Schopenhauer Le monde comme volonté et comme représentation

La Volonté de Schopenhauer est l’essence intime du monde. Elle est décrite dans Le monde comme volonté et comme représentation comme une force qui s’affirme à travers une multitude de phénomènes, dans une lutte aveugle pour la vie sans ordre préétabli, y compris divin (puisque Dieu n’existe pas). C’est en fait la même Volonté qui se manifeste partout, car la multiplicité, la diversité, et l’individualité ne concernent que les représentations de l’homme.

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La Volonté de Schopenhauer réactive un concept de Kant. En effet, elle doit être comprise à partir de la distinction kantienne entre le phénomène et la « chose en soi ». Réalité fondamentale absolument indépendante du sujet, la chose en soi prend dans Le monde comme volonté et comme représentation le nom de « volonté », et le phénomène, c’est-à-dire l’image illusoire de la réalité fondamentale, devient la représentation. Schopenhauer rejoint tout d’abord Kant en voyant le monde comme la représentation du sujet : « le monde est ma représentation », écrit le philosophe. Autrement dit, le monde des phénomènes, ou le monde concret, n’existe que par et pour le sujet. Or, seuls les phénomènes apparaissent dans l’expérience, et non, dans la terminologie kantienne, les choses en soi. Autrement dit, le monde perçu par l’homme grâce au temps et à l’espace ne serait pas le monde vrai, mais une représentation produite par la subjectivité humaine. Alors que Kant conclut à l’impossibilité de connaître l’essence des choses, Schopenhauer, très marqué par la pensée bouddhiste, affirme lui que le sujet est capable de découvrir le monde en soi par le biais de ses expériences intérieures, grâce auxquelles il comprend que son être se manifeste comme Volonté.

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La Volonté aveugle rend Schopenhauer pessimiste

La Volonté est l’élan essentiel de toute vie. Également nommée « vouloir-vivre », elle est une nature intérieure, une force primaire vitale et sans but, à la base de tout phénomène. Elle se manifeste depuis la pomme qui tombe de l’arbre jusqu’au déplacement des planètes en passant par ce qui est appelé, chez l’homme, volonté. « Chaque regard posé sur le monde, que le philosophe a pour tâche d’élucider, écrit Schopenhauer, confirme et atteste que le vouloir-vivre, bien loin d’être l’hypostase d’on ne sait quoi, ou même un mot vide, est la seule expression vraie de la plus intime essence du monde » (Le monde comme volonté et comme représentation). Cependant, la Volonté n’est pas un principe cantonné au monde spirituel, elle se concrétise au contraire dans le monde matériel par des êtres vivants et des objets selon le processus dit « d’objectivation ». Elle est non seulement le trait fondamental de l’existence animale, mais elle explique, selon Schopenhauer, jusqu’aux sentiments amoureux de l’homme, lesquels ne viseraient qu’à conserver une certaine pureté de l’espèce, à la perpétuer dans une relative homogénéité. Ainsi, la Volonté ne veut rien, si ce n’est sa propre perpétuation, ainsi qu’en témoignent l’inertie de la matière vivante et la sexualité dans les organismes. Dépourvue de plan comme de finalité, la nature ne connaît qu’un cycle perpétuel du retour, la succession des saisons et des générations.

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La conscience de la Volonté engendre un pessimisme radical. En effet, elle donne à comprendre que les hommes sont en fait les esclaves du vouloir-vivre qui les anime et qui les prive de libre arbitre. Enchaîné à son désir, l’individu ne fait qu’osciller entre la souffrance de l’insatisfaction et l’ennui consécutif à la satisfaction. « Voilà les hommes, se lamente Schopenhauer : des horloges ; une fois monté, cela marche sans savoir pourquoi ; à chaque naissance, c’est l’horloge de la vie humaine qui se remonte – pour reprendre sa petite ritournelle, déjà répétée une infinité de fois, phrase par phrase, mesure par mesure, avec des variations insignifiantes » (Le monde comme volonté et comme représentation). Le pessimisme du philosophe est donc fondé sur l’idée que la Volonté ne vise rien d’autre que sa propre affirmation. Si elle rend tout de même le monde intelligible, elle en fait aussi le plus mauvais des mondes possibles. Schopenhauer prône dès lors une morale du renoncement. L’homme doit notamment renoncer à transmettre la vie, inséparable de l’illusion de la possibilité du bonheur, et renoncer à l’égoïsme, qui repose sur l’ignorance de l’identité du vouloir-vivre en tout homme. Apparemment emprunté au bouddhisme, le remède à la prison de la Volonté réside dans la négation du vouloir-vivre : renoncer à vouloir, à lutter et à souffrir pour des biens imaginaires qui ne peuvent que laisser insatisfait.

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