme fonde la morale sur l’utilité. Jeremy Bentham défend dans son Introduction aux principes de morale et de législation une morale pragmatique construite sur la motivation évidente de l’action humaine, la recherche du bonheur : une action est donc utile si elle augmente le bonheur. Cette morale convient particulièrement à un monde laïcisé où le bonheur est à accomplir pendant la vie terrestre.

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L’utilitarisme évalue l’action à l’aune de ses effets. Partant du principe qu’il est impossible de définir objectivement le bien en soi, Bentham évacue le problème en posant l’utilité comme le critère de la valeur morale de l’action. En d’autres termes, une action est bonne si et seulement si ses conséquences le sont. Comme cette dimension peut être estimée de manière rationnelle, l’utilitarisme fait du bien éthique une réalité mesurable à partir des besoins et des intérêts de la condition humaine. Pour Bentham, ce sont plus précisément les penchants naturels de l’individu, les deux motivations fondamentales que sont la quête du plaisir et l’évitement de la souffrance, qui rendent possible d’évaluer l’utilité, et donc la moralité de l’action. « La nature, écrit le philosophe, a placé l’humanité sous l’empire de deux maîtres, la peine et le plaisir. C’est à eux seuls qu’il appartient de nous indiquer ce que nous devons faire comme de déterminer ce que nous ferons. D’un côté, le critère du bien et du mal, de l’autre, la chaîne des causes et des effets sont attachés à leur trône » (Introduction aux principes de morale et de législation). Bentham affirme ainsi que la raison identifie le plaisir et la peine, c’est-à-dire l’utilité, comme les meilleures règles d’une conduite individuelle conforme à la morale.

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L’utilitarisme de Bentham veut rationaliser la morale et la politique

L’utilitarisme demande un calcul des plaisirs et des peines. Bentham fait en effet l’hypothèse que conduire l’action selon ses conséquences anticipées permet de maximiser le plaisir. Cette perspective confère un rôle prépondérant à la raison calculatrice dans la recherche du bonheur. Pour désarmer les critiques, le philosophe précise que cette attitude n’est pas novatrice, car les hommes l’adoptent déjà la plupart du temps : « Il n’y a là, tempère-t-il, rien de plus que ce qui est conforme à la pratique de l’humanité, quand celle-ci a une vue claire de son propre intérêt » (Introduction aux principes de morale et de législation). L’utilitarisme de Bentham relève donc d’une conception quantitative, et plus précisément arithmétique du plaisir : le bonheur équivaut à la quantité de plaisir. Dans le détail, les plaisirs et les peines des actions individuelles peuvent être mesurées à partir de certains critères, que sont l’intensité, la durée, la certitude ou l’incertitude, la proximité ou l’éloignement, la fécondité, et la pureté. Les quatre premiers sont propres au plaisir, tandis que les deux derniers sont plutôt liés à l’acte qui le vise. Si cette typologie et l’ambition d’un calcul semblent nées d’une confiance excessive dans le pouvoir de la raison, Bentham lui-même n’a proposé aucune estimation chiffrée, et il a étendu les plaisirs et les peines au-delà de la sphère strictement sensuelle en incluant dans son analyse les satisfactions psychologiques ou morales.

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L’utilitarisme vise le plus grand bonheur du plus grand nombre. Bentham en fait également une philosophie politique qui repose sur l’idée que le bonheur collectif contribue au bonheur individuel. Or, le bonheur collectif est égal à la somme des bien-être individuels (plaisirs – peines). Par conséquent, la société doit être dirigée dans le but d’optimiser la combinaison de plaisirs et de peines pour le plus grand nombre de personnes. « La philosophie morale, définit Bentham, est l’art de diriger l’action des hommes afin qu’ils produisent la quantité la plus élevée possible du bonheur » (Introduction aux principes de morale et de législation). Ce faisant, l’utilitarisme comme principe de gouvernement épargne la recherche de lois naturelles auxquelles les lois positives (celles effectivement en vigueur dans la société) devraient se conformer – en particulier, il considère le concept d’un contrat social comme une fiction qui méconnaît la variation des utilités des individus. Pour Bentham, la philosophie du droit naturel constitue en réalité une morale arbitraire et arrogante. L’utilitarisme, en revanche, ne fixe pas les valeurs juridiques et politiques ; il les conçoit, elles aussi, à l’aune des plaisirs et des peines. Par exemple, les sanctions pénales doivent être déterminées avec précision en pesant, d’un côté, le surcroît de bien-être que peut en retirer la société et, de l’autre, la perte de bien-être du condamné. Ce calcul en apparence déshumanisant invite en fait à prévenir toute sévérité inutile à l’encontre des prisonniers.

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