Vie de Jésus Ernest Renan

La vie de Jésus est un sujet historique. Dans sa Vie de Jésus, Ernest Renan la reconstitue grâce à une étude critique rationnelle des divers faits présentés dans les évangiles. Ce faisant, il replace la légende dans son contexte historique et social afin d’écrire la biographie du fondateur du christianisme comme celle de n’importe quel homme.

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La vie de Jésus s’est déroulée dans une atmosphère favorable au sentiment religieux. Ernest Renan insiste sur le fait qu’il a grandi à une époque et en un lieu de véritable bouillonnement idéologique. Divers courants du judaïsme agitaient ainsi de nouvelles idées avec une excitation millénariste et sans véritable cohérence. Les esprits étaient alors dans une ébullition fanatique qui propageait un mépris de la vie matérielle. « Jésus, écrit Renan, dès qu’il eut une pensée, entra dans la brûlante atmosphère que créaient en Palestine les idées que nous venons d’exposer. Ces idées ne s’enseignaient à aucune école ; mais elles étaient dans l’air, et son âme en fut de bonne heure pénétrée » (Vie de Jésus). Parmi ces idées, c’est surtout le dogme de la résurrection des pharisiens qui semble avoir influencé le jeune homme : les justes reviendraient pour devenir les rois et les juges du règne du messie. L’Ancien Testament était par conséquent torturé dans tous les sens pour donner la preuve littérale de cette rénovation à venir. Renan montre que Jésus a également été influencé par les mouvements s’opposant à la domination fiscale de Rome. En effet, le cens était la sujétion la plus impopulaire, parce que la théocratie juive étant étrangère à l’idée de l’État, elle concevait l’impôt à la fois comme une impiété et un vol.

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Renan débarrasse la vie de Jésus du divin

La vie de Jésus est parcourue de faux miracles. Dans le contexte de la Palestine de l’époque, le peuple éprouvait, selon Renan, un fort besoin de surnaturel et de divin ; c’est pourquoi des thaumaturges pouvaient lui faire accroire leurs pouvoirs et être considérés comme des personnes divines. Toute l’Antiquité – à l’exception des écoles scientifiques grecques, puis romaines – admettait les miracles et Jésus lui-même y croyait. Ils passaient alors pour la marque indispensable du divin et des vocations prophétiques, si bien que le prédicateur dut devenir thaumaturge pour accomplir sa mission. « Beaucoup de circonstances d’ailleurs, précise Renan, semblent indiquer que Jésus ne fut thaumaturge que tard et à contrecœur. Souvent il n’exécute ses miracles qu’après s’être fait prier, avec une sorte de mauvaise humeur et en reprochant à ceux qui les lui demandent la grossièreté de leur esprit. » (Vie de Jésus). Ainsi, Renan imagine que tous les miracles recensés dans le Nouveau Testament sont le fruit soit de la crédulité populaire, soit de la confusion, voire de l’invention des premières écoles chrétiennes qui ont reconstitué la vie de leur fondateur. Il n’interprète pas les miracles autrement que les mythes. Par exemple, l’épisode de la multiplication des pains serait une explication mythologique donnée à l’extrême frugalité de la troupe qui accompagna son guide dans sa retraite au désert. De même, la résurrection finale serait simplement une hallucination de Marie de Magdala.

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La vie de Jésus a rapproché l’humanité du divin. Ernest Renan n’admet pas la divinité du personnage, mais il admire profondément l’homme. Il est très impressionné par l’ampleur de l’amour qui lui a été porté après sa mort, et le long des siècles. De fait, la précocité de sa mort était son destin, en raison de la dimension révolutionnaire de son action, et l’œuvre de Jésus n’aurait pas pu être accomplie sans cette fin tragique. En effet, une vie plus longue aurait révélé son humanité, ses failles et ses faiblesses, et ainsi empêché l’émergence de la légende. Pour autant, Renan soutient que Jésus a fait preuve d’une noblesse d’âme exceptionnelle au regard de la bassesse et de l’égoïsme de l’humanité prise dans son ensemble. « Cette sublime personne, écrit-il, qui chaque jour préside encore au destin du monde, il est permis de l’appeler divine, non en ce sens que Jésus ait absorbé tout le divin, ou lui ait été adéquat (pour employer l’expression de la scolastique), mais en ce sens que Jésus est l’individu qui a fait faire à son espèce le plus grand pas vers le divin » (Vie de Jésus). Pour Renan, le personnage de Jésus a condensé le meilleur de la nature humaine ; personne, mieux que lui, n’a privilégié à ce point l’intérêt de l’humanité aux petitesses de la vanité individuelle – c’est dans cette seule mesure qu’il peut être considéré comme divin.

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