La volonté de puissance de Nietzsche

Volonté de puissance Nietzsche

La volonté de puissance est une nouvelle définition de la vie. Nietzsche s’arme de ce concept pour s’opposer à la philosophie évolutionniste de Herbert Spencer, à la persévérance dans l’être théorisée par Spinoza, et surtout à la volonté de vivre de Schopenhauer. Entravée par la moralité des individus médiocres, la volonté de puissance doit être le principe des nouvelles tables de valeurs.

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La volonté de puissance est un concept polémique. Sur le plan historique, tout d’abord, la notion appartenait au titre d’un livre, La Volonté de puissance. Essai d’inversion de toutes les valeurs, que Nietzsche a finalement abandonné en 1888. Elle a ensuite été le centre d’une falsification : la sœur du philosophe, Elisabeth Nietzsche, voulant profiter de la notoriété naissante de son frère, a regroupé des fragments posthumes dans un volume intitulé La Volonté de puissance, avant de permettre l’instrumentalisation de ses idées par la propagande nazie. Sur le plan philosophique, ensuite, Nietzsche n’a pas eu recours au concept de manière univoque. Le sens de la volonté de puissance n’est pas le même dans les fragments posthumes et dans les œuvres déjà publiées, comme Ainsi parlait Zarathoustra, Par-delà bien et mal, et Généalogie de la morale. Plus précisément, elle prendrait d’abord un sens faible, celui d’une velléité, d’une aspiration à la puissance, dans Le gai savoir ; elle prendrait ensuite une dimension supérieure, dans Ainsi parlait Zarathoustra (livre II, section « Du dépassement de soi-même »), où elle désignerait le mouvement de la vie elle-même. Sur le plan de l’œuvre, enfin, certains interprètes considèrent que la volonté de puissance est le concept central, celui qui fournit la cohérence de la pensée nietzschéenne – mais l’absence de définition systématique rend possibles des analyses discordantes.

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Nietzsche conçoit deux dimensions de la volonté de puissance

La volonté de puissance est une tendance intérieure à l’accroissement. Dans ce sens précis, elle est une force qui anime un être particulier. Nietzsche n’y entend pas la volonté dans son sens traditionnel, car il caractérise la manifestation de la puissance comme la logique interne de la volonté individuelle. Dès lors, la puissance n’est pas l’objet de la tendance : il ne s’agit pas, pour le sujet, d’exercer une puissance sur autrui ou sur des choses, mais de la croissance de son moi. C’est le cas d’un individu qui se cultive sans chercher à dépasser un modèle ou une norme, simplement pour progresser dans l’absolu. Cet exemple illustre l’existence d’une loi interne d’accroissement. « Le plaisir et la douleur sont des conséquences, pose Nietzsche, des phénomènes concomitants ; ce que veut l’homme, ce que veut la moindre parcelle d’un organisme vivant, c’est un accroissement de puissance » (La Volonté de puissance). En tant qu’organisme, l’homme, en particulier, est volonté de puissance. Par conséquent, son existence ne se réduit pas à la conservation de soi, elle trouve son sens dans le dépassement de soi – ou bien il « devient », ou bien il périt. Le philosophe s’appuie sur cette idée pour réévaluer les valeurs humaines. Considérant le corps – plutôt que l’esprit – comme ce que l’homme connaît le mieux, il rejette l’idéalisme de Platon et le christianisme, qui méconnaissent la volonté de puissance. Il oppose à ces doctrines l’aspiration à un état futur de l’homme, le surhomme.

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La volonté de puissance est la force essentielle qui anime le vivant. Nietzsche lui confère donc également une dimension métaphysique : elle explique l’ensemble de ce qui est. Dans cette perspective, dès lors, le monde consiste en une multitude de volontés de puissance. Par conséquent, les notions d’unité et d’identité perdent leur sens puisque dans la réalité, par définition, tout être ne peut demeurer dans ses propres limites, c’est-à-dire qu’il évolue en permanence, ce qui l’empêche d’être identique à lui-même. Ainsi, la vie même consiste à être dans un perpétuel dépassement de soi-même. « La vie […] tend à la sensation d’un maximum de puissance, écrit Nietzsche ; elle est essentiellement l’effort vers plus de puissance ; sa réalité la plus profonde, la plus intime, c’est ce vouloir » (Aurore). Le philosophe fait ainsi de la volonté de puissance « l’essence de la vie », si bien que l’absence de cette volonté entraîne un irrémédiable déclin. Il semble toutefois refuser un dualisme qui distinguerait la volonté de puissance comme essence, d’une part, et les phénomènes d’autre part. Dans le détail, le mouvement de dépassement de la volonté de puissance n’est pas chaotique, malgré sa permanence. Il possède une « structure » qui l’oriente, postule Nietzsche. Il se renforce à chaque victoire contre une résistance, et son intensité est proportionnelle à l’adversité qu’il rencontre. Certains commentateurs érigent, à partir de ces détails, la volonté de puissance en un authentique concept métaphysique, quand d’autres la considèrent comme un instrument pour interpréter la réalité.

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